Coup de théâtre à la Cour militaire de Gombe : Denis Lessie quitte la prison dans 3 mois

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Lessie (1)Après avoir examiné pendant plus de deux mois les appels interjetés par toutes les parties, la Cour militaire de garnison de Gombe a finalement rendu son verdict dans l’affaire opposant le ministère public, les parties civiles Jean-Baptiste Ntahwa et Drolia Omedal contre le prévenu  Denis Lessie et consorts. C’est à l’audience publique du mercredi 5 mars 2014 que Denis Lessie a été condamné à 15 mois de servitude pénale principale (SPP) pour escroquerie et incitation des militaires à la violation de leurs consignes.

Mathématiquement parlant, il devrait quitter la prison militaire de Ndolo dans 3 mois, pour y avoir déjà passé 12 mois sous le régime de la détention préventive. Tout le monde s’attendait à ce que la Cour se montre plus sévère à son égard, compte tenu de la gravité des faits mis à sa charge. Mais, la Cour en a décidé autrement.

Le deuxième prévenu, Thierry Okunhimo Mambusa, condamné à 12 mois de SPP pour escroquerie, a toutes les chances de se retrouver incessamment en liberté, pour avoir déjà consommé 12 mois en détention préventive. Et enfin, Kasongo wa Ngoy est condamné à 3 ans de servitude pénale pour escroquerie et violation des consignes.

S’agissant des actions introduites par Jean-Baptiste Ntahwa et consorts liées à la restitution de leurs biens escroqués ainsi qu’à la réparation des dommages et intérêts, la Cour militaire de Garnison de Gombe les a déclarées recevables et fondées. Elle a par ailleurs ordonné à Denis Lessie ainsi qu’à sa bande de restituer tous les biens reçus de Ntahwa, notamment les sommes d’argent ainsi que la jeep Hyundai. Elle les a tous condamnés au paiement de 200.000 FC à titre d’amende. Lessie est également condamné à la restitution de 33000 dollars américains, somme perçue lors de la vente de la jeep Hyundai auprès du preneur Drolia Omedal. Les mêmes juges d’appel ont fait savoir qu’étant donné que Drolia a subi des préjudices énormes, Lessie doit lui payer des dommages et intérêts de l’ordre de 5000 dollars américains pour les réparer.

En ce qui concerne l’appel du prévenu Thierry Okhunimo contre la requête du pasteur Ntahwa lui réclamant des dommages et intérêts, la Cour l’a déclaré recevable mais non fondé. Elle a également rejeté l’appel introduit par le ministère public qui avait requis la condamnation du prévenu Denis Lessie et consorts à perpétuité.

Les avocats du fondateur de l’église « Arche de Noé », Denis Lessie, peu après le prononcé du jugement définitif par la Cour militaire de garnison de Gombe (CMGG), ont fait savoir qu’ils ne sont pas totalement d’accord parce que la Cour ne pouvait plus ordonner la restitution de la jeep de Ntahwa, au motif qu’elle était déjà mise en vente et que le preneur avait déjà rempli toutes les formalités nécessaires.

Rappel des faits

            L’officier du ministère public, organe poursuivant dans la présente cause, était en appel contre le verdict du premier juge pour faire condamner davantage Denis Lessie et ses complices. Il avait qualifié de complaisantes les peines prononcées contre les prévenus au premier degré.

Selon l’organe de la loi, le prévenu

            Denis Lessie et sa bande devraient être condamnés à perpétuité. C’est pour cette raison qu’il avait demandé à la cour de reformuler la décision rendue au premier degré.

            La partie civile Jean-Baptiste Ntahwa également avait introduit son recours à la CMG pour réclamer la restitution de ses 135.OOO dollars américains et des biens escroqués par le prévenu Lessie et consorts. Son action avait été rejetée au premier degré au motif que toutes ces libéralités avaient un caractère illicite.

            Le prévenu Denis Lessie et ses complices avaient formé appel au motif que le premier juge s’était servi de certains procès-verbaux des auditions à l’ANR alors que dans son jugement avant dire droit, il les avait déjà écartés du débat. Selon eux, le premier juge avait fait une mauvaise appréciation des faits parce qu’il s’était écarté des prétentions contenues dans l’acte d’accusation de la partie civile Ntahwa. C’est ce qui l’avait conduit à sortir une motivation erronée. Il avait également statué sur des faits tirés de l’imaginaire pour plaire à Ntahwa et avait pris en compte des SMS qui ne sont pas des preuves tangibles.

            La deuxième partie civile, Drolia Omedal, victime de l’escroquerie d’un véhicule de marque « Hyundai » occasionnée par Denis Lessie, était aussi en appel pour réclamer des dommages et intérêts. Ses avocats avaient fait savoir au juge d’appel que la décision de son homologue du premier degré était satisfaisante à l’égard de leur client Drolia mais étant donné que les recours introduits par les parties bloquaient l’exécution de cette décision, leur client s’était vu dans l’obligation de former appel.

