Cris du Nord-Kivu : le huis clos n’a rien réglé

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Le débat étouffé par le Bureau de l’Assemblée Nationale, le mercredi 30 mai 2012, autour de la question orale avec débat qui devait être consacrée à la crise politico-militaire du Nord-Kivu, continue de soulever des vagues dans l’opinion nationale. Le constat général est que le huis clos n’a rien réglé. Au contraire, la fermeture de la porte aux débatteurs, a relancé davantage les spéculations sur les places publiques.
L’on se demande finalement si l’option levée par Aubin Minaku et ses pairs du staff dirigeant de la Chambre basse du Parlement était la bonne, dès lors que le déballage, en interne comme à l’extérieur, est loin de s’arrêter.
 Si l’on a cru empêcher le peuple congolais de savoir que son armée se bat contre des soldats rwandais sur le front du Nord-Kivu, c’est raté. Car, les onze combattants rwandais qui se sont rendu dernièrement à la Monusco ne sont pas restés muets. Dans leurs déclarations, ils ont avoué, sans l’ombre d’un doute, qu’ils faisaient partie d’éléments récemment recrutés et formés par et pour l’armée rwandaise, mais qui étaient surpris et choqués de se trouver comme combattants en territoire congolais.
Même si le gouvernement congolais ne veut pas avoir des problèmes avec son homologue rwandais, une telle vérité va être difficile à étouffer. Ainsi, en dépit du huis clos d’il y a 48 heures, la question de l’infiltration des FARDC (Forces Armées de la République Démocratique du Congo) par des officiers et soldats rwandais, avec des complicités internes, reste entière.
Au fait, en cherchant à cacher la vérité ou des vérités aux Congolais, le Bureau de l’Assemblée Nationale leur a mis la puce à l’oreille au sujet de la très suspecte situation d’insécurité qui persiste au Nord-Kivu. Nombre de nos concitoyens peuvent maintenant se convaincre que les micro-rébellions qui affectent la partie Est du pays constituent un business non seulement pour les seigneurs de guerre, mais aussi pour certains officiels congolais, ougandais, rwandais et autres.
En refusant le débat public sur sa tribune, l’Assemblée Nationale place des millions de Congolaises et Congolais dans une position fort inconfortable face aux noms des personnes citées comme traîtresses à la cause de la patrie par la radio-trottoir. Si Aubin Minaku avait eu peur que des personnalités politiques soient déballées publiquement, c’est fort dommage. Car, désormais, une attention singulière va être portée sur les listes des traitres, des vendus, de faux Congolais, des criminels économiques qui entretiennent l’insécurité au Nord-Kivu depuis belle lurette.
Le huis clos a par ailleurs ceci de négatif qu’il va inciter l’opinion publique congolaise à croire que toutes les alliances conclues jusque-là par le gouvernement congolais avec les mouvements rebelles d’obédience rwandaise et le Rwanda ne visaient pas le retour de la paix dans cette province mais plutôt sa déstabilisation. En tous les cas, la confiance est rompue entre les gouvernants congolais et leurs concitoyens.
Désormais, c’est dans un climat de totale méfiance que le peuple congolais va observer toutes les présumées initiatives de paix auxquelles la RDC oserait associer le Rwanda ou un seigneur de guerre rwandais se réclamant congolais. Dans les semaines et mois à venir, les Congolais savent à présent à qui imputer la responsabilité de revers éventuels de l’armée nationale sur le front de l’Est de la République. A l’avenir, ils ne vont plus se poser des questions sur la main noire qui instrumentalise les « forces négatives » qui pillent le Nord-Kivu et y sèment mort et désolation, le décor du complot intérieur paraissant planté.
 
 Kimp
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