Corruption, détournements, privilèges… : la fidélité à l’argent ruine l’Etat congolais

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Les chiffres astronomiques qui ressortent des affaires de détournements, des paiements libérés pour des agents de l’Etat fictifs, de frais de fonctionnement des écoles fictives, des centres sanitaires inexistants, des primes indues et autres privilèges financiers, évalués en milliards de Francs congolais ou en millions de dollars, montrent que la RDC avait pris une très mauvaise pente. Aussitôt que les finances publiques enregistraient l’encaissement des recettes fiscales, celles-ci étaient aussitôt siphonnées par des systèmes de vases communicants.

            Certains dirigeants des institutions républicaines, bien que grassement payés, soignés aux petits oignons avec des facilités comme le transport assuré par le Trésor, carburant gratuit, cartes de communication prépayées, personnel domestique pris en charge par le Trésor, avaient juré fidélité à l’argent. Ou l’argent ou rien, telle est la devise qui faisait courir dans tous les sens, les responsables de certaines institutions républicaines allergiques au chômage. On peut se rappeler à l’occasion la guéguerre des leaders politiques qui tenaient à occuper les postes dévolus à leurs partis. Ils avaient même juré de boycotter les coalitions au pouvoir si c’était leurs collaborateurs qui étaient débauchés. Puisque leurs formations politiques avaient droit à certains postes ministériels, dans le Portefeuille de l’Etat et dans la petite territoriale, ils tenaient eux-mêmes à en assurer la répartition selon leurs humeurs et selon le degré de militantisme de chaque cadre.

La fidélité à l’argent était devenue le moteur qui propulsait leurs ambitions politiques et leur intérêt à participer à toutes les négociations politiques. Jamais rien sans argent ! Qu’un forum soit organisé, ils s’attendaient au perdiem en insistant sur leur rang de chefs de partis politiques ! Que des négociations qui visent la refondation de l’Etat de droit soient organisées, ils exigent de se retrouver parmi les premiers bénéficiaires des avantages  dévolus aux participants ! Un Etat normal ne peut vivre du régime des privilèges, des avantages et des immunités, au point de créer deux clans au sein de la population. Celui des personnes qui ont droit à tout, et celui des délaissés pour compte qui n’ont droit à rien.

            La fidélité à l’argent a donc gagné la plupart des formations politiques. Le virus est plus contagieux que celui de la covid-19. Si les dirigeants sont exclus de la gestion du pouvoir, leurs partisans parlaient aussitôt d’exclusion et crachaient sur le pouvoir en place.  Une opposition féroce au régime en place, gagne alors les milieux défavorisés et sécrète un venin hautement mortel. Dans un Etat normal, le principe moteur qui régente la vie politique est la moralisation de la vie politique.

            D’ailleurs aujourd’hui, le débat sur la dépolitisation de la Commission électorale nationale indépendante apparaît faux, tant que les chefs de confessions religieuses et acteurs de la société qui avaient constitué la majorité des membres de son bureau, se sont révélés presque tous comme des pions de certains partis et plates-formes au pouvoir. Conséquences : on a enregistré des élections chaotiques en 2006, 2011, 2018, pour ne citer que celles-là.

Sous d’autres horizons, c’est le ministère de l’Intérieur qui organise les élections en mobilisant des fonctionnaires de l’Etat dans tout le système électoral. En RDC, quand on se rappelle que les ministères sont devenus les appendices des partis politiques au pouvoir, on peut émettre quelques réserves quant à la neutralité des agents de l’Etat. En réalité, pour que les choses changent, il faut que les mentalités changent en amont. D’où il est impérieux de forger la conscience patriotique des fonctionnaires de l’Etat. C’est à cette tâche immense que doit s’atteler la Commission nationale pour le changement des mentalités. Car tous, dirigeants et dirigés, gouvernants et gouvernés, nous devons être guidés par la préservation de valeurs morales. Ainsi la fidélité à l’argent se dissiperait lentement de nos mœurs.                                            J.R.T

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