COMMENT GÉRER LA PANDÉMIE DE LA COVID 19 ET GOUVERNER LE DÉVELOPPEMENT DE LA RDC ? (suite)

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2. La pandémie de la Covid-19 et ses impacts  sur la société congolaise

         L’impact de la pandémie sur la société congolaise dépend de la virulence sociale de l’éclosion de la maladie, de sa durée, et du contexte historique dans lequel il est apparu sur les plans économique, social et de gouvernance politique. C’est pourquoi la première section a été consacrée à l’examen de ce contexte. La pandémie ayant fait à peine trois mois dans le pays, l’analyse de son impact sur tous ces plans combine les impacts réels à très court terme (quelques trois mois), et surtout les impacts virtuels, pensés ou prévisibles, auxquels on doit s’attendre dans les prochains mois et mêmes dans les prochaines années.

         Par ailleurs, les impacts peuvent être directs ou indirects, découlant dans ce dernier cas, soit des mesures sanitaires prises (confinement notamment), soit des effets et conséquences des impacts directs. Les impacts dépendent aussi de la durée de la pandémie dans le pays en général, et dans les régions économiquement stratégiques en particulier, qui sont aussi des concentrations humaines importantes, et ont une portée socioéconomique et politique significative pour le développement du pays. L’analyse, fusse-t-elle anticipative des impacts de la pandémie, retient également que cette dernière a généralement des impacts dans le temps. Certains apparaissent durant la phase de prévalence virulente ou pas du Covid-19, tandis que la majorité des effets de la pandémie arrive même après qu’elle aura été vaincue. On peut regrouper les impacts en quatre catégories : les impacts sanitaires, les impacts économiques, les impacts sociaux, et les impacts sur la gouvernance politique.

2.1.   Les impacts sanitaires

         Dans leur essence, ils font en principe partie des impacts sociaux, mais sont mis en exergue ici, du fait de leur acuité et de leur virulence qui en soulignent la dimension sociale et nationale. Après tout, la crise du Covid-19 est d’abord une crise ou une urgence sanitaire. Sur ce plan, la pandémie a augmenté la morbidité et la mortalité dans le pays, même si les régions et les catégories sociales sont inégalement affectées.

         Tombant dans un contexte sanitaire marqué par certaines faiblesses dues à la pauvreté humaine dans ses différentes composantes, la prévalence de certains types de maladies (endémiques habituelles et infectieuses surtout), la pandémie du Covid-19 a montré une capacité de transmission et d’expansion sociale rapide, en particulier dans les grands centres urbains. Lorsqu’un corps social accuse déjà des faiblesses sanitaires, il devient un terrain fertile de propagation des maladies ou d’aggravation de celles dont il souffre déjà. À moyen terme cela va contribuer à faire baisser le nombre d’années d’espérance de vie à la naissance.   

         Il n’est pas exclu que les personnes guéries affichent des séquelles qui affectent leurs capacités productives dans l’avenir, mais cela reste une hypothèse. Dans un pays où les malades de la Covid-19 recourent à différents types de soins, y compris l’automédication aux plantes et herbes, et même aux fétiches de tout genre, le contrôle sanitaire de la pandémie a des limites d’efficacité. Des décès parallèles de ces autres modes de soins ne sont pas évitables. Un des impacts directs sur ce plan est d’ailleurs la prolifération des médecines parallèles. La pandémie et sa propagation ont réveillé des relents de posture mentale traditionnelle par rapport à la maladie. Cette posture est teintée de peur certes, mais aussi de stratégie spiritualiste envers l’épidémie.

         Jouant comme détonateur, la pandémie a contribué à mettre au grand jour les déficits structurels de notre système de santé. De manière générale, ce dernier n’est pas suffisamment équipé pour répondre aux catastrophes de ce genre. Il lui manque à la fois les moyens et les capacités institutionnelles, organisationnelles et techniques appropriées pour relever le défi d’une pandémie de cette nature, et de cette ampleur. Le pays a vécu l’expérience de la lutte contre l’épidémie à virus Ebola à plusieurs reprises, et qui a eu à montrer les mêmes faiblesses, qui sont encore actuelles.

