Dédoublement des partis : la gangrène persiste

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mSRLes rédacteurs de la loi sur les partis politiques, surtout ceux ayant quitté la terre des hommes, se retourneraient dans leurs tombes en apprenant que certains acteurs politiques bien en vue s’amusent à dédoubler les sigles et les dénominations des leurs anciens partis politiques, une fois éjectés ou déclarés auto¬-exclus pour avoir pris une position différente de celle de la direction politique suprême. Les cas sont devenus légion, mais ce qui surprend, c’est la facilité avec laquelle le Ministère de l’Intérieur agit pour accorder l’arrêté d’agrément à d’anciens membres des partis politiques de l’opposition ayant traversé la rue pour rejoindre le camp de la majorité présidentielle.

Une triste tradition historique

            De tels comportements proviennent de notre propre histoire de la vie politique au Congo depuis la Table Politique de Bruxelles en 1960. Inspirés par certains milieux politiques belges, les pères de l’Indépendance se sont livrés à des disputes stériles pendant et après ce forum politique qui avait abouti à l’octroi de l’indépendance à notre pays. Un bon nombre des formations politiques se déchirèrent pendant ce rendez-vous historique et aboutirent à des dédoublements. Ce fut le cas du MNC qui éclata en trois branches antagonistes pendant ce forum, avec une aile pro Patrice Lumumba, une autre pro Albert Kalonji et une troisième autour de Victor Nendaka. L’ABAKO éclata aussi en deux branches, dont l’une autour de Joseph Kasa-Vubu et l’autre animée par Daniel Kanza. Le Cerea se scinda aussi en deux branches, dont la première autour de Anicet Kashamura et l’autre animée par Chrysostome Weregemere. En clair, la majorité des partis politiques se scindèrent en plusieurs ailes et voilà l’origine des conflits sanglants qui éclatèrent au lendemain des élections générales de 1959.

            Selon des archives historiques, ce sont les stratèges belges qui recoururent à la stratégie latine récupérée plus tard par l’idéologue italien Nicolas Machiavel de « divide et impera» ou diviser pour régner. Une stratégie qui produisit des résultats escomptés pour mieux contrôler la situation politique tout au long de la période après l’accession du pays à la souveraineté internationale. La même stratégie se poursuivit au niveau des communautés tribales à travers toute la République par des conflits sanglants entre frères et sœurs.

La loi sur les partis politiques violée

 

            La sortie officielle annoncée du parti politique dénommé MLC-Libéral animé par l’un des anciens sociétaires du MLC de Jean-Pierre Bemba Gombo en la personne de l’actuel président de l’assemblée provinciale Roger NSINGI n’a pas soulevé les vagues. L’ombre de Thomas Luhaka plane sur ce parti. Dès lors que ce n’est pas la première fois que l’on vit une telle situation en RDC. Cependant, c’est au niveau de l’arrêté ministériel ayant reconnu l’existence juridique de cette formation politique que des questions éclatent et dérangent les bonnes consciences.

            Tout d’abord, la loi stipule qu’aucun parti politique ne peut reprendre la dénomination et les sigles d’un autre parti politique. Le législateur a tenu par ce principe sacro-saint à protéger la marque déposée de chaque formation politique surtout pour éviter des confusions lors du dépouillement des bulletins de vote.

            On sait que beaucoup de nos compatriotes analphabètes ont toujours été confrontés à de sérieux problèmes pour désigner les candidats de leur choix. L’équation risque de se compliquer davantage avec le dédoublement des partis politiques étant donné l’avènement de la proportionnelle dans le système de vote en RDC. Bon nombre des gens étaient surpris d’avoir voté en faveur de l’UDPS-Kibassa alors que leur choix était l’autre UDPS-Tshisekedi.

La mauvaise foi manifeste du régime en place

 

            La question qui taraude les esprits est celle de savoir si le Ministère de l’Intérieur peut se permettre d’accorder un arrêté de reconnaissance à quelqu’un qui présenterait un dossier portant la dénomination du PPRD-Radical ou un autre parti de la majorité présidentielle. On rappelle que la mauvaise foi manifeste est partie de la signature de l’arrêté ministériel reconnaissant l’UDPS-Kibassa, ce, alors que c’est l’équipe dirigée par Etienne Tshisekedi qui avait valablement et régulièrement représenté l’UDPS aux travaux des négociations politiques inter congolaises de Sun City en Afrique du Sud.  Comme Feu Kibassa Frédéric n’avait pas été reconnu comme président de l’UDPS, il n’avait pas siégé à ce forum et cet accord de Sun City ne mentionne que la signature apposée par Etienne Tshisekedi au nom et pour le compte du parti politique dénommé UDPS. Si dans cet accord de Sun City, la classe politique avait dénoncé le dédoublement des partis politiques, comment en sera-t-il autrement aujourd’hui si ce n’est pas une stratégie pour introduire la confusion lors du dépouillement des votes.

            On rappelle aussi que le régime en place aidé en cela par certains partis politiques de l’époque, notamment le MLC, le RCD et autres n’avaient pas levé le petit doigt pour dénoncer une autre manœuvre stratégique malveillante de présenter comme candidat président de la République un jeune homme dénommé Etienne Tshisekedi. Cet individu disparut dans la nature comme il était apparu lorsque le vrai et historique Etienne Tshisekedi renonça à l’élection. Preuve de la mauvaise foi manifeste du régime en place et surtout du MLC qui est rattrapé par la même malveillance. Cette stratégie visait à faire la confusion lors des opérations de dépouillement des urnes. Comme quoi, le MLC est aujourd’hui rattrapé par le sort.

 

F.M.  

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