Crise humanitaire : le gouvernement réclamé au Nord-Kivu

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 « Quel est la part du Gouvernement dans ce que vous faites ? » Cette question était bien embarrassante pour plusieurs acteurs humanitaires congolais rencontrés dans le chef-lieu de la province du Nord-Kivu, la ville de Goma. Au regard de la situation sur terrain il se dégage clairement que le Congolais, n’est pas au centre de l’action gouvernementale.  
Une maman avec 32 bébés
 
Elle s’appelle Banyere Jeanne. La quarantaine révolue, cette femme protestante entretient un centre d’encadrement des enfants et aussi des femmes victimes des violences sexuelles au quartier Kieshero. Ce centre compte actuellement 32 bébés et 202 enfants orphelins. Ces bébés lui viennent de partout. C’est à Masisi dans les années 90 qu’en sa qualité de présidente de la fédération des femmes protestantes de la 8eme Communauté des églises de pentecôte en Rd Congo (CEPAC) que l’église lui avait confié la tâche de prendre soin des femmes et enfants victimes de la guerre.  
C’est avec un pincement au cœur que vous pouvez suivre le récit de quelques-uns de ses enfants. C’est le cas du petit Samy. Il est aujourd’hui en formation. Il a retrouvé grâce à la Croix-Rouge. Sa petite bouche tétait encore un des seins de sa maman tuée il y avait déjà quatre jours. Le petit Samy dans cet état pouvait encore remuer ses membres  intacts. Ceux qui ont tué ses parents lui avaient coupé un bras, et blessé à la tête. Comme elle allaitait son bébé du même âge que le petit Samy, elle a pris en charge ce petit orphelin. « J’ai compris que cet enfant était traumatisé car  je l’ai inscrit la même année à l’école que mon fils. Quand mon fils est arrivé en 5eme secondaire, Samy était encore en 2ème», a dit madame Banyere Jeanne, le jeudi 30 août 2012 dans son centre.  
Elle a donné l’exemple du dernier bébé arrivé au centre quelques jours après les affrontements entre les FARDC et le M23 à Nyabiondo dans le Masisi. Une femme déjà à terme s’est retrouvée là où une bombe était tombée ; elle a reçu des éclats sur ses pieds. Les médecins ont fait une césarienne, le bébé a été sauvé, mais…pas la mère qui a rendu l’âme quelques heures après. Les casques bleus de la Monusco ont amené ce bébé qui n’avait que quatre jours à maman Banyere Jeanne.  
« 32 bébés me coûtent les yeux de la tête. Je ne sais pas comment avoir une disponibilité permanente pour chacun. Je veux m’associer à une organisation pour tenir le coup », disait d’une voix plaintive maman Jeanne. Si elle s’en sort aujourd’hui, cette brave dame soutient qu’elle a « un contrat avec Dieu ».
Elle a remercié l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui a réhabilité son centre en y apportant bien des choses comme des lits et des matelas qui ont été abîmés par les enfants. L’actuel responsable de l’OMS a promis de réhabiliter ce qui a été détruit par les enfants.  
 