         J’avoue que je suis analphabète et profane dans ce domaine. Le Ministère de la Santé Publique et l’architecturer de riposte mise en place par les autorités sont plus compétents dans cette analyse des impacts sanitaires de la pandémie du Covid-19, et je ne serai pas tenté de m’avancer outre mesure.

2.2.   Les impacts économiques

         On peut les distinguer ou grouper en quatre catégories : ceux portant sur la production des richesses et donc sur la croissance économique, sur la rupture des chaînes d’approvisionnement (circulation/distribution), le commerce et les marchés, sur les moyens financiers de l’État et des entreprises, et ceux portant sur la demande des biens et services.

         Comme déjà indiqué par le Comité Permanent du Cadrage Macroéconomique (CPCM), la croissance économique va sérieusement baisser au cours de cette année. Le taux de croissance s’annonce négatif. L’impact économique du Covid-19 est lié aux problèmes structurels de l’économie congolaise. En effet, la crise économique mondiale, aggravée par l’impact de la pandémie dans les économies des pays qui sont des puissants partenaires économiques de la RDC (dont la Chine et l’UE en particulier), va affecter à la baisse leur demande des matières premières produites dans ce pays. On doit donc s’attendre à la baisse des activités de production dans le secteur minier en particulier, mais aussi dans les autres secteurs d’exportation comme la foresterie par exemple.

         Bien que n’étant pas frappé de plein fouet, le secteur agricole accusera le coup de la pandémie. Sa production va aussi baisser même si ce n’est pas dans les mêmes proportions que le secteur d’exportation. Et cela pour plusieurs raisons dont ses traditionnelles et chroniques faibles capacités productives, la faiblesse de sa force de travail due à la situation sanitaire, la baisse du temps de travail en équipes du fait du confinement, la baisse de la demande du fait de l’aggravation de la pauvreté, etc.

         La pandémie a créé un climat peu stimulant pour prendre les risques et initiatives d’investissement. Ceci va affecter non seulement les investissements industriels, mais aussi les investissements dans le secteur de la construction et du bâtiment entre autres, qui est un autre secteur important pilier de la croissance en RDC. Et ce climat peut durer.  De ce fait les secteurs de soutien à la croissance se verront en faible demande (transports et communication, énergie, etc.), et vont fonctionner au ralenti. Il y en a qui vont simplement arrêter certaines de leurs activités.

         Le tertiaire marchand et non marchand va aussi en pâtir et il en pâtit déjà. Ceci est valable pour le commerce qui pèse dans ce secteur, les services marchands dont ceux de l’industrie touristique (hôtellerie, restauration…), les activités bancaires, et même l’administration publique. Ces différentes branches ont soit réduit leurs activités, soit fermé momentanément pour certaines, soit mis en place un travail en shift qui ne peut que diminuer leurs capacités productives et leur production effective.

         La consommation des ménages qui est généralement ignorée comme facteur contributif significatif à la croissance par la demande, sera aussi affectée à la baisse. D’ailleurs elle compte très peu dans les politiques économiques mises en place jusque-là. Le grand système de production pour l’exportation, n’est particulièrement intéressé à la demande intérieure. Le reste du grand et moyen système de production des biens et services pour le marché intérieur (y compris dans le commerce et les banques), est contrôlé quasi exclusivement par le capital étranger. Ses réinvestissements dans le pays sont relativement faibles. À part pour quelques branches d’activités, la consommation des ménages ou la demande intérieure ne pèse pas beaucoup comme dans leurs investissements comme facteur stimulant de la production, quand ils savent qu’ils peuvent répondre à cette demande par des importations de la pacotille dans différents domaines.

         Pour le moment, il est difficile de donner une idée de l’impact quantitatif prévisible à court terme sur le système de production. Mais des projections solides fondées sur des hypothèses réalistes, peuvent aider à quantifier l’impact économique de la pandémie sur la production, et les perspectives qui s’annoncent de ce point de vue. Je ne suis pas en mesure de le faire pour cet article. On retient que la pandémie va affecter négativement la croissance, qui va accuser une récession de l’économie de la RDC cette année.

