Des similitudes frappantes dans la culture de l’insécurité

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bukavuInsécurité récurrente au Nord-Kivu, au Katanga et à Kinshasa, les conséquences sont presque identiques. Selon des rapports dressés chaque jour, sur la situation sécuritaire dans ces trois provinces, on dénombre de nombreuses victimes. A l’Est, des villages incendiés, des habitants abattus et des otages amenés comme porteurs, des jeunes filles et des femmes transformées en esclaves sexuels pour les membres de ces milices, tandis que dans la capitale congolaise, des familles visitées par les marginaux sont terrorisées, femmes et enfants violés et des biens pillés. Pire, quelques victimes infortunées blessées aux armes blanches meurent lors de leur acheminement dans les hôpitaux, pour avoir perdu beaucoup de sang.

A travers ces deux tableaux, bon nombre d’analystes de la situation sécuritaire relèvent des similitudes frappantes dans l’organisation, la hiérarchisation et les méthodes de travail.

De par leur organisation, les milices Maï-Maï naissent de milieux des marginaux autour d’un initiateur, féticheur de son état, qui dévoile aux nouvelles recrues ses pouvoirs surnaturels. Ce gourou d’une secte qui ne dit pas son nom, peut essuyer des balles comme des gouttes de sueur. On lui prête des pouvoirs extraordinaires. Il paraît qu’il est même immunisé contre le poison, les envoûtements et les ensorcellements. Voilà qui lui donne l’impression d’être puissant et de vouloir imposer sa suprématie et ses idées sur les chefs coutumiers et les autorités politico-administratives. Et c’est dans sa volonté de se doter d’un territoire où il impose sa loi, que le chef Maï-Maï s’oppose à l’ordre établi. Au départ, opposés aux incursions et exactions de populations civiles par des rebelles étrangers, les chefs Maï-Maï s’étaient ralliés aux Fardc pour les bouter dehors. L’action a payé, puisqu’ils bénéficiaient des appuis logistiques adéquats.

Depuis que cet approvisionnement a fait défaut, les milices Maï-Maï réclamaient être pris en compte dans les opérations DDR ou fournir leurs éléments armés aux Fardc avec des grades supérieurs.

A Kinshasa, les Kuluna voient souvent le jour, un matin, de la volonté d’un brigand ou d’un sportif. Un petit club sportif où l’on s’exerce pour développer la musculation, est installé dans le coin d’une parcelle. C’est là que les marginaux apprennent les rudiments des extorsions avec des armes blanches. Lors de quelques attaques, les novices drogués à souhait sont poussés à commettre des crimes, et à vaincre la peur.

Bien qu’il y ait la présence des policiers dans le secteur, les Kuluna continuent à gérer leurs différents fiefs, sans crainte d’être poursuivis. D’ailleurs, ils narguent la police de proximité, ignorent superbement les chefs de quartiers et le bourgmestre.

Dans leurs fiefs, l’organisation d’une fête de mariage paisible ou d’un concert, est conditionnée par le paiement de quelques «  taxes de sécurité ». Faute de le faire, les invités subissent la loi du plus fort, et les véhicules sont caillassés.

            Si à l’Est, les milices Maï-Maï s’équipent en kalaschnikov, Uzi et autres Aka 47, les Kuluna se dotent des machettes, des tessons de bouteille, des pierres et des barres de fer.

            Tous ciblent leurs victimes, organisent leur plan d’attaque, agressent leurs victimes et emportent les butins. Tous doivent faire l’objet de poursuites judiciaires et tous ces groupes doivent être éradiqués. Et les analystes politiques s’inquiètent de l’utilisation des marginaux dans certains partis politiques à des fins politiciennes. Lors des campagnes électorales de 2011, certains marginaux étaient devenus célèbres, s’affichant même à la RFI comme des substituts de policiers reconnus par les milieux officiels, parce qu’ils participaient à asseoir la sécurité dans la ville de Kinshasa.

 

J.R.T.       

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