Covid-19 : inflation des cache-nez à Kinshasa

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Annoncée par les autorités urbaines, la mesure de lutte contre le coronavirus, qui impose le port obligatoire des masques à tous les Kinois, est en train de faire le bonheur de nombreux couturiers en mal de clientèle et des emplois pour les revendeurs.

            Depuis le lundi 20 avril 2020, la plupart des visages rencontrés dans les rues de Kinshasa, ceux des chauffeurs ou des motocyclistes et des passagers étaient couverts au niveau de la bouche et du nez, d’un masque. Il y en a pour toutes les tailles. Des couturiers rarement fréquentés par ces temps de basse conjoncture, produisent ces masques en tissus en quantité industrielle. Des poubelles fouillées, des morceaux de tissu pagne sont récupérés et recyclés pour donner des cache-nez de fabrication locale.

Gare à ceux qui enfreindront cette mesure ! L’amende prévue contre les récalcitrants est de 5.000 FC.

            On en a vu le lundi 20 avril 2020, de tous les prix et de toutes les couleurs. Côté forme, les couturiers kinois, des innovateurs nés, en proposent pour tous les goûts. Et on peut en rire bien sûr, mais ces masques remplissent bien leur rôle, celui d’empêcher aux particules de salive de contaminer les voisins. Qu’on exténue ou que l’on tousse, tout s’arrête au niveau de ces cache-nez. Parmi les innovations, on retient des masques en nattes, et  ceux fabriqués à partir de vieilles chaussettes rongées par des rats. En dehors de l’odeur de viande faisandée que ces accessoires dégagent encore, le prix reste imbattable. Ils coûtent 500 FC. On en trouve aussi à 300 FC. Il y eu trop qu’un lot de dix pièces coûterait moins encore. Précaution à ne pas oublier: il ne faut pas les laisser à la portée des rats. Sinon, il faudrait en acheter tous les jours.

            Pour le prix de la création artistique, il y a un masque fait à partir de soutiens-gorges inutilisés de vieilles mamans. Un couturier de génie qui fouinait dans de vieux cartons, a découvert par hasard que ces sous-vêtements pouvaient encore servir. Il suffisait de leur donner une seconde vie pour les rendre utiles. Rien ne se perd et rien ne se crée, aurait crié Lavoisier. En effet, chaque couvre-sein, puisqu’il y en a toujours deux, peut faire l’affaire. Et pour ne pas étouffer les utilisateurs, il a choisi de soutiens-gorges grand gabarits. Une façon de nous rappeler que les gros seins sont utiles à la nation. La révolution des masques a surtout besoin de soutiens-gorges gros formats pouvant accueillir les gros nez et larges bouches, les élastiques faisant le reste.

            Ces masques fabriqués avec des soutiens-gorges de grands-mères donnent une inspiration débordante aux artistes. L’esprit de créativité devient fertile.

            Et pour l’harmonie du couple, voilà que l’homme et sa femme changent quotidiennement leurs masques. Question d’avoir sur son nez un cache-nez sentant l’odeur de sa moitié. Coronavirus de tous les dangers, voilà que tu mérites beaucoup de certains foyers jadis disloqués, aujourd’hui réconciliés, grâce au slogan … «  Restez chez vous à la maison ! ».

            N’en déplaise à ceux qui ne voyent que le mauvais côté de choses, personne ne déplore le confinement. Pensons un peu à la dépravation des mœurs qui pourrait exploser après le déconfinement. Les maris fidèles aujourd’hui, le seront-ils encore demain ? Ne rêvons pas. Tout est possible, comme une résurgence de la pandémie, après avoir été maitrisée à travers le monde. Alors ne jetons ni ne négligeons pas nos masques. Profitons- en pour désinfecter nos mœurs.                   J.R.T.

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