         L’autre impact économique concerne la perturbation des chaînes d’approvisionnement, de circulation des biens et services, et donc les marchés de ces derniers. Bien que le secteur industriel soit sérieusement réduit à la petite industrie légère de consommation, son approvisionnement en biens de production et en biens intermédiaires importés va souffrir des perturbations qui affectent l’économie et le commerce mondial du fait de la pandémie. La situation est particulièrement vraie pour l’industrie manufacturière lourde liée à certaines exploitations minières. Elle aura quelques difficultés d’approvisionnement en inputs ou biens de consommation intermédiaire importés.

         En conséquence, l’offre intérieure ne manquera pas de connaître une hausse des prix, qui affectera tous les biens et services, y compris les prix des produits agricoles locaux. Dans les conditions de la pandémie actuelle, le pays connaîtra une augmentation du niveau d’inflation. Et si elle perdure, ce niveau peut atteindre ou dépasser les 10% cette année.

         La baisse des exportations des matières premières à cause de la crise économique mondiale, et de son accélération par l’éclosion de la pandémie du Covid-19 aura des effets sur le commerce extérieur de la RDC, en exportations comme en importations. Le commerce exportateur des produits primaires joue un rôle vital dans ce commerce, dans l’économie congolaise et, comme on le verra plus loin, dans les moyens du pays et les capacités d’actions de l’État congolais. C’est aussi un impact négatif qui mérite d’être quantifié.

         La circulation intérieure des biens et services comme celle des personnes (force de travail), et en particulier l’approvisionnement des marchés et des centres urbains en produits manufacturés de première nécessité comme en produits agricoles vont ainsi être perturbés. Ils le seront principalement du fait non pas seulement du confinement et de la réduction des activités de soutien à la croissance (transport et communications, énergie, etc.), mais aussi d’autres perturbations connexes dans le contexte spécifique de la RDC. Ce sont notamment les tracasseries administratives et policières, une parafiscalité qui frappe la circulation des biens et services entre les provinces ou entre le milieu rural et le milieu urbain, etc. Même si certaines de ces distorsions commerciales préexistaient à la pandémie, elles vont se trouver renforcées du fait de cette dernière.

         Sur le plan financier, la pandémie de la Covid-19 aura un impact également important sur les entreprises et sur les moyens d’action financiers de l’État congolais. En effet, la financiarisation excessive de l’économie mondiale ne signifie pas que les entreprises sont en surliquidités. Comme dans toute crise économique, la chute de la croissance et la baisse des  activités des entreprises se traduisent par la chute de leurs moyens financiers. C’est pourquoi dans la quasi-totalité des pays dits développés, ce sont les États qui cherchent des moyens financiers pour sauver les entreprises en difficulté du fait de la pandémie. Les pays européens comme les USA discutent et annoncent régulièrement des montants adéquats de leur aide aux entreprises. Leurs États créent de la monnaie ou empruntent pour le bénéfice de la relance de leurs économies à travers la reprise des activités des entreprises.

         L’économie de la RDC ne pouvait y échapper. Les entreprises congolaises qui produisent pour le marché extérieur et qui constituent le poumon de l’économie nationale ne peuvent que connaître une situation financière difficile du fait de la baisse de leurs ventes. Le marché mondial étant en crise, elles en pâtissent. Et, même celles qui produisent biens et services pour le marché intérieur, font face aux mêmes difficultés financières, parce qu’elles connaissent des contraintes aussi bien du côté de leur offre, que du côté de leur demande, contraintes qui conduisent au ralentissement de leurs activités.

         Dans ce cadre, la situation financière des PME s’annonce aussi plus que difficile, car leurs approvisionnements et les moyens de les importer se réduisent, et leur clientèle voit ses moyens de paiement s’amenuiser, du fait de la baisse générale de la demande solvable. Dans une situation économique de l’économie du marché comme celle de la RDC, où le secteur informel est important pour l’offre des produits que le  grand et moyen système de production ne peut offrir, ce secteur va sérieusement souffrir de la crise de l’économie du pays, et encore plus de son aggravation par l’éclosion de la pandémie. Les activités de ce secteur qui font vivre plus de la moitié de la population urbaine, ainsi que des centres et cités semi-urbaines, ne dispose pas de ressorts économiques et financiers de résilience solides. C’est tout un pan de l’économie congolaise qui sera ainsi dangereusement affecté, avec les conséquences sociales que l’on imagine. 

