Commission Mutamba au Nord-Kivu : le pillage minier de la RDC confirmé

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 Notre livraison du mercredi 16 mai courant, dans laquelle nous faisions état, dans l’article intitulé « Commission Mutamba au Nord-Kivu… Sénat : un huis clos suspect en 2008 », du traitement en circuit fermé des conclusions de cette commission d’enquête, a suscité pas mal de réactions au sein de l’opinion. Un sénateur, qui conteste l’affirmation selon laquelle le dossier avait été traité à huis clos, nous a fait parvenir le rapport final adopté en plénière le 02 juin 2009. Il y a ainsi lieu de concéder que les conclusions de la « Commission Mutamba », du nom de son président, David Mutamba Dibwe, n’avaient pas été frappées d’un huis clos. Dont acte.
En revisitant le document mis à la disposition du Phare, il est écœurant d’apprendre que les limiers du Sénat, qui devaient faire l’état des lieux du secteur minier à travers la République, n’avaient pu se rendre en Province Orientale, au Sud-Kivu, au Nord-Kivu et au Maniema. Voici l’explication fournie à cet effet à la page 51 : «La sous-commission Nord-Est  n’a pu se déployer sur le terrain pour diverses raisons, notamment l’insécurité qui prévalait dans la province du Nord-Kivu. Néanmoins, étant donné que la plupart des opérateurs miniers recensés dans cette partie de la République sont basés à Kinshasa, la mission a consisté à les contacter à parti de cette ville. Sur les 214 opérateurs identifiés, 39 sont du Maniema, 22 du Nord-Kivu, 59 du Sud-Kivu et 94 de la Province Orientale. De ces opérateurs, 59 ont été atteints, soit par téléphone, soit par leurs adresses physiques. Parmi ceux-ci, 12 ont retiré les enveloppes contenant le questionnaire de la Commission. Aucune donnée statistique n’a été remise à la sous-commission par lesdits opérateurs et elle n’a pu collecter les statistiques demandées ».
A la lecture d’un tel aveu d’impuissance, chacun de nos compatriotes peut à présent se faire une idée du pillage systématique des minerais congolais en Province Orientale, au Sud-Kivu, au Nord-Kivu et au Maniema.  Le constat à faire d’emblée est que quatre provinces de la République échappent totalement à l’autorité du gouvernement central. L’or, le diamant, le cuivre, la cassitérite, le coltan… sont ainsi laissés à la merci des groupes armés et des exploitants sans titres. Car, de l’aveu même du Sénat, il est indiqué qu’aucune donné statistique n’avait été glanée.
Lorsque l’on apprend qu’une enquête parlementaire sur le secteur minier avait été menée à partir de Kinshasa, en téléphonant aux opérateurs miniers qui voulaient bien répondre au questionnaire établi à leur intention, on tombe des nues. Ceci donne raison à ceux qui affirment que le Nord et l’Est de la République Démocratique du Congo sont devenus « un no man land », où l’insécurité est érigée en fond de commerce, au profit des criminels économiques, nationaux comme expatriés.
Ce tableau sombre lève le voile sur l’omniprésence des groupés armés, congolais comme étrangers, en Province Orientale, au Nord=Kivu, au Sud-Kivu et au Maniema. Les seigneurs de guerre ainsi que leurs parrains, donc certains exercent au sein des institutions de la République, n’ont des comptes à rendre à personne, depuis des décennies. Comment veut-on, dans ces conditions, que la paix revienne dans cette partie de la République ? Autrement dit, chercher à pacifier la Province Orientale, le Nord-Kivu, le Sud-Kivu et le Maniema, c’est signer la fin des carottes pour les criminels économiques, directs et indirects.
Grâce au rapport de la Commission Mutamba, une autre vérité a été confirmée, à savoir que plus de 80% des minerais congolais sont exportés en fraude. Selon la commission Mutamba, les dernières statistiques plus ou moins fiables sur la production minière nationale datent de l’année 2000. Les services publics qui auraient dû favoriser la traçabilité de l’exploitation et des exportations minières congolaises à savoir le Cami (Cadastre Minier)i, le CEEC ( Centre d’Evaluation, d’Expertise et de Certification), Saesscam (Service d’Assistance et d’Encadrement du smail scale mining), CTCPM (Cellule Technique de Coordination et de Planification Minière), CRGM (Centre de Recherche Géologique et Minière), OCC (Office Congolais de Contrôle), DGDA (Direction Générale des Douanes et Accises), DGI (Direction Générale des Impôts), DGRAD (Direction Générale des Recettes Administratives, Judiciaires, Domaniales et de participation) ;BCC (Banque Centrale du Congo) travaillent en ordre dispersé.
Dans ces conditions, la RDC risque d’être surprise, un jour par l’épuisement de ses minerais, ces ressources naturelles non renouvelles, sans en avoir tiré profit. Pendant que des millions de Congolaises et Congolais s’enfoncent chaque jour dans la misère, des groupuscules d’individus s’enrichissent éhontement, sous l’œil complaisant de ceux qui devaient protéger les intérêts du grand nombre.
 
Kimp
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