Sous couvert de la loi sur les anciens Présidents de la République : le 1er ministre Tshibala : l’ultime pillage

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Bruno Tshibala, le 17/03/2017 à Kinshasa. Radio Okapi/Ph. John Bompengo
Bruno Tshibala, le 17/03/2017 à Kinshasa. Radio Okapi/Ph. John Bompengo

Le Chef de l’Etat sortant, Joseph Kabila, avait promulgué, en date du 26 juillet 2018, après son adoption par les deux chambres du Parlement (Sénat et Assemblée Nationale), la Loi n° 18/ 021 portant statut des anciens Présidents de la République élus et fixant les avantages accordés aux anciens chefs de corps constitués. Au-delà de la controverse provoquée par l’élargissement de ce texte à une flopée de dignitaires, civils et militaires, de la dernière législature, le Décret d’application signé par le Premier ministre Bruno Tshibala en date du 24 novembre 2018 fait polémique.

Le hic, dans ce document, est que le chef du gouvernement sortant
donne l’impression de s’être organisé pour s’octroyer des avantages
indus et les étendre même aux ministres et vice-ministres, qui ne sont
nullement concernés par la loi votée au Parlement. On constate par
exemple qu’un ancien Premier ministre a droit à une indemnité
mensuelle fixée à 30 % de ses derniers émoluments de fonction. En
outre, il devrait lui être versé mensuellement une indemnité de
logement de l’ordre de 5.000 dollars américains. Les autres avantages
lui reconnus sont un titre de voyage par an en business class sur le
réseau international, la prise en charge de ses soins médicaux par le
Trésor public.
Quant aux autres membres du gouvernement arrivés fin mandat, ils
devraient bénéficier chacun d’une indemnité mensuelle fixée à 30 % de
leurs émoluments de fonction, d’une indemnité de logement équivalente
à 1.000 dollars américains, d’un titre de voyage par an en business
class sur le réseau international, de la prise charge des soins
médicaux par le Trésor public.
Le même Décret du Premier ministre Tshibala octroi des indemnités de
rémunération et de logement faramineuses aux anciens Présidents du
Sénat, de l’Assemblée Nationale, de la Commission Electorale Nationale
Indépendante, du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la
Communication, de la Commission National des Droits de l’Homme, du
Conseil Economique et Social, de la Cour Constitutionnelle, de la Cour
de Cassation. La prise en charge à vie, par le Trésor public, est
également garantie aux Procureurs généraux près les Cours
Constitutionnelle et de Cassation, aux Chefs d’Etat-major des FARDC et
de la Police, aux chefs d’état-major de la force terrestre, de la
force aérienne et de la force navale, à l’Administrateur général de
l’ANR et au Directeur général de la DGM, etc.
Au regard des avantages financiers et autres que le Décret du Premier
ministre vient d’accorder aux dignitaires civils et militaires de la
dernière législature, le constat à faire est que l’on assiste à un
ultime pillage des ressources nationales, sous couvert de la Loi
portant statut des anciens Présidents de la République élus. Certes,
les personnalités civiles et militaires bénéficiaires des libéralités
décidées par Bruno Tshibala ont rendu d’éminents services à la Nation.
Mais d’autres filles et fils du pays, qui servent la Nation en dehors
des institutions de la République pendant 20, 30 ou 40 ans seraient en
droit de revendiquer, eux aussi, des statuts spéciaux.
Beaucoup pensent que dans ce pays où des millions de concitoyens
tirent le diable par la queue, les avantages scandaleux accordés aux
chefs de corps constitués et assimilés constituent une insulte à leur
misère. En transformant la Loi sur le statut des anciens Présidents de
la République en fourre-tout, le Parlement sortant n’a pas agi dans le
sens de l’intérêt général. D’ailleurs, le concepteur de ce texte, le
sénateur Mutinga, n’était pas mu par le souci de créer une nouvelle
caste de jouisseurs de la République, mais plutôt par l’impératif de
sécuriser les anciens Chefs de l’Etat, politiquement, juridiquement et
socialement, mais aussi de leur ôter des velléités de conservation du
pouvoir par des moyens anti-démocratiques.
Compte tenu de son détournement de son objectif originel, l’écrasante
majorité de nos compatriotes pensent que le nouveau Parlement de la
République ferait œuvre utile s’il remettait en cause ledit texte pour
l’élimination de tous ceux qui ne méritent pas de devenir, à vie, des
fardeaux financiers pour la République.
Kimp

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