Le Congo de demain : J.P. Kiwakana interpelle la classe politique

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1er octobre 2018. La tradition est respectée au Conseil Economique et Social. Comme cela l’a été en avril dernier, cette Chambre consultative procède à l’ouverture de sa session ordinaire avec pour cadre la salle de spectacles du Palais du peuple. Et cette fois-ci, il
s’agit de sa huitième séquence du genre. Comme d’habitude, la séance du jour est marquée par le discours d’ouverture du président du CES, Jean-Pierre Kiwakana Kimayala.

« Cette session, entame-t-il, s’ouvre (…) dans un contexte particulier de l’histoire de notre pays », d’autant plus que dans moins de trois mois, des échéances électorales vont avoir lieu : le 23 décembre (2018) est la date fixée. Et le Président du Conseil Economique et Social déroule son message : « Certes, l’attention de la communauté tant nationale qu’internationales est focalisée vers cet exercice inhérent à la vie démocratique d’une nation ». Cependant, à
l’issue de ce scrutin, (…). Nous sommes en droit d’espérer voir
naître, entre autres (…)
-Une volonté qui devrait s’inspirer de l’histoire récente de notre
pays plongé dans la quête de l’émergence depuis des décennies ; (…)
– Une volonté qui devait s’engager dans un processus de réhabilitation
de la dignité du citoyen congolais afin qu’il puisse se réapproprier
son espace économique et vivre décemment du fruit de son travail. La
bonne gouvernance est l’unique voie pour y arriver. Nous en avons les
moyens. Et de poursuivre : « …Conformément à la mission qui nous est
dévolue par la Constitution, nous rappelons à notre classe politique
qu’il ne peut y avoir de démocratie sans respect. Sans respect pour
les idées des autres. Sans empathie pour les souffrances vécues jusque
dans leur chair par nos compatriotes dans certaines zones du pays. Il
ne peut y avoir de démocratie sans but commun de garder ce pays uni,
libre et prospère. A défaut, nous finirons par endosser la
responsabilité de léguer un pays en guerre, exsangue et moribond à nos
enfants.
Il n’est pas trop tard pour agir, mais il est grand temps de s’y
mettre afin d’inventer un avenir meilleur, des lendemains prospères,
pacifiques et heureux, non seulement pour ce pays, mais aussi pour
l’ensemble de la sous-région. Nous devons en appeler à la
responsabilité individuelle de chacun. Les beaux discours et les
déclarations d’intentions doivent céder la place à une attitude
responsable et citoyenne promouvant par l’action, le respect, la
tolérance, la méritocratie et le rejet de la corruption et de la
violence… ».
Ci-dessous le texte intégral du discours du président :  «
Permettez-nous de vous exprimer nos sentiments de gratitude pour le
temps que vous consacrez à cette cérémonie d’ouverture solennelle de
la huitième session ordinaire du Conseil Economique et Social en ce
mois d’octobre 2018.

