Des montages invraisemblables

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L’annonce sans prendre des gants, de la mort du leader militant de défense des droits humains, Floribert Chebeya, a produit une très mauvaise impression dans l’opinion. On s’y était mal pris et avec précipitation. Depuis lors, on est toujours dans le brouillard. On échafaude toujours des montages invraisemblables qui ajoutent encore à la confusion. L’autopsie du corps du défunt a été faite vendredi 11 juin par un médecin congolais avec la collaboration de trois de ses confrères. L’analyse sera poursuivie et parachevée aux Pays-Bas dans des laboratoires mieux outillés. Les résultats définitifs ne seront pas connus avant un mois. Ici à Kinshasa, une certaine source juridique soulève une discussion sémantique sur la qualification de la nature de la mort de Chebeya, entre l’assassinat et le meurtre. Selon cette source, ce n’est pas un assassinat mais un meurtre. On dirait la discussion sur le sexe des anges. Néanmoins, les profanes à qui on a mis la puce à l’oreille se sont donné la peine de se renseigner sur la différence qu’il y a entre ces deux morts. Selon « Petit Robert », assassinat signifie « meurtre commis avec préméditation », tandis que meurtre signifie « action de tuer volontairement un être humain ». Les deux mots signifient aussi, l’un comme l’autre, « crime, homicide ». Il n’y a pas de nuance de taille.

L’annonce même de la nouvelle au départ était un montage rudimentaire et insolite, la victime étant présentée comme un homme débauché peu recommandable dans la société où il vivait. L’empressement avec lequel on a annoncé la nouvelle montrait que la victime était un monsieur, ce qui contrastait avec la description d’un marginal chasseur enragé de liaisons amoureuses occasionnelles qu’on a faite de la découverte macabre. 

La description de la découverte macabre par rapport à la stature du défunt était tellement surprenante que ceux qui connaissaient l’homme se demandaient si l’Inspecteur provincial aurait conçu et diffusé le fameux communiqué en solo ou s’il y aurait eu une chaîne de complicités et concertation pour cet arrangement étrange des termes du communiqué. Il y a lieu de s’interroger, étant donné qu’en principe Chebeya avait rendez-vous avec l’Inspection générale de la Police mais pas avec celle de la hiérarchie au niveau urbain. Mais un autre montage auquel on n’a pas pensé est celui du sort du chauffeur Fidèle Bazana Edadi qui l’avait conduit au rendez-vous à l’Inspection générale de la Police. C’est un élément encore troublant et aggravant dans la mort du Directeur exécutif de « La Voix des Sans Voix ». Serait-il aussi tué ou encore en vie, gardé dans un lieu caché sans communication avec l’extérieur ? Aurait-il réussi à tromper la vigilance des bourreaux ? Quoi qu’il en soit, il aurait été difficile à un témoin gênant d’échapper sain et sauf des mains de ceux qui étaient déterminés à liquider celui dont il était le conducteur de voiture et compagnon d’infortune.

Plus les jours passent et que l’inquiétude et l’incertitude augmentent, plus les chances de retrouver Fidèle Bazana encore vivant s’amenuisent. La semaine passée, on a vu, sur le plateau d’une chaîne de TV locale, son épouse inconsolable fondre en larmes. Elle déplorait le fait qu’on ne faisait aucun cas de son mari dont elle ignorait le sort. Elle est parvenue à réveiller l’opinion. Désormais, on ne parle plus de Chebeya sans parler aussi de son chauffeur. Les ONG de défense des droits humains se mobilisent et font pression pour connaître son sort. On avait peut-être voulu faire une opération du genre « ni vu ni connu », une sorte de crime parfait dont toutes les pistes seraient complètement brouillées. 

Jean N’Sala wa N’Saka, Journaliste indépendant

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