Violée par 24 hommes…10 opérations de fistule
 
Le centre d’encadrement de maman Jeanne s’occupe aussi des femmes victimes des violences sexuelles pour le volet psycho-social. Apres le traitement, les structures médicales comme l’hôpital de Kyechero transfèrent les femmes violées chez maman Jeanne pour qu’elles apprennent un métier pour leur réinsertion dans la société. 483 femmes violées sont les unes dans ce centre et les autres dans des familles d’accueil. Elles apprennent à coudre avec des machines offertes  par le FNUAP (5 machines) et une ONG Norvégienne (12 machines), ainsi qu’à fabriquer des paniers pour des ménagères.
Parmi ces femmes, il y a une qui a été violée en 2004 à Kichanga dans le Masisi par 24 personnes alors qu’elle n’avait que 14 ans. Elle a subi sans succès jusque-là 10 opérations de fistule depuis 2005.  Les médecins attendent que son organisme retrouve assez de force pour une autre opération.  Elle ne sait pas travailler et passe la grande partie de son temps au lit. Ce sont les humanitaires qui s’occupent de ces opérations gratuitement. Pour nourrir ces dames, c’est le Programme alimentaire mondial (PAM) qui soutient le centre. Pour l’année en cours, le PAM a prévu 710 tonnes de vivres pour les femmes des victimes des violences sexuelles, soit l’équivalent de 32.000$.
Créé depuis 1921 par la 8ème CEPAC, l’hôpital de Kyechero a décidé en 2003 de prendre en charge les victimes des violences car elles étaient souvent abandonnées à elles-mêmes. Si la Suède et le Norvège, partenaires traditionnels de CEPAC ont apporté la logistique, l’église a recouru au PAM  pour un appui alimentaire. Le Fonds des Nations Unies pour la Population (FNUAP) a renforcé les capacités des conseillères de femmes victimes des violences sexuelles pour les détraumatiser. 
Augustin Mugeu, coordinateur de la 8eme CEPAC, a signalé que depuis janvier 2012, l’hôpital a accueilli 479 cas de femmes et filles violées, dont l’âge varie de 4 ans à plus ou moins 70 ans. Rien que pour le mois d’août 2012, l’hôpital a enregistré 67 cas provenant de Masisi, Walikale, Rutshuru et de la ville de Goma.  Pour les femmes qui ont été contaminées par le VIH/Sida après viol, Dr Justin Luanda, médecin directeur de l’hôpital, a déclaré que ce sont les « Médecins du monde » qui les prennent en charge. 
 
55.000 personnes éparpillées à Kanyarucinya 
 
Des compatriotes ayant fui les combats entre les FARDC et le M23 ont trouvé refuge à Kanyarucinya, à 7 km de Goma. « Ce n’est pas un camp des déplacés bien coordonné, mais plutôt un site spontané », a tenu à préciser Imane Cherif, chargée d’information publique d’OCHA a Goma. Elle a indiqué que 10.758 ménages ont été enregistrés sur ce site.  Les premiers à arriver avaient commencé par occuper l’église et l’école primaire catholique conventionnée de Kanyarucinya. Quand les bâches ont été amenées sur les lieux par l’UNICEF, les déplacés ont totalement libéré l’église et partiellement l’école. 
Selon Djaounsede Pardon Madjiangar, chargé des rapports et information publique de PAM, le PAM vient d’achever la première phase de distribution de 456 tonnes des vivres pour 55.000, à raison de 2.100 kg des calories par ménage. Le PAM est appuyé dans cette tâche par la Fédération luthérienne mondiale (LWF).
Compte tenu du nombre des déplacés, le choléra s’est développé dans ce site spontané. Selon Julien Graveleau de l’UNICEF, le choléra est sous contrôle car on est passé de 50 à 3 malades par jour. L’UNICEF a construit 500 latrines et compte en ajouter 50 pour avoir un total de 550. Comme il n’y a pas d’eau potable sur les lieux, les humanitaires amènent de l’eau pour un coût total de 3.000 dollars américains par jour. 
 
La Police spéciale de la protection de l’enfant et de la femme (PSPEF) est opérationnelle à Goma et est dirigée par le major Bodeli. A côté de la baraque en bois construit par le gouvernement, le PNUD a construit des bureaux pour la bonne marche de cette structure qui enregistre de bons résultats sur le terrain. Avec l’appui du PNUD, il y a eu 168 OPJ formés et de 3 enquêteurs, la structure en compte aujourd’hui 60, dans le cadre renforcement des capacités. « Le PNUD est pour nous un partenaire privilégié », a dit le major Bodeli. Bien d’auteurs des viols étaient relâchés jadis par manque de preuve, mais aujourd’hui avec la police technique et scientifique installée sur place, la police apporte plus de preuves aux magistrats. A la date du samedi 1er septembre 2012, il y avait 1.120 auteurs des viols arrêtés.  Le major a reconnu que ce nombre est insignifiant car la province du Nord-Kivu a enregistré plus de 9.000 cas de viols, mais seulement 2.298 cas sont au niveau de la police et plus de 6.000 auteurs des viols sont dans la nature. D’autres auteurs des viols, militaires et policiers, qui devraient être arrêtés ont fait défection pour aller soutenir le M23. 
Au camp Mugunga 3, le président de l’Assemblée nationale. Aubin Minaku, a remis au mois d’août 10.000$  et cela a servi à donner  1kg de farine de maïs contre 6 kg que donnent le PAM et l’UNICEF aux 4.102 ménages, soit 13.102 personnes. 
 
De notre envoyé spécial Jean-René Bompolonga
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