DISCOURS DU PRESIDENT DU CONSEIL ECONOMIQUE ET SOCIAL

Cette session s’ouvre, comme vous le savez, dans un contexte
particulier de l’histoire de notre pays. En effet, dans moins de trois
mois, des échéances électorales vont avoir lieu : le 23 décembre 2018
est la date fixée.
Certes, l’attention de la communauté tant nationale qu’internationale
est focalisée vers cet exercice inhérent à la vie démocratique d’une
nation. Cependant, à l’issue de ce scrutin, nous sommes en droit
d’espérer voir naître:
– Une volonté qui devrait s’inspirer de l’histoire récente de notre
pays plongé dans la quête de l’émergence depuis des décennies;
– Une volonté qui devrait tirer les leçons des pesanteurs qui ont
concouru à certains ratés des rendez-vous importants au carrefour du
développement socio-économique de notre pays;
– Une volonté qui devrait être le fer de lance d’une nouvelle vision
de développement de la République, dont l’enjeu est de satisfaire les
besoins sociaux et d’améliorer la qualité de la vie de la population,
exaspérée par la précarité, sans hypothéquer les bases du bien-être
des générations futures;
– Une volonté qui devrait tourner le dos aux antivaleurs et qui
devrait faire de l’éthique sa pierre angulaire, en combattant sans
concession la corruption dans l’intérêt général;
– Une volonté qui devrait s’engager dans un processus de
réhabilitation de la dignité du citoyen congolais afin qu’il puisse se
réapproprier son espace économique et vivre décemment du fruit de son
travail. La bonne gouvernance est l’unique voie pour y arriver. Nous
en avons les moyens.
« Yes; we can» comme disait un homme d’Etat contemporain face aux
défis que certains pensaient insurmontables.
Voilà pourquoi nous pensons que les élections ne devraient pas être
un moment de rupture de la cohésion nationale mais plutôt une occasion
pour la population de se doter de dirigeants capables de relever les
défis du développement durable de notre pays.
Quel que soit le système en place, l’efficacité de sa politique ne
dépendra que de la force de son économie.
Mesdames et Messieurs les Conseillers de la République;
– Distingués invités;
La session d’octobre qui s’ouvre ce jour sera, entre autres, consacrée
aux arriérés des travaux des sessions antérieures ci-après:
1.La réforme de la fiscalité en ROC;
2. La problématique de la corruption en RDC;
3. Le financement pour la relance de l’agriculture;
4. Le transfèrement des eaux de l’Oubangi ou Problématique de la
convoitise des eaux du bassin hydrographique du Congo;
5. La décentralisation de la RDC 35 ans après : état des lieux et perspectives;
6. La formation technique et professionnelle comme piste de résorption
du chômage des jeunes.
Mais la session d’octobre sera aussi consacrée à l’étude et à
l’analyse des nouvelles thématiques ci- après:
1. L’analyse de la situation socio-économique de l’heure en RDC•
2. L’émergence (création) de la classe moyenne congolaise;
3. L’évaluation de la richesse matérielle et immatérielle de la RDC.
– Honorable Président de l’Assemblée Nationale;
– Honorable Président du Sénat;
– Leurs Excellences;
– Mesdames et Messieurs les Conseillers de la République et chers collègues;
– Distingués invités:

DE LA SITUATION ECONOMIQUE
La compression financière et budgétaire de ces derniers exercices et
les fluctuations économiques récurrentes que nous subissons sont des
signaux interpellateurs et une preuve éloquente de la nécessité de
diversifier notre économie.
Cela exige qu’une mutation soit opérée pour atteindre une
transformation économique globale et briser ainsi le cycle d’une
économie de rente tournée entièrement et exclusivement vers
l’exportation des ressources naturelles et l’importation des biens de
consommation.

