POURQUOI LE DEBAT SUR LA DIVISION DE LA PROVINCE DU NORD KIVU EST MALSAIN

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L’actualité politique de ma province est polluée par un débat insalubre sur la division de la province du Nord Kivu. Je suis député Provincial élu du territoire de Lubero en 2006, mandat toujours en cours. Je suis également député national, élu en 2011 dans la ville de
Goma. Je suis un mandataire attitré des deux pôles de la province, élu par les membres de toutes les tribus du pays présentes au Nord Kivu.

Après ma petite déclaration à Kasindi la semaine passée clôturant ma tournée dans la province du Nord Kivu, j’ai consigné plusieurs réactions d’amis sur le sujet et je me suis senti très concerné pour mettre à la disposition du public mon point de vue sans équivoque.

J’ai bien lu la pétition rédigée dans un style espiègle et léger. Il
m’a été précisé que le document n’était ni l’émanation de la
communauté Hutu, même s’il est signé uniquement par des Hutu ; ni du
parti politique UCP même s’il est l’inspiration de certains leaders de
ce parti. Je recommande à toute la population du Nord Kivu et surtout
à tous ceux qui me croient de se disjoindre du débat dangereux de la
pétition pour la division de la province pour les sept raisons
suivantes :
1.Cette pétition est une perte de temps, elle est juridiquement
intraitable en ce moment.
L’article 4 de la constitution stipule : «de nouvelles provinces et
entités territoriales peuvent être créées par démembrement ou par
regroupement dans les conditions fixées par la présente constitution
et par la loi».   A ce jour, la loi qui fixe les conditions et la
procédure de démembrement ou de regroupement pour la création des
nouvelles provinces ou entités territoriales n’a jamais été traitée. A
ce stade, ceux qui ont initié cette pétition vendent un mensonge
éhonté aux « BATURAGES SIGNATAIRES» que leur province sera effective
avant le début des élections prochaines. Qui vous a dit que pour
diviser la province il faut une pétition ? A qui allez-vous adresser
votre pétition ? Qui est compétent pour diviser une province ? quelle
procédure allez-vous suivre pour l’obtenir ?  Cette démarche est
hasardeuse, téméraire et enfantine. Les députés nationaux qui sont
derrière cette initiative doivent me consulter pour la procédure. Dans
tous les cas ça ne sera pas facile. Déjà pour changer le chef-lieu de
province, il faut avoir les ¾ de l’Assemblée Provinciale et à défaut
un referendum provincial selon les prescrits de l’article 30 de la loi
No 15/006 du 15 mars 2015 portant fixation des limites des provinces
et celles de la ville de Kinshasa. Il faut arrêter de vendre le vent
puisque la création d’une nouvelle province ne sera pas facile et ce
n’est pas pour une décennie.
Je suis convaincu que certains de ceux qui ont initié cette pétition
savent qu’elle ne pourra pas aboutir, mais veulent se refaire une
santé politique auprès des bases communautaires à la veille des
élections.

2.On ne peut pas diviser la province pour des raisons d’hégémonie
ethnico-tribaliste.
Les auteurs de la pétition dans leur postulat opposent les Nandes aux
Hutus, arguant que le fait pour les premiers d’être démographiquement
majoritaires dans le Nord Kivu empêcherait les derniers d’espérer un
jour diriger la province et qu’il faut donc créer une nouvelle
province dans laquelle les Hutus seront démographiquement majoritaires
pour diriger seuls contre les autres ethnies présentes dans cet espace
géographique dénommée Grand Sud.
Erreur !     On ne peut pas chercher à résoudre une injustice en
créant une autre similaire. Pour rester dans la même logique et
permettre à toutes les grandes ethnies de la province d’être
hégémoniques dans leurs espaces coutumiers, on pourrait alors proposer
la création de huit provinces comme suit : 1. la province de BENI
LUBERO pour les Nandes, Piri, Mbuba, Lesse, Talinge et Mbute

2. La province de BUSHENGE qui prendrait le territoire de Masisi, la
chefferie de Bwito et le Groupement BINZA en territoire de Rutshuru.
Elle appartiendrait aux HUNDE.   3. La province de WANIANGA qui
prendrait le secteur des Wanianga en territoire de Walikale   4. La
province de BAKANO qui prendrait le secteur des Bakano en territoire
de Walikale avec les communautés Kano, Kusu, lega et Kumu.   5. la
Province de NYIRAGONGO qui prend la ville de Goma et le territoire de
Nyiragongo pour les Bakumu ;   6. La province de JOMBA qui prendrait
le groupement de Jomba en territoire de Rutshuru pour les Tutsi ; 7.
La province d’UFAMANDU pour les Tembo qui prendrait une partie du
Masisi et de Walikale.

8. La province de BWISHA qui regrouperait tous les Hutu en chefferie
de Bwisha en dehors du groupement de Jomba et de Binza.
En faisant cela, on répondrait fidèlement au besoin d’hégémonie
tribale de chaque grande communauté éthnique de la province. Mais pour
quel résultat ?

3.On ne peut pas créer une nouvelle province sur un fleuve de sang des innocents
Les auteurs de la pétition dans une insinuation lacunaire veulent
démontrer que la division de la province marquera la fin des massacres
des populations et de la désolation sécuritaire dans le Nord Kivu. Ils
disent en fait par chantage que s’ils n’obtiennent pas gain de cause
les tueries et les kidnappings vont continuer. Je viens de faire le
tour de la province et j’ai rencontré des frères ayant fait l’objet de
kidnapping dans le Vusendo. Ils ont tous raconté que leurs ravisseurs,
c’est une coalition des FDLR et de Jeunes Nyatura. Ils disent
ouvertement que si la province n’est pas divisée, ils vont intensifier
les kidnappings puisque toute la souffrance de leur peuple, ils
l’attribuent aux Nandes. J’ai toujours dénoncé le fait que des
politiciens et notables sacrifient des innocents en jouant sur leur
pauvreté pour les pousser aux massacres, afin de justifier que les
Nande détestent les Hutu. Je l’ai dit à Goma il y a 9 ans lorsque des
députés ont payé des FUSO pour aller installer des populations (Hutu)
à Luofu dans le LUBERO, une des zones les plus insécurisées de la
planète. J’ai dit au Gouvernorat devant mes frères de Masisi et
surtout mon frère en Christ NIRI Jean Claude qui se dit représentant
des expulsés de Lubero, que cette malice qui consistait à exploiter la
pauvreté des gens, les emmener à l’holocauste pour justifier la
division de la province était diabolique. La même chose s’est répétée
lorsque les massacres de Beni ont atteint le paroxysme. Des
politiciens ont délibérément incité de simples paysans à s’y rendre
avec machettes dans la zone trouble pour se faire lyncher. Chers
politiciens, ne bâtissons pas sur le sang des innocents. La recette du
Rwanda ne se répètera plus.

4.On ne peut créer une nouvelle province pour satisfaire les ambitions
politiques d’un homme
Quelqu’un veut à tout prix redevenir Gouverneur de province. Il trouve
qu’il ne le sera jamais si la province reste réunifiée. Il faut donc
qu’une province soit taillée pour lui. Ce raisonnement est absurde. Si
on doit créer des provinces pour tous le ambitieux, y compris moi-même
alors on est parti pour la galère. Vous avez fait votre temps, c’est
le passé. Vous pouvez servir votre base comme PDG, PCA, député ou
Ministre.
Un bon leader ne mène pas son peuple à la perdition juste pour
satisfaire ses propres ambitions politiques. Les conséquences
sociologiques de la recherche effrénée d’un poste de Gouverneur même
d’une petite province, peuvent nous conduire tous à la ruine.

5. Cette pétition va ternir l’image de la communauté Hutu
Les initiateurs de la pétition vont obtenir le contraire de ce qu’ils
cherchent. La division de la province est impossible à obtenir comme
démontré ci-dessus. Etant donné que le leader politique dont l’ombre
plane sur cette pétition l’a fait au nom de sa communauté sans
associer les autres communautés du Grand Sud, il va obtenir au bout de
cette démarche hasardeuse, l’isolement des Hutu vis-à-vis non
seulement des autres communautés de la province, mais aussi de
l’opinion nationale. Sauf si plusieurs autres voix de la communauté
dénoncent publiquement cette démarche non inclusive et isolent à cet
effet son auteur dans son amateurisme.

6. Les pétitionnaires ont mal interprété les propos du chef de l’Etat
A la suite de la lettre des 13 parlementaires qui fustigeaient les
propos tenus, par le chef de l’Etat à la cite de l’UA, plusieurs
parlementaires de la Majorité ont cherché à démontrer que les propos
du chef n’étaient pas dans cette logique divisionniste. Je suis
surpris de suivre mon jeune frère et ami Me Innocent SEGIHOBE sur
RTVS1, remerciant le chef de l’Etat pour ces propos, en affirmant que
la pétition y est fondée. Dans ce contexte de fin de règne, les
déclarations de ce genre corroborent les allégations du commun de
mortel sur la fameuse feuille de route ou accord de LEMERA que
personne n’a vu. Collette Brackman en parle comme une rumeur dans
«l’Homme qui répare les femmes». Pierre PEAN prédit depuis plusieurs
décennies l’avènement à l’est de la RDC d’un Etat HUTU exutoire du
Rwanda, pour sécuriser à long terme l’Etat Tutsi voisin. Moi, je n’y
ai jamais cru et refuse toujours d’y croire, mais cette pétition qui
se fonde sur un soutien du régime en place va certainement alimenter
des discussions de cet ordre. On attendra la réaction de la MP à ce
sujet.

7.Cette pétition va renforcer les disputes tribalistes dans la province.
Enfin, de Goma où je couche ces notes, je reçois des messages qui me
font froid au dos, des propos abandonnés depuis deux décennies
reprennent surface, des petits documents qui véhiculent la haine entre
les communautés sortent des laboratoires et cette fois-ci profitent
d’une vitesse de propagation exponentielle que nous offrent les
réseaux sociaux. Sur terrain, les fossés se creusent surtout dans le
territoire de Rutshuru ou les FDLR alliées aux milices Nyatura
s’affrontent depuis mai 2016, aux milices locales MAZEMBE. Par exemple
dans la chefferie de Bwito, les Nande ont été poussés à quitter les
villages BAMBU et NYANZALE et les Hutu ont déserté KIBIRIZI, KISHISHE,
MIRANGI, LUSOGHA et BIRUNDULE.
J’en appelle donc à la fin de ce débat stérile pour permettre au
peuple de se préparer pour des élections apaisées dans le climat de
sérénité total.

Fait à Goma le 10 mai 2018.

Honorable MUHINDO NZANGI BUTONDO
Mgr Ambongo fêté chez les Bemba
Nommé Evêque Coadjuteur de Kinshasa en début d’année, et partant
virtuel successeur du Cardinal Laurent Monsengwo Pasinya à la tête de
l’Archidiocèse de Kinshasa, Mgr Fridolin Ambongo a été fêté par la
famille Bemba le samedi 12 mai 2018, en leur résidence sise avenue
Pumbu, dans la commune de Gombe. A cette occasion, une messe d’action
de grâces a été organisée en l’honneur de ce prince de l’église
catholique, par ailleurs vice-président de la Cenco (Conférence
Episcopale Nationale du Congo), à la demande de la veuve de Jeannot
Bemba Saolona afin de rendre grâce à l’éternel pour le choix porté sur
lui par le Pape François.

On a noté la présence, sur les lieux, de plusieurs notables de
l’ex-province de l’Equateur, notamment José Makila (Vice-premier
ministre et ministre des Transports et Voies de Communications), Jean-
Lucien Busa (ministre d’Etat chargé du Commerce extérieur),
Jean-Pierre Lisanga Bonganga (ministre chargé des Relations avec le
Parlement), Ingele Ifoto (ministre de l’Energie et Ressources
Hydrauliques).
Dans son homélie de circonstance, Mgr Fridolin Ambongo, à la fois
invité d’honneur et célébrant, a loué les qualités humaines et
spirituelles de feu Jeannot Bemba Saolona, père du célèbre prisonnier
de La Haye Jean-Pierre Bemba, qui fut un fervent chrétien catholique.
La construction des grottes pour la dévotion mariale, dans sa propre
résidence, ainsi que dans plusieurs paroisses de l’actuelle province
du Sud-Ubangi a été retenue, par Mgr Ambongo, comme l’une des preuves
de l’engagement chrétien de l’illustre disparu.
Le désormais Evêque Coadjuteur de Kinshasa a également rappelé la
générosité légendaire de Jeannot Bemba, qui n’hésitait pas à venir en
aide aux démunis. Il a souligné que le précité ne manquait dans les
messes pour mettre en pratique l’un de ses enseignements majeurs du
Christ, principalement l’amour du prochain.
Mgr Ambongo a indiqué que les qualités exceptionnelles de Jeannot
devaient être imitées pour transformer le grand Congo en une terre de
paix et de bonheur collectif. Il a demandé à la communauté chrétienne
congolaise de beaucoup prier pour soutenir la famille Bemba, fortement
bouleversée par la disparition inopinée de leur père ainsi que le long
emprisonnement de leur fils dans les geôles de la CPI (Cour Pénale
Internationale).
Prenant la parole à son tour, la veuve de Jeannot Bemba a remercié
Mgr Ambongo pour avoir accepté son invitation. Pierrette Bemba a
également témoigné de l’engagement chrétien de son défunt mari, qui
participait assidument aux cultes religieux pour rendre grâce à Dieu.
Elle a terminé en exhortant Mgr Alombogo à être la lumière du monde
pour aider les personnes qui souffrent.
En ce qui les concerne, les acteurs politiques originaires de
l’ex-Equateur se sont accordés sur la simplicité de Jeannot Bemba, qui
ouvrait ses portes à toutes les couches de la population, sans
discrimination.
EW

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