Le crash de «Type K» tombé dans l’oubli, 21 ans après !

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L’une des pires catastrophes aériennes du monde, le crash aérien du marché de Type K à Kinshasa, le 8 janvier 1996, se révèle en définitive, 21 ans après, comme une éloquente démonstration de l’« insensibilité quasi-inhumaine de tous les gouvernements qui se sont succédés en République Démocratique du Congo ». Cette conclusion des victimes elles-mêmes a été exprimée, il y a un an, dans une déclaration célébrant les 20 ans de ce macabre anniversaire. Le secrétaire général de l’Association des victimes de Type-K(AVTK), Joachim Bongeye w’Esongola Matondo, a indiqué que les familles de victimes sont à ce jour essoufflées, désemparées, et leurs malades invalides sont sans espoir et n’attendent que la mort.
En effet, en pleine journée du 8 janvier 1996, autour de midi, un Antonov An-32B, convient-il de rappeler, rata son décollage en bout de piste de l’aéroport de Ndolo et atterrit sur ce marché en raison du surpoids de l’avion qui n’arriva pas à prendre assez d’altitude et de vitesse lors de son décollage. Aux commandes de l’appareil, Nicolaï Kazarine Vladimiro et Andrei Gouskov Victorovitch, tous de nationalité russe, et respectivement pilote et copilote de l’avion accidenté, ne réussirent pas à maîtriser l’aéronef qui refusa de prendre l’envol. Autorisés à décoller à 12h42’ après que Mbokolo, de nationalité congolaise et vérificateur de trafic à la Régie des Voies Aériennes (RVA) et Kisela, agent de la RVA, eurent procédé au contrôle habituel, l’avion avala les 1.100 mètres de la piste et traversa l’avenue Bokassa pour terminer sa course taxi en plein marché, laissant de côté la partie occasionnellement roulable (P.O.R) de la piste. Le marché fut couvert de morts et de blessés car le sinistre avion venait d’emporter sur son parcours bon nombre d’êtres humains, notamment des marchands, des clients, des élèves, des badauds déchiquetés ainsi que divers biens mobiliers et marchandises détruits avant de sombrer lui-même dans un feu déclaré à bord. Le pilote et le copilote en sortirent sains et saufs, mais le technicien n’eut pas la vie sauve. Le bilan de ce crash est estimé à plus de 500 morts.                                    
          Pour les «victimes de Type K», c’est comme si c’était hier. Ces orphelins,  parents, frères et sœurs qui ont perdu les leurs n’ont pas la mémoire courte. « Nous en avons jamais eu depuis la première année jusqu’à aujourd’hui… voici déjà vingt ans ! Certains sont handicapés à vie, d’autres orphelins, veuves, veufs, etc. Ces gens ont vu, en un instant, leurs vies basculer. Ils vivent aujourd’hui avec un traumatisme psychologique indélébile, sur fond d’une misère affreuse consécutive à cette tragédie. Ils attendent toujours leur indemnisation », a martelé Joachim Bongeye, expliquant par ailleurs que les victimes directes ou indirectes de cet accident continuent d’en souffrir et de pleurer.
Déçues et dépitées, les familles des victimes sont fatiguées de demander aux gouvernements qui se sont succédé au pays de s’impliquer résolument dans la question de leur indemnisation équitable.
          Du point de vue judiciaire, la Cour Suprême de Justice, siégeant en cassation, avait déjà rendu depuis le 3 novembre 2004 son Arrêt définitif dans l’affaire qui les opposait à la Régie des Voies Aériennes (RVA) et à la Société SCIBE AIRLIFT, en déclarant les pourvois en cassation de ces deux dernières irrecevables.
          La conséquence de cette décision judiciaire était l’acquisition de la force de la chose jugée du 6 mai 1997 par le Tribunal de Grande Instance de Kinshasa/Gombe qui avait condamné la Régie des Voies Aériennes (RVA) et la Société SCIBE AIRLIFT aux dommages et intérêts en faveur des parties civiles.
          En ce 21ème anniversaire de cette catastrophe aérienne, les rescapés ont tenu à porter à la connaissance de l’opinion publique qu’à la suite du manque d’accompagnement et de protection des familles des victimes par le gouvernement et les autres institutions de la République, ces dernières cherchant d’autres voies et moyens, judiciaires et/ou politiques, pour exhumer leur dossier relégué dans les oubliettes de l’histoire. Au passage, elles se sont retrouvées victimes de plusieurs arnaques organisées par des réseaux des malfaiteurs, agissant au nom des autorités sur Internet.
          «Comme si ce drame ne suffisait pas, un nouveau marché a repris sur le même site, alors que l’aérodrome est toujours opérationnel », a alerté un membre de l’AVTK.
 
Tshieke Bukasa
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