DU SECTEUR MINIER
La présente session s’ouvre après une grande conférence minière, la
troisième du genre, tenue du 12 au 14 septembre 2018 à Kolwezi dans la
Province de Lualaba sous le thème : «L’exploitation minière en
République Démocratique du Congo face aux impératifs du développement
durable des zones productrices : Apport, rôle et responsabilité de
l’Etat, de l’industrie minière, de la Société Civile et des
Communautés locales dans une synergie transparente».
Le CES félicite le Gouvernement de la RDC pour la réalisation de
cette troisième conférence minière, quatre ans après celle de Goma et
apprécie à leurs justes valeurs les avancées qui ont eu lieu dans le
secteur minier après les travaux de deux premières éditions, notamment
la promulgation du nouveau code minier par Son Excellence Monsieur le
Président de la République, Chef de l’Etat.
La ville de Kolwezi dans la Province du Lualaba regorge
d’innombrables ressources minérales et occupe une place de choix dans
le secteur minier en RDC. Parmi les ressources minérales retrouvées
dans le Lualaba, il y a notamment le cobalt qui, aujourd’hui, est
devenu un métal stratégique du fait de son importance sur le marché
international.
Nous devons la forte croissance de la demande du cobalt sur le marché
international à la fois aux économies émergentes ainsi qu’aux
nouvelles technologies de l’industrie verte.
Même si comparaison n’est pas raison, pour le CES, la question sous
examen demeure: pourquoi les pays qui étaient moins avancés que nous
en 60 se retrouvent 50 ans après très loin devant nous avec des
économies émergentes, d’autre part pourquoi des pays à mono produits
stratégiques sont plus avancés que nous qui disposons de plusieurs
produits stratégiques dont le pétrole qui a aussi permis aux autres de
se hisser au sommet des pays « avancés et respectés» ?
La RDC ne doit pas seulement s’arrêter à analyser le cobalt, mais
faire plutôt une analyse approfondie des enjeux de tous les minerais
qui sont produits dans les autres provinces. Il est vrai que le cobalt
est en première place aujourd’hui sur la scène internationale mais le
cuivre, l’or, le coltan, le nickel et autres présentent des enjeux
aussi significatifs pour le monde d’aujourd’hui et de demain. La
planification de la RDC doit anticiper les prévisions du marché
mondial où par exemple le nickel ou le lithium pourraient représenter
des enjeux futurs plus importants.
Comment la RDC peut-elle devenir un partenaire incontournable dans le
développement stratégique mondial ? Ou encore comment devenir un
acteur majeur dans toute la chaine de production et de
commercialisation de ces minerais? Pour ce faire, il est nécessaire de
mettre en place des stratégies appropriées en vue d’une capitalisation
des opportunités offertes par ces minerais et maintenir un climat de
confiance avec tous les intervenants dans le secteur minier, en
gardant tout naturellement le cap sur les intérêts qui concourent un
développement global de notre économie.
La redynamisation des entreprises minières publiques s’impose et
passe par la reprise par l’Etat de sa place en tant qu’acteur
principal et régulateur du secteur minier pour ne pas laisser le
monopole aux seuls investisseurs privés. Il est donc urgent pour
l’Etat congolais de se doter d’une vision et d’une politique minières
claires et suffisantes en vue d’amener les entreprises publiques à
relancer les activités d’exploration et de production minière tout en
se donnant les moyens d’être compétitives tant sur le plan national
qu’international.
L’une des résolutions de la Conférence, et dont le CES se félicite,
est notamment l’application rigoureuse du code minier révisé, la
participation des Congolais au capital social des entreprises
minières, ainsi que la mise en œuvre effective de l’exclusivité de la
sous-traitance aux sociétés de droit congolais. Il reste cependant à
veiller à l’application stricte de ces pertinentes résolutions.
Le CES salue et prend acte des recommandations pertinentes formulées
lors de cette troisième édition de la conférence minière
particulièrement celles de combler le déficit énergétique actuel afin
que l’industrie minière atteigne le maximum de sa capacité de
production, en réduisant au maximum son impact sur l’environnement,
l’encadrement et la rationalisation du processus de délocalisation et
de réinstallation des populations affectées par les projets miniers en
RDC et une meilleure gestion du fond social avec 0.3% des intérêts de
l’entreprise et au niveau local, la mise en œuvre des dispositions
relatives à la sous-traitance par les nationaux afin de créer une
véritable classe moyenne.

DE L’AGRICULTURE

Tout observateur intéressé de notre pays s’accorde à reconnaitre que,
dans la quête de la diversification de notre économie, l’agriculture
reste une piste privilégiée pour booster la création d’emplois et
atteindre ainsi la croissance économique. Il faut sortir des slogans
tout faits pour donner à la politique agricole une véritable
substance. D’abord de quelle agriculture s’agit-il et pourquoi?
C’est celle     qui  nous       permet,  primo, d’atteindre  l’autosuffisance
alimentaire pour nos populations et secundo d’accéder aux
exportations, sources des devises pour soutenir notre économie.
Dans un pays à environ 970/0 de terres arables, qui bénéficie de
toutes les saisons culturales dans l’année, tous les espoirs devraient
être permis pour atteindre cette autosuffisance alimentaire d’une part
et assurer l’organisation des exportations d’autre part. Avec 4
millions de terres irrigables, une pluviométrie de 1000mm/an, 135
millions d’hectares de terres agricoles, soit 34% du territoire
national, dont 10% seulement sont mises en valeur, nous avons tous les
atouts pour pouvoir atteindre nos objectifs.
Cependant, les mesures incitatives en faveur des  agriculteurs ruraux
et la redynamisation des encadreurs agricoles (moniteurs agricoles,
agronomes de territoire et animateurs ruraux) ne doivent pas être
sacrifiées sur l’autel des Parcs Agro-Industriels. Une coordination
efficiente, assortie d’un cadre de suivi et d’évaluation rigoureux,
devrait accompagner un tel programme pour éviter les graves erreurs de
la mal gouvernance du passé, l’agriculture demeurant un pilier de
l’économie avec un potentiel important d’effets d’entraînement sur son
industrialisation et une croissance inclusive et durable.

DE L’ENVIRONNEMENT
La problématique du changement climatique n’est plus à considérer
comme une chimère. Il s’agit d’une réalité dont les conséquences
désagréables sont de plus en plus vécues par toute la planète.
Les fortes chaleurs ressenties au quotidien nous rappellent que la
lutte contre le réchauffement climatique est un défi mondial qui devra
figurer parmi les priorités de la nouvelle gouvernance.
Durant cette intersession, une délégation du CES a pris part à
Abidjan, du 28 et 29 juin 2018, au premier sommet Climate Chance –
Afrique, qui a réuni 600 participants issus de 41 pays dont 27 pays
africains, des acteurs non-étatiques représentés dans toute leur
diversité et engagés dans la lutte contre les changements climatiques,
ainsi que leurs réseaux associés.
Ce sommet d’Abidjan a permis de préparer les messages spécifiques du
continent africain, de montrer son engagement, de préciser les
demandes et propositions spécifiques des acteurs locaux qui luttent
contre les changements climatiques en Afrique. La position africaine
sera ensuite portée dans le cadre d’événements internationaux et
alimentera également le processus du Dialogue de Talanoa en marge de
la mise en œuvre de l’accord de Paris sur le climat.
Beaucoup de villes et régions coopèrent déjà avec leurs pairs pour
échanger sur leurs projets en lien avec le climat, c’est une dynamique
qui doit aussi être renforcée avec la participation des villes
congolaises absentes à ces rencontres importantes. Les acteurs du
climat se retrouveront du 20 au 23 novembre prochain à Marrakech à
l’occasion du Salon Africités 2018. Et bien sûr à Katowice (Pologne)
pour la COP24 du 3 au 14 décembre prochain.
Pour le CES, la RDC devra participer activement à ce rendez-vous
mondial sur le climat en répondant, dans les préparatifs, aux 3
questions du dialogue de Talanoa : «Où en est-on ? Où voulons-nous
aller ? Comment y arriver ?». L’occasion de résumer l’état des lieux
des différents secteurs (agriculture, foresterie, énergie, transports,
bâtiments, éducation, finance…) et de dévoiler les solutions
adéquates pour la préservation du deuxième poumon de la planète, nous
avons cité « le massif forestier de la RDC ». Pour le CES, les fonds
mobilisés pour le climat en RDC doivent être utilisés de manière
équilibrée entre adaptation et atténuation.
En amont de ce rendez-vous international majeur, le CES propose que
soit dressé pour la RDC, le bilan et les perspectives de la politique
nationale de lutte contre le réchauffement climatique, pour lui donner
un nouvel élan, après la COP 24.
Nous devons donc tous nous préoccuper et nous investir dans la
recherche des solutions d’adaptation à la transition climatique,
orientées vers la soutenabilité et la durabilité.
Nous ne le dirons jamais assez : «les forêts de la République
démocratique du Congo jouent un rôle important dans la régulation du
climat par la capture d’une quantité considérable du C02 émis par le
monde entier».
Une gouvernance responsable de notre environnement contribuera à la
réduction des effets du changement climatique, sans toutefois
préjudicier l’impératif de survie de nos populations et communautés
locales.
– Honorable Président de l’Assemblée Nationale;
– Honorable Président du Senat;
– Leurs Excellences;
– Mesdames et Messieurs les Conseillers de la République et chers collègues;
– Distingués invités:
Au-delà de la problématique du changement climatique, d’autres
questions qui y sont liées nécessitent des solutions durables et
appropriées, notamment: la gestion durable de nos forêts, la
protection de nos parcs, la protection de la biodiversité, …
Durant ce dernier trimestre, le CES a été plusieurs fois alerté par
la société civile, environnementale qui reste préoccupée par la
manière dont les travaux de révision de la loi forestière de 2002, la
levée du moratoire et la politique forestière se tiennent au niveau du
Ministère de l’environnement et développement durable(MEDD). Elle
dénonce l’insuffisance d’implication des autres parties prenantes dans
ces réformes importantes et propose que soit d’abord élaborée une
politique forestière qui va donner des orientations stratégiques du
secteur forestier avant de finaliser la révision du code forestier.
Pour le CES, l’assainissement du secteur forestier demeure un
préalable à la levée du moratoire en cours et les différents titres
attribués en violation du moratoire doivent être résiliés. Un débat
s’impose dès lors, pour une évaluation d’ensemble des questions
brulantes du secteur forestier en vue d’un consensus entre les parties
prenantes, qui puisse améliorer les conditions de la gouvernance
forestière en République Démocratique du . Congo.
En ce qui concerne la biodiversité, il est avéré que la forêt
congolaise cache d’énormes trésors qui peuvent être valorisés autant
pour la protection des cultures que pour la diversification et la
résilience des productions. Mais ce potentiel immense est totalement
négligé.
Qu’elles soient utilisées à titre purement commercial, pour la
médecine traditionnelle ou comme animaux de compagnie, les espèces
sauvages sont essentielles à la biodiversité et par conséquent, leur
commerce doit être régulé. La criminalité de la faune menace la