            Il y a lieu de rappeler que cet procès à rebondissements opposait le ministre honoraire du Budget, Jean-Baptiste Ntahwa, au prévenu Denis Lessie, fondateur de l’église « Arche de Noé » et ses complices, à savoir Okunhimo Mambusa, étudiant en deuxième licence à la faculté de droit,  qui s’était fait passer pour le petit-frère du chef de l’Etat et Kasongo wa Ngoy, ancien chauffeur de l’escorte présidentielle, qui s’était présenté comme un capitaine des FARDC, pour escroquer Ntahwa.

            Les précités étaient poursuivis par le ministère public pour avoir fait usage de fausses qualités dans le but de soustraire des sommes d’argent et des biens à Jean-Baptiste Ntahwa. Ils avaient fait croire à ce dernier qu’ils étaient des proches du président de la République. Denis Lessié s’était fait passer pour le conseiller spirituel du chef de l’Etat et avait garanti un poste ministériel à l’ancien ministre du Budget dans le gouvernement Matata. Il lui avait fait croire avec sa bande que Kabila était mécontent du fait que lorsque Ntahwa était ministre du Budget, il aurait bloqué un document et porté un grave préjudice aux intérêts de sa sœur jumelle, Jaynet Kabila.

            Aussi, pour être pardonné par la famille présidentielle, il devait payer  des dommages et intérêts à titre de réparation des préjudices subis par Jaynet Kabila. Et Ntahwa faisant foi aux propos de Denis Lessie avait fini par libérer 135.000 dollars américains et des véhicules pour le compte du chef de l’Etat, de sa sœur jumelle et de sa mère Sifa. Après avoir perçu l’argent, Denis Lessie avait disparu de la circulation et vendu la jeep, en association avec ses complices.

            Au cours de l’audition de Ntahwa devant le tribunal militaire de Gombe qui siégeait en chambre foraine à Ndolo, ce dernier avait martelé qu’il avait une confiance aveugle en Denis Lessie, serviteur de Dieu comme lui. C’est ainsi qu’il ne lui avait pas exigé des décharges. Selon Ntahwa, il n’avait pas libéré argent et biens en contrepartie d’un quelconque avantage politique ou financier. C’était juste pour se mettre en harmonie avec la famille présidentielle.

            En ce qui concerne ses relations avec le prévenu Okunhimo Mambusa, qui s’était présenté au nom de Mulindwa, le pasteur Ntahwa avait indiqué avoir fait sa connaissance par le canal de son ami Kasongo wa Ngoy, qui avait sollicité une assistance pour un problème de santé.

            S’agissant de Denis Lessie, il avait soutenu n’avoir perçu aucun sou de la part du plaignant. Selon lui, la jeep réclamée par Ntahwa lui avait été donnée gratuitement comme action de grâce pour ses courses en tant que pasteur. Il avait soutenu également qu’il n’avait jamais coopéré avec les autres prévenus.

Le ministère public, dans son avis, avait demandé la condamnation de Lessie et consorts à perpétuité parce qu’ils méritaient une sanction sévère.

            Au cours des audiences passées, Ntahwa avait présenté au tribunal les preuves qui enfonçaient Lessie et ses complices, notamment des SMS que le prévenu lui adressait régulièrement pour des demandes d’argent et des véhicules devant faciliter sa mission et également pour rendre compte de ses démarches et de l’évolution du dossier. Lesdits SMS étaient enregistrés et sauvegardés dans son appareil téléphonique.

            Toujours lors des audiences passées, le bourgmestre de la commune de Kalamu, Jean-Claude Kadima, invité par la CMG pour éclairer sa religion sur l’existence ou non du mariage civil de Ntahwa célébré par son prédécesseur BOWOLE en 1985, avait contesté tous les actes d’état civil produits par Ntahwa, bien que ces documents attestent l’existence dudit mariage. Il avait même remis en cause le nom de son prédécesseur sans avoir apporté la preuve contraire. C’est ainsi que le ministère public, après avoir parcouru ces actes de mariage, avait constaté que le bourgmestre faisait un faux témoignage. Il avait demandé au tribunal de prendre en considération les actes de l’état civil produits par Ntahwa, parce que c’était l’œuvre de l’administration communale de l’époque. Et il avait recommandé au bourgmestre de se référer correctement aux archives de la commune, faut de quoi il pouvait faire la prison pour faux témoignage.

            En ce qui concerne les avocats de Denis Lessie et consorts, ils continuent à contester le mariage civil de Ntahwa et estiment qu’il n’a pas qualité pour réclamer la jeep Hyundai qui serait escroquée par leurs clients, dans la mesure où ce bien a pour propriétaire une femme. Seule son épouse peut la réclamer. En réplique, les conseils de Ntahwa avaient relevé que leur client était légalement marié car tous les documents le prouvaient. Ce mariage avait été célébré sous le régime de la communauté des biens.

Muriel Kadima

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