         Il est de notoriété publique que le secteur d’exportation des matières premières minières est le pilier le plus important de l’économie congolaise, de son commerce extérieur et des ressources de l’État (bon an mal an). Il alimente le pays en moyens de paiements extérieurs. Comme déjà souligné, ce secteur souffre de la crise de l’économie mondiale dont il dépend, ou dont il est le prolongement, et cela se répercute sur ses capacités de contribution aux moyens de paiements extérieurs du pays. Les revenus d’exportations vont chuter, reste à savoir dans quelle mesure, réduisant ainsi les capacités d’importations du pays. Le taux de change du dollar américain va en souffrir, s’il ne l’est pas déjà, et avec d’autres répercussions sur le marché des biens et des services. Les recettes publiques vont également chuter, réduisant les capacités financières de l’État  pour couvrir ses dépenses, en particulier ses dépenses de développement et/ou de soutien à la croissance.

         La crise structurelle de l’économie congolaise, aggravée ou exacerbée par le détonateur conjoncturel qu’est la pandémie de la Covid-19, qui se traduit par la baisse ou décroissance de l’économie nationale, va contribuer à la chute des recettes de l’État et donc de ses moyens budgétaires. Ce qui va affecter le niveau d’exécution des piliers de son programme de développement, commander la réduction des ambitions, et la re-priorisation des engagements du Président de la République inscrits dans le programme commun de gouvernement. Il est vrai que  la dimension humanitaire de toute situation d’urgence tend à devenir primordiale. Mais la primauté donnée au conjoncturel ne peut ignorer le structurel dans lequel ce dernier s’inscrit, car c’est important pour l’efficacité de la stratégie de réponse elle-même.

         Tout cela va affecter le niveau d’endettement du pays. D’une part les capacités de paiement de la dette publique vont baisser, tandis que de l’autre, les besoins d’endettement vont augmenter, malheureusement dans un contexte de crise économique mondiale. Les interventions financières de l’État dans l’économie, directement ou indirectement, pour sauver les entreprises choisies et relancer l’économie se feront par un jeu d’endettement qui impliquera la Banque Centrale d’une manière ou une autre.

         L’analyse des impacts de la pandémie de la Covid-19 sur l’économie du pays n’est pas une vue d’esprit. Ce ne sont pas des impacts mécaniques ou théoriques. Nombre d’impacts soulignés ici se sont déjà annoncés au cours des trois derniers mois de l’éclosion de la pandémie dans notre pays. D’ailleurs pour envisager correctement la stratégie de réponse avec chances d’efficacités dans les interventions, une analyse des faits, et un examen anticipatif de la dynamique qui s’annonce sont nécessaires, et ils se nourrissent à la théorie. En les évoquant sur base des analyses théoriques, cela permet d’envisager des stratégies de réponse qui intègrent le structurel et le conjoncturel, et tiennent compte de l’essentiel et non du superficiel.

2.3. Les impacts sur le terrain du développement social

         Comme déjà indiqué, la  pandémie est tombée dans un contexte social de fragilité, sinon de dislocation, caractérisé par les traits évoqués à la section précédente : le niveau élevé de pauvreté, celui d’inégalités socioéconomiques croissantes, celui du chômage et du sous-emploi, la grave insécurité alimentaire et nutritionnelle, et le faible niveau de développement humain.

         Du fait des déficits structurels de l’économie du pays, et de l’impact de la pandémie sur la situation économique et financière tel qu’analysé ci-dessus, on doit s’attendre à ce que la situation sociale se détériore. D’abord en termes de l’incidence de la pauvreté qui ne peut que s’empirer notamment du fait de la régression de l’économie, de la perte d’emplois formels et informels, et de la baisse du pouvoir d’achat des populations face à l’inévitable inflation, ce qui va se répercuter négativement sur l’accès de masse aux services sociaux de base.

         Dépendant de la durée de la pandémie et de celle de ses impacts sociaux, les inégalités socioéconomiques qui sont d’ailleurs cumulatives, vont avoir tendance à se renforcer, marquant encore plus la fracture sociale, accusant une fissuration du tissu social et de la cohésion nationale, avec risque de déboucher sur des méfaits sociaux auxquels se nourrissent certains acteurs politiques. La pauvreté de rue sera encore plus apparente sous diverses formes de manifestations.