sécurité et peut compromettre la santé humaine et animale à travers la
propagation des maladies virulentes telle que « Ebola». En conséquence
du braconnage, la population sauvage est gravement décimée et en voie
de disparition (Rhino blanc de Garamba et les éléphants… ).
Laisser libre cours au trafic illicite de faune et de flore comme
décrié actuellement, provoquerait des flux financiers illégaux
susceptibles d’exposer la RDC au blanchiment des capitaux et au
financement du terrorisme. Les braconniers et les trafiquants sont
souvent liés à des réseaux criminels internationaux qui profitent
d’une mauvaise application de la loi, de la porosité de nos
frontières, de la faiblesse de la société civile et des communautés
locales ainsi que de la corruption des fonctionnaires.
C’est ici l’occasion de saluer l’initiative de son Excellence
Monsieur le Président de la République, Chef de l’Etat, d’avoir
procédé hier, par l’entremise de l’ICCN à la mise à feu des ivoires,
des écailles de pangolins et de la remise en liberté des perroquets
gris.
Pour combattre ce trafic illicite de notre faune et flore, le CES
recommande au Gouvernement de :
* Former les cadres, et renforcer la prise de conscience des
consommateurs des dommages irréversibles que cela  cause sur la
biodiversité ;
*Renforcer la   législation en la matière et assurer des sanctions plus
dissuasives, tout en établissant et en renforçant la coopération avec
les autres États;
*Créer avec d’autres Etats, une juridiction supranationale qui serait
compétente pour juger tous les auteurs des
crimes environnementaux ;
*Prendre des mesures appropriées contre le braconnage dès maintenant
avant que certaines espèces, comme les éléphants ou les rhinocéros, ne
disparaissent définitivement de la RDC et que les dommages soient
irréparables.
Le CES recommande également au Gouvernement une bonne gestion de nos
ressources halieutiques, qui font la convoitise de certains pays
africains impliqués dans le projet de transfèrement des eaux de
l’Oubangui vers le Lac Tchad. Ce projet mieux connu sous l’appellation
de TRANSAQUA fera l’objet d’une analyse approfondie par une commission
ad hoc durant cette session. L’avis du CES sur cette question
hautement stratégique permettra aux autorités compétentes de la
république de prendre une décision éclairée sur ce projet.
Le CES a reçu le lundi 24 septembre dernier, une forte délégation des
Organisations de la Société civile environnementale de la Province du
Nord-Kivu, réunies au sein du consortium « Alliance pour les Moyens
d’existence verts » GLA en sigle. Cette délégation composée par des
représentants des forces vives autour du parc national des Virunga
voulait mieux comprendre le rôle du CES et solliciter une
collaboration de manière à porter leur message de plaidoyer contre
«Toute initiative visant à désaffecter ou déclasser les Parcs
Nationaux des Virunga et Salonga ou une de leurs parties pour
exploiter le pétrole au préjudice de l’humanité et des communautés
locales en République Démocratique du Congo ».
Pour Monsieur Jean Mokili Adon Diana, technicien en développement
rural, Mbuti- Pygmée de son état, et vivant dans le territoire de
Beni, « Notre forêt en plus d’être notre mère nourricière, est
également notre Hôpital. Malheureusement cet hôpital est fort menacé
par les graves décisions prises très loin à Kinshasa sans notre
consentement».
Pour Madame Adèle Kanyere, vendeuse des poissons à Vitshumbi, « Sans
le Lac Edouard actuellement menacé par le projet d’exploitation du
pétrole, ma vie et celle de nombreux pêcheurs et vendeurs des poissons
est en péril. C’est avec les revenus tirés de la vente des poissons
que je nourris ma famille et supporte la scolarité de mes enfants».
Le cri de cœur de la délégation est de voir le gouvernement de la RDC
respecter ses engagements légaux en matière de conservation de la
nature et considérer leur volonté profonde de protéger ces
patrimoines, car ils en tirent l’essentiel de leurs moyens de
subsistance.
Les populations autour du Virunga sont fort inquiètes des
conséquences dramatiques sur leurs vies et droits à la suite de
l’exploitation pétrolière : la déforestation, l’insécurité, la
pollution, la destruction des moyens de subsistance des communautés,
le changement climatique.
Pour le CES qui a pris acte des revendications légitimes des acteurs
de la Société Civile du Nord-Kivu, tout l’argumentaire utilisé se
trouve contenu dans l’avis du CES sur la problématique de
l’exploration et de l’exploitation des ressources pétrolières,
minières et forestières dans les aires protégées de la RDC. C’est un
plaidoyer déjà approprié par les Conseillers de la République dont une
des missions consiste effectivement à relayer auprès des décideurs les
messages des communautés à la base.
Le CES apprécie à sa juste valeur cette initiative et reste ouvert à
toute collaboration allant dans le sens d’améliorer les conditions
socio-économiques et environnementales des populations congolaises.
– Honorable Président de l’Assemblée Nationale;
– Honorable Président du Senat;
– Leurs Excellences;
– Mesdames et Messieurs les Conseillers de la République et chers collègues;
– Distingués invités:

DE LA SANTE
Durant cette session et dans le cadre de sa mission, le CES se
penchera sur la situation sanitaire et se propose, en auto-saisine,
d’en sortir un avis à l’attention du Gouvernement ainsi que de
l’Assemblée Nationale. Le constat est accablant et des responsabilités
partagées, Cela va de la formation des : médecins jusqu’à l’existence
des centres de soins de santé.
Sur le plan sanitaire, il faut noter que pendant une période de six
mois, la République Démocratique du Congo, notre pays vient encore
d’être victime de l’épidémie à virus Ebola à l’Equateur et au
Nord-Kivu précisément à Bikoro, Beni et Butembo. L’expertise
congolaise sur ce cas fait des émules.
C’est ici le lieu de faire un plaidoyer à l’endroit des décideurs
pour le rétablissement du service d’hygiène publique qui, dans le
temps, jouait un rôle très important dans la prévention des épidémies
et dans la lutte contre certaines endémies.

DE L’EDUCATION
L’éducation est la base de tout développement. C’est pour cette raison
que ce secteur doit bénéficier de toute notre attention. Le contraire
serait suicidaire.
Sans être exhaustif, nous relevons trois dangers majeurs dans ce
secteur primordial:
1. La commercialisation de l’éducation;
2.      L’absence du cours d’histoire pensé par nous et pour
nous, dépourvu de toute orientation indélicate;
3.L’absence d’un programme national de recyclage des enseignants (formateurs).
Aussi comment ne pas aborder ici un fait de société grave qui
constitue une vraie menace de déstabilisation. Il s’agit du phénomène
«UJANA». Nous en appelons aux décideurs afin de sévir contre tous ceux
qui encouragent ces pratiques inacceptables, tout en gardant à
l’esprit que la solution se trouve en amont et non en appliquant des
mesures coercitives en aval qui, loin de solutionner le problème, ne
ferait que précariser un peu plus les victimes sans leur offrir une
voie alternative permettant la réinsertion de ces enfants vulnérables.
– Honorable Président de l’Assemblée National;
– Honorable Président du Senat;
– Leurs Excellences;
– Mesdames et Messieurs les Conseillers de la République;
– Distingués invités;
Avant de terminer et conformément à la mission qui nous est dévolue
par la Constitution, nous rappelons à notre classe politique qu’il ne
peut y avoir de démocratie sans respect. Sans respect pour les idées
des autres. Sans empathie. Sans empathie pour les souffrances vécues
jusque dans leur chair par nos compatriotes dans certaines zones du
pays. Il ne peut y avoir de démocratie sans but commun, sans que tous
les congolais aient le but commun de garder ce pays uni, libre et
prospère. A défaut, nous finirons par endosser la responsabilité de
léguer un pays en guerre, exsangue et moribond à nos enfants.
Il n’est pas trop tard pour agir, mais il grand temps de s’y mettre
afin d’inventer un avenir meilleur, des lendemains prospères,
pacifiques et heureux, non seulement pour ce pays, mais aussi pour
l’ensemble de la sous-région.  Nous devons en appeler à la
responsabilité individuelle de chacun. Les beaux discours et les
déclarations d’intentions doivent céder la place à une attitude
responsable et citoyenne promouvant par l’action, le respect, la
tolérance, la méritocratie et le rejet de la corruption et de la
violence.
Sur ce, je déclare ouverte la huitième session ordinaire du mois
d’octobre 2018 et que Dieu vous bénisse et qu’il bénisse notre pays. »
Je vous remercie.

Jean-Pierre KIWAKANA KIMAYALA

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