Confondant ses relations avec les fonctions de Chef d’Etat : Katumbi verse dans l’amalgame

0
563

Les premières déclarations de Moïse Katumbi dans les médias ont plus
créé la confusion qu’éclairé la lanterne de l’opinion, qui reste
partagée par ses prises de position contraires aux idéaux de Lamuka et
révélant ses vraies intentions sur la scène nationale.
        En effet, pour avoir perdu le pied sur le sol congolais, le président
d’Ensemble ne lésine pas sur les moyens pour récupérer sa gloire
perdue mais surtout pour s’imposer comme le leader incontesté de
l’opposition qu’il veut constructive, c’est-à-dire proche des
positions de la coalition FCC-Cach.

CONFUSION

        Mais dans la démarche, le leader d’Ensemble se trompe de cible, car
il confond en plein jour ses anciennes relations avec Félix Antoine
Tshisekedi et son nouveau statut de Président de la République. Ce
statut particulier l’oblige, en effet, à être au-dessus de la mêlée et
à ne dépendre d’aucun camp politique, fut-elle la coalition FCC-Cach.
C’est malheureusement dans ce jeu que Moïse Katumbi veut ramener le
Chef de l’Etat en parlant avec nostalgie de leurs « amitiés ». Certes,
ils peuvent avoir « dealer » avant les élections mais dans le nouvel
environnement politique, il doit se réserver de privatiser le pouvoir
du Chef de l’Etat, quand bien même Félix-Antoine Tshisekedi s’est
montré loyal en appuyant sur la pédale d’un processus de décrispation
gelé à souhait sous l’ancien régime.

OPPOSANT SUI GENERIS

        C’est ainsi que sans respecter le droit de réserve dû à sa position
d’opposant, Moïse Katumbi se présente comme un « Conseiller spécial du
Chef de l’Etat » et n’hésite pas à lui offrir ses services au travers
des conseils bien ajustés pour améliorer la gestion des affaires
publiques. Dans ses recettes ramenées de l’Europe,  il fait des
recommandations quant à la conduite à prendre vis-à-vis de la gestion
des comptes de l’Etat pour lesquels il propose un audit.
        Sans être aux affaires, Katumbi agit désormais dans les rangs de
l’opposition pour le compte du Gouvernement. Une position alambiquée,
très critiquée au sein de Lamuka, où les sociétaires ne jurent que sur
une nouvelle réunion des cinq mousquetaires pour rectifier le tir.
Cependant, en bon expert des affaires publiques, il conseille : « A
présent, le conseil que je donnerais au Gouvernement serait de
procéder à un audit approfondi des comptes de l’Etat et des sociétés
publiques ».
        Il ne s’arrête pas en si bon chemin pour livrer à la coalition
FCC-Cach quelques recettes pour financer le Gouvernement et soutenir
la lutte contre la corruption, dégainant, comme à ses habitudes,
contre les agents publics véreux et les mandataires publics qui
s’enrichissent sur le dos des populations.

ELOGES DES 100 JOURS

        Même feu Etienne Tshisekedi luttant contre le régime dictatorial de
la Deuxième République n’avait jamais fait autant d’éloges au maréchal
Mobutu Sese Seko : « Du point de vue de la justice et du droit, les
progrès sont patents ». Et ce, au moment où même le Front commun pour
le Congo en instance de négociation avec le Cap pour le changement
pour la formation du Gouvernement ne s’est pas donné la peine de
peindre avec une telle beauté les 100 jours dont les chantiers ne sont
pas encore parachevés, ni les institutions n’ont commencé à
fonctionner de manière à faire avancer le pays.
        Car, à ce jour, Félix Tshisekedi n’a libéré que qu’un échantillon de
ce qu’il envisage faire en faveur des populations en attente de la
matérialisation de ses promesses électorales. Pendant ce temps, la
coalition FCC-Cach éprouve de la peine pour se doter d’un programme
gouvernemental de consensus, désigner ses animateurs et impulser le
changement.

LA SENTINELLE DE CACH

        Mais, pour le Coordonnateur de Lamuka plébiscité « sentinelle » de la
coalition FCC-Cach, le train est déjà sur les rails après les «
élections-nominations » qu’il tient à regarder désormais dans le
rétroviseur plutôt que de les utiliser comme une arme pour réclamer la
vérité des urnes. Une attitude qui intrigue les partisans de Martin
Fayulu. Ces derniers se sentent trahis alors que le président
d’Ensemble apporte sa caution à la coalition FCC-Cach dont il fustige,
à peine, l’attelage, s’alignant insidieusement derrière la position
des chancelleries occidentales et leurs Gouvernements qui, on le sait,
n’agissent qu’en fonction de leurs intérêts et non de la compassion
qu’éprouve Katumbi pour les pauvres populations congolaises.
        Le même zèle étonnant est déployé quand il parle des 100 jours de
Félix Tshisekedi dont il se refuse faire un bilan avant de dérouler
tous les exploits du Chef de l’Etat durant ces trois derniers mois.
Alors que Martin Fayulu continue à galvaniser les foules contre la
coalition FCC-Cach, Moïse Katumbi observe que « la décrispation est en
cours, la libération des prisonniers politiques, la fermeture des
prisons des services de renseignements, le retour des exilés, la
restitution de leur passeport… ». Un chapelet récité pour la
consommation du nouveau Chef de l’Etat qui s’est donné le pari de
ramener au bercail toutes les brebis perdues du Congo.

EBLOUI

        Pour sa part, marqué positivement par le geste d’octroi de son
passeport congolais et l’annulation de différentes poursuites
judiciaires, Moïse Katumbi n’hésite pas à remercier, en des termes à
peine voilés, son bienfaiteur qui n’est autre que le Président de la
République. Alors que sur Radio France Internationale, le samedi 01
juin, le porte-parole du Chef de l’Etat a démontré que ce dernier ne
s’occupait pas de toutes les affaires d’octroi de passeport aux
personnalités, fussent-elles politiques.
        C’est ainsi qu’alors que les nuages demeurent sombres entre
l’opposition et le pouvoir, le président d’Ensemble précède le
protocole d’Etat et se fait inviter auprès du Chef de l’Etat. « Un
jour, nous serons bien obligés de nous voir pour parler de l’avenir du
pays et des aspirations de sa population », confie-t-il à Jeune
Afrique.

MEIN KAMPF

        Tout en saluant l’avènement de Félix Antoine Tshisekedi à la tête du
pays pour un mandat de cinq ans, Moïse Katumbi révèle, entre les
lignes, que son vrai combat n’est pas « politique », malgré sa
promesse d’un safari dans les provinces et la création d’un grand
parti politique autour de la plateforme « Ensemble pour le changement
».
        Le combat de sa vie et des générations qui lui succéderont est «
financier ». Voici une cause qui lui tient à cœur et qui tourne, une
fois de plus, autour des espèces sonnantes et trébuchantes. Lui qui
avait décidé urbi et orbi, après son départ du Gouvernorat, de ne plus
faire la politique avant de rêver succéder à Joseph Kabila.

LEVEE DES BOUCLIERS
        Son combat, comme l’avait écrit Adolphe Hitler, c’est la récupération
du patrimoine de Katanga Mining Company. Pour ce challenge, il est
prêt à tout, en témoignent ses déclarations qui constituent une
véritable levée de boucliers et promettent la poudre plutôt que la
paix.
        « J’ai travaillé toute ma vie pour cette entreprise, que j’ai fondée
en 1997. C’est le patrimoine de mes enfants, et je ne vais sûrement
pas me laisser dépouiller ! Ce n’est pas un vulgaire petit escroc,
dont je ne citerai même pas le nom, quelle que soient les complicités
dont il a bénéficié, qui va réussir à faire croire que ma société lui
appartient et faire main basse sur ses actifs. Ce n’est pas sa
société, c’est la mienne, puisqu’elle ne m’a jamais été payée. La Cour
d’appel de Paris – ce monsieur est français – m’a donné raison. Et la
justice passera, soyez-en sûr », a-t-il déclaré sous un ton sec à
Jeune Afrique.

TRAFIC D’INFLUENCE

        Dans ce contexte, le rapprochement forcé avec le FCC-Cach alors que
la ligne politique de Lamuka reste ferme ne serait-il pas dû à ces
intérêts qui ne manqueront pas de briser l’élan des investisseurs
étrangers vers les concessions minières congolaises dès lors que les
pouvoirs publics seraient tentés de retomber dans le piège d’un remake
suicidaire de la politique de zaïrianisation de triste mémoire.
        Ce que l’ancien gouverneur du Katanga oublie est que le Congo est
membre de l’Ohada. Par conséquent, les motivations politiciennes sur
fond de trafic d’influence ne suffiront pas pour contraindre les
acquéreurs de Katanga Mining Company, après des années d’exploitation
et d’investissements, de quitter les champs miniers où ils déploient
des activités en faveur de la création des emplois et de la
mobilisation des recettes publiques.
        Les propos de Moïse Katumbi visent plus de 2000 agents et plus de
7000 dépendants dont l’avenir est menacé par les relents financiers
d’un opérateur politique qui, en même temps, fait l’étalage des
conditions sociales difficiles de ses anciens administrés.

TRAFIC D’INFLUENCE
        Comme on le voit, le combat du leader d’Ensemble est moins politique
comme Martin Fayulu le démontre mais plus financier car il faut coûte
que coûte reprendre la mainmise sur les mines du Katanga, en
brandissant à qui veut l’entendre ses relations avec l’actuel Chef de
l’Etat. Une attitude qui frise le trafic d’influence et la trahison
pour le camp de Martin Fayulu mis en porte à faux dans leur combat
pour la vérité des urnes.

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •