Décentralisation : provinces, qui trop embrasse, mal étreint

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Initiée pour la première fois par le régime Mobutu en 1988 avec le démembrement de la province du Kivu en trois nouvelles provinces, la décentralisation avec à l’affiche le découpage administratif des provinces jugées très grandes avait été adoptée par les délégués au Dialogue intercongolais de Sun City puis consacrée dans la Constitution du 18 février 2006.

         Définie comme un mode de gestion qui rapproche le gouvernant des gouvernés, la décentralisation est un processus dont il faut respecter les étapes en vue de sa réussite. La détermination des étapes à suivre est fonction de plusieurs paramètres ou préalables à réunir : techniques, matériels, financiers et humains.

         Mais, telles que les choses se sont déroulées jusqu’ici et continuent de se passer, on a l’impression que la décentralisation cesse d’être un processus et on veut la rendre simplement mécanique.

         On rappelle que parmi les critiques émises à l’endroit du Président Mobutu pour le démembrement de l’ex-province du Kivu à l’époque il y avait notamment le fait de n’avoir pas pris en compte la construction préalable des infrastructures devant abriter les services de l’Etat et aussi accueillir les différentes autorités politico-administratives des nouvelles provinces. La province du Maniema en avait fait les frais, avant de se voir plus tard dotée d’infrastructures grâce à l’avènement de Matata Ponyo Augustin comme Premier ministre.

         Cela devrait guider les nouvelles autorités pour ne pas agir dans la précipitation en matérialisant le passage de 11 à 26 provinces tel que ça s’est passé en 2015. Résultat : parmi les nouvelles provinces, il n’y a que deux ou trois qui disposent des infrastructures à même d’accueillir les services de l’Etat et permettre le logement des autorités politico-administratives. Pour le reste, la situation est catastrophique. Car, il y a des gouverneurs de provinces qui n’ont même pas de résidence digne et de véhicules. Pire pour leurs ministres, certains circulent à vélo. Que dire alors des cadres de l’administration publique, si les autorités politiques peuvent être dans une telle situation ?

         C’est pourquoi les analystes pensent que les délégués réunis au 2ème Forum National sur la Décentralisation devraient opter pour une pause au lieu de décider de la poursuite du processus, alors que beaucoup de préalables manquent. C’est-à-dire ils devraient décider de surseoir, et consacrer l’essentiel des travaux à l’élaboration d’un calendrier avec des étapes à remettre au gouvernement pour exécution.

         Mais, ils ont plutôt choisi l’accélération. Or, accélérer paraît une erreur de processus parce qu’on semble plus créer des problèmes que d’en résoudre. Si hier, on a éprouvé beaucoup de difficultés pour assurer le fonctionnement et le paiement des salaires des députés et ministres provinciaux, des cadres et agents de l’administration publique dans les nouvelles, qu’en sera-t-il lorsqu’on ajoutera de nouvelles charges ?

         Dans son intervention à l’ouverture des travaux, le ministre d’Etat en charge de la Décentralisation, Azarias Ruberwa, avait fait savoir que la nouvelle configuration pourra entraîner de nouvelles dépenses en termes de paiement parce qu’il y aura plus de 1700 personnes à budgétiser pour l’ensemble du territoire national. Il en est de même pour l’installation des communes rurales issues de l’élévation de quelques grandes agglomérations au rang des villes. Ce sont des dossiers qui exigent d’être traités à froid et non dans la précipitation comme ce fut le cas en 2015. Ce qui avait poussé certains scientifiques à conclure que c’était une décentralisation aux visées politiques qu’administratives.Dom

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