Des chercheurs allemands analysent les problèmes de remboursement de crédits

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Depuis plus d’une décennie, la forte demande de crédits par des épargnants et des opérateurs économiques, principalement ceux relevant du secteur des PME, a suscité une offre importante auprès des institutions financières.
On se rappellera qu’après la liquidation des banques de l’Etat, la faillite de la plupart des coopératives d’épargne et de crédit, les citoyens n’avaient plus confiance dans le système financier, préférant opérer dans l’informel qui brassait 90 % des liquidités. La thésaurisation a connu ses heures de gloire, favorisant les spéculateurs.
Une nouvelle réglementation financière édictée par la Banque centrale du Congo a favorisé la bancarisation progressive du territoire national. Plusieurs banques commerciales ont ouvert leurs portes dans notre pays, à côté de centaines des coopératives d’épargne et de crédit et de tant des institutions financières.
Des milliers de clients se sont alors rués vers les guichets des institutions financières, sollicitant de crédits. Et c’est depuis lors que l’on a enregistré des problèmes de remboursement et de surendettement. Pour en savoir davantage, le Centre pour le développement rural de l’Université Humboldt de Berlin a mené sous l’égide de la Coopération financière allemande et Advans banque Congo, une étude pour analyser le phénomène dans la ville de Kinshasa.
Selon ses concepteurs, l’étude s’insère dans le débat accompagnant l’inclusion financière au sujet de son impact sur la réduction de la pauvreté, la poursuite de la double mission et des effets négatifs de l’expansion du secteur financier, notamment le surendettement.
Dans le souci de mieux circonscrire le problème, l’approche de l’étude combine 19 indicateurs macro-économiques, sectoriels et institutionnels. Ce qui permet d’évaluer le risque et d’identifier les facteurs éminents qui le renforcent. Il a également été pris en compte quatre indicateurs qualitatifs et quantitatifs qui combinent la durée des problèmes de remboursement, les stratégies employées pour affronter les délais , ainsi que les conséquences ressenties par les clients en défaut de remboursement.
Une équipe de chercheurs est descendue sur le terrain à Kinshasa, où elle a eu pour sources, des institutions financières, les services officiels, la Banque centrale, des opérateurs économiques et des clients en défaut de remboursement. Elle a récolté une somme de données qui permettent aujourd’hui, de comprendre pourquoi le phénomène a connu une certaine ampleur.
Des recommandations à toutes les parties prenantes du secteur financier
Parmi les problèmes recensés par les chercheurs, on peut épingler l’absence d’un système d’information de crédit opérationnel ( Centrale de risque ), la croissance du portefeuille à risque qui indique que la qualité du portefeuille de prêts souffre de la croissance accélérée des institutions financières. Enfin, les conditions et l’octroi des crédits offrent peu de flexibilité aux clients et sont peu adaptés au contexte politiquement fragile et économiquement précaire.
On peut noter que la gravité du surendettement dans l’échantillon est évaluée selon la perception et  la durée des problèmes de remboursement , ainsi que des stratégies utilisées pour pouvoir rembourser les prêts, les intérêts et les pénalités, ainsi que des conséquences subies par les débiteurs suite aux méthodes de recouvrement utilisées par les institutions financières.
L’étude a montré que les PME surendettées ont en moyenne reçu des montants trois fois plus élevés que celles à risque ou pas surendettées. Et la sévérité de surendettement augmente quand on a reçu plusieurs crédits auxquels on doit faire face. Quand par exemple, les problèmes de surendettement persistent depuis plus de 30 jours, ils entraînent des problèmes sociaux, dont la déscolarisation des enfants, la demande d’autres crédits ou de l’aide familiale, et même le dégraissage du personnel.
Entre autres causes de surendettement, les chercheurs pointent les déficits structurels. Pour la précarité de l’environnement, ils ont réalisé que les micro-entrepreneurs qui vendent aux coins de rue, avaient été contraints par les forces de l’ordre, de quitter les lieux.
Il y a aussi le manque de protection des clients, la marge économique limitée et les pratiques des prestataires de services financiers, telles que la forte concurrence, la baisse de conjoncture, l’offre rigide et inadaptée aux secteurs, la rigidité des conditions de crédit et les pratiques de récupération.  Et enfin, le détournement du but du crédit.
Signalons que cette étude a abouti à plusieurs recommandations faites aux pouvoirs publics, aux institutions financières et aux micro-entrepreneurs. Citons dans la foulée, l’élaboration des normes pour l’octroi des crédits, le système d’arbitrage, la stratégie nationale d’éducation financière et la création des centres de formation dans le secteur.
                                                                                                          J.R.T.
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