Consultations des groupes armés : Nairobi, le double jeu du M23

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Le Chef de l’Etat, Félix Antoine Tshisekedi, qui devrait ouvrir en personne les consultations avec les groupes armés locaux, le vendredi 22 avril 2022 à Nairobi, conformément aux résolutions du Sommet  de la Communauté de l’Afrique de l’Est, auquel il avait participé le jeudi 23 avril, n’a pu le faire, en raison de l’absence de plusieurs participants, retardés par des contraintes logistiques. C’est ainsi qu’il a laissé cette charge à une équipe d’experts pilotée par le professeur Serge Tshibangu, son Mandataire Spécial, assisté de Claude Ibalanky, Coordonnateur du Mécanisme National du Suivi des Accords, et du général François Kabamba, son conseiller militaire.

            Alors qu’on s’attendait à un déroulement sans accroc desdites consultations, après leur ouverture le samedi 23 avril, sous la facilitation du Kenya et en présence des observateurs de l’Ouganda, du Rwanda, du Secrétariat général de la East African Community et du bureau de l’Envoyé Spécial du Secrétaire général des Nations Unies, l’annonce de la reprise des hostilités par le M23 du colonel Makenga a jeté le trouble dans les esprits. La délégation officielle congolaise a exigé et obtenu, séance tenante, l’expulsion des délégués de ce mouvement rebelle de la sale. Et c’est ce qui a été fait.

Les observateurs ne sont pas, à dire vrai, surpris par le double jeu du M23, qui agit sous la dictée de son parrain, le Rwanda, passé maître dans le non respect des engagements qu’il prend, sous le contrôle tant de l’ONU, de l’Union Africaine, de la CIRGL (Conférence Internationale sur la Région des Grands Lac, de la communauté de l’Afrique de l’Est ou d’autres organisations sous-régionale, pour le retour d’une paix durable dans la partie Est de la République Démocratique du Congo. Le double jeu du M2 3 consiste à feindre de vouloir prendre part aux consultations de Nairobi, alors que ses visées cachées concernent la conquête militaire de quelques localités du Nord-Kivu, pour faire monter les enchères dans l’hypothèse d’obtenir des concessions diverses de la part de Kinshasa, comme c’était le cas sous l’ancien régime, en 2013.

            On se souvient qu’en dépit de sa défaite militaire à Goma, Rutshuru et d’autres fronts militaires, le gouvernement de Kinshasa de l’époque avait consenti, lors des accords de Nairobi, une amnistie générale en faveur des officiers et combattants du M23 et leur intégration dans l’armée nationale, la nomination de  ses cadres politiques au sein des institutions nationales et provinciales, dans des entreprises du portefeuille, leur indemnisation pour les biens présumés détruits ou pillés lors des affrontements entre cette rébellion et les troupes loyalistes, etc. Le gouvernement congolais d’alors avait pratiquement tout accordé à ce mouvement rebelle, comme s’il était question de lui attribuer des primes pour ses activités de déstabilisation du territoire national.

            Il n’est pas étonnant, au regard des accords de Nairobi de 2013, que le M23 cherche de nouveau à gagner doublement, que sur le front militaire sur la table des consultations des groupes armés actuellement en cours dans la même capitale kenyane.

            Il est à espérer que la tricherie ne passera pas, surtout le Chef de l’Etat a clairement circonscrit, avant son départ de Nairobi, les termes de référence des consultations actuelles, à savoir accorder une dernière chance aux groupes armés  pour déposer les armes et profiter du mécanisme PDDR-CS pour leur réinsertion sociale. A défaut, leur sort serait réglé militairement par la force régionale.

Kimp

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