         Il est évident que la pandémie va jouer un rôle d’accélérateur pour approfondir les déficits sociaux. Le chômage et en particulier celui des jeunes va s’aggraver, car la fermeture totale ou partielle des micros et petites entreprises informelles, le ralentissement des activités des PME et des entreprises du grand système de production des biens et services comme du moyen système, sont au rendez-vous. Tout cela va jouer un double rôle : éjecter une partie des travailleurs actuels et en faire des chômeurs involontaires, et fermer ou au moins rétrécir les opportunités d’ouverture du marché d’emploi, et de prise de risque entrepreneurial pour lancer de nouvelles affaires.

         L’insécurité alimentaire et nutritionnelle va à son tour peser lourdement sur les ménages congolais, que ce soit en milieu urbain ou rural. La baisse des activités agricoles de production vivrière, les difficultés financières d’importations alimentaires, les perturbations et distorsions des chaines d’approvisionnement et de fonctionnement des marchés vivriers, la cherté de la vie, tous ces éléments se conjuguent. Et on doit valablement prévoir que la proportion des ménages congolais qui vivent dans l’insécurité alimentaire et nutritionnelle va augment, au-delà de son niveau actuel qui est de 49,5%. Ce sera une épidémie silencieuse, mais plus dangereuse et plus mortelle que celle de la Covid-19.

         Ainsi les impacts économiques et sociaux de la pandémie se renforçant  mutuellement dans leurs effets directs et indirects, vont sans aucun doute faire baisser les performances du pays en matière d’indice du développement humain (IDH), et de l’indice de développement humain mesuré par les inégalités dans le pays (IDHI).

2.4. Les impacts sur la gouvernance elle-même

On le perd souvent de vue ou on ignore cette dimension non négligeable des impacts de la pandémie. Du fait de la pandémie ou mieux en vue de l’efficacité de sa gestion il a été mis en place une architecture nouvelle d’organes de sa prise en charge. Une nouvelle distribution des tâches et des responsabilités en découle. Les institutions en charge de la gouvernance du pays sur les plans politique, économique et social, et de ce fait appelées à résoudre les problèmes structurels du développement, sont ainsi mises à contribution pour aussi gérer la crise conjoncturelle de la pandémie et ses impacts variés sur le pays.

         Se posent alors une série de problèmes de ressources – humaines, techniques, matérielles, financières, organisationnelles, etc. – qu’il faut mobiliser et gérer en harmonie et synergie pour sortir le pays de la crise sanitaire du Covid-19, mais avec la perspective de la solution aux problèmes de développement. Outre la synergie des actions entre le conjoncturel et le structurel, il y a aussi la synergie et la cohérence institutionnelles pour cheminer ensemble vers la victoire sur le Covid-19, en faisant en même temps des progrès sur le processus de développement. Car quelle que réelle et urgente qu’elle soit, et c’est le cas du Covid-19, la pandémie actuelle ne peut arrêter le processus du développement. Elle en est une exigence au contraire. En mettant le doigt sur les failles et pannes du développement en RDC, le Covid-19 est en effet, un appel pressant pour le développement, et il doit être appréhendé comme tel, y compris dans la conception et la mise en œuvre de la réponse/riposte à y apporter. Il lui est indissociable.

         Les principales causes de mortalité en RDC sont liées d’abord à l’insécurité alimentaire et nutritionnelle, ensuite aux maladies infectieuses et respiratoires, et au paludisme. Les épidémies sont des maladies « transitoires » ou épisodiques, et leurs effets sur la mortalité est faible en comparaison à ces causes immanentes et endémiques qui sont aussi structurelles. Ces causes affectent tout le pays, et sont des causes à effet de masse. Ce qui est relatif pour le cas de la Covid-19, en dépit de sa médiatisation et de la panique sociale ou existentielle qu’il a créée. La gouvernance publique se sent mise à l’épreuve de manière plus pressante et plus urgente à son égard, négligeant ou mettant un bémol à l’allocation des moyens et la mobilisation des énergies pour les causes structurelles. En outre, ces causