Au-delà de Bemba… un TPI pour la RDC !

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mbembaDans son commentaire du verdict de la Chambre de première Instance III de la Cour Pénale Internationale à l’endroit de Jean-Pierre Bemba, la Procureure de cette juridiction, Mme Bensouda, s’est réjouie du début de la fin de l’impunité pour les seigneurs de guerre en Afrique, où la justice fonctionne à plusieurs vitesses. Elle a parlé aussi d’un grand soulagement pour les victimes centrafricaines.

Les observateurs notent que si les populations civiles de la République Centrafricaine ont retrouvé la paix du cœur avec la lourde condamnation qui attend Jean-Pierre Bemba, ce n’est pas le cas pour celles de la République Démocratique du Congo. La Cour Pénale Internationale ne saurait marquer un tournant décisif dans la traque des auteurs des crimes de guerre et crimes contre l’humanité ainsi que leurs commanditaires si elle feint d’ignorer les cinq millions de Congolaises et Congolais morts directement ou indirectement entre 1996 et 2003 à cause des seigneurs de guerre, nationaux comme étrangers.

A ce sujet, l’institution d’un Tribunal Pénal International pour la République Démocratique du Congo, à l’instar du célèbre Tribunal Pénal International pour le Rwanda, serait le bienvenu. Il serait injuste que Bemba paie seul pour les crimes de ses soldats en RCA, sous le label du MLC (Mouvement de Libération du Congo), alors que des donneurs d’ordre, congolais et étrangers notamment rwandais et ougandais, ont été au cœur des massacres, meurtres, viols et pillages en territoire congolais, entre 1996 et 2003. Plusieurs rapports d’enquêtes des Nations Unies attestent que de nombreux politiciens encore présents dans les institutions, les forces de sécurité, les entreprises publiques, l’administration publique, la diplomatie congolaises, ougandaises et rwandaises, sont totalement impliquées dans les épisodes sombres des guerres de libération-rébellion et les
conflits armés interethniques ayant émaillé l’histoire récente de la RDCongo.

Il est vivement attendu de la justice internationale l’ouverture d’enquêtes sur tous les crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis en territoire congolais en vue de rendre justice aux morts et à leurs familles.

Non à la « blanchisserie nationale » !

Le Dialogue intercongolais organisé à Sun City, en Afrique du Sud, durant l’année 2002, s’apparenta finalement à une « blanchisserie nationale », car au terme de ce forum, les participants décidèrent une amnistie générale en faveur de tous ceux qui avaient massacré ou fait massacrer, violé ou fait violer, pillé ou fait piller sous le label des mouvements rebelles, milices armées ou autre armée dite « gouvernementale ». Ainsi, grâce à cette consécration de l’impunité, des seigneurs de guerre se sont retrouvés dans l’espace présidentiel composé d’un président et de quatre vice-présidents, au Parlement (Assemblée Nationale et Sénat), au Gouvernement, à la tête des gouvernorats de provinces, dans la hiérarchie de l’armée, de la police et des services de renseignements, dans la diplomatie, dans les entreprises publiques, dans la territoriale, etc. C’était la belle époque du partage équitable et équilibré des postes de responsabilité.

Des auteurs et commanditaires des massacres, des viols massifs, des pillages… se sont du coup positionnés dans les centres de décision de la République. Des individus qui avaient fait incendier des villages, fait couper des têtes aux innocents, fait sauter des ponts, fait exploser des avions civils, fait enterrer vivant des hommes, des femmes et des enfants… étaient devenus du coup intouchables. Ils le sont encore aujourd’hui à cause de leurs immunités obtenues à des titres divers. C’est une insulte à la mémoire des millions de Congolais morts que leurs crimes soient versés à jamais dans le compte des pertes et profits.

La justice internationale, qui a réchauffé les cœurs de millions de Centrafricains, a intérêt à tourner ses regards vers la République Démocratique du Congo voisine. Car, ici, un degré innommable d’inhumanité a été atteint et tout un pays a été défiguré à cause de la haine des intouchables vis-à-vis de leurs semblables. L’esprit de justice et le devoir de réparation exigent que tous ceux qui avaient trempé dans les crimes de sang et économiques, de 1996 à 2003 et même au-delà, puissent répondre de leurs crimes ou de ceux de leurs troupes devant un Tribunal Pénal International pour la RDC.

Ainsi, Jean-Pierre Bemba, qui vient d’être rattrapé par son passé de seigneur de guerre, pourrait avoir de la compagnie à La Haye, dans les jours et mois à venir.                  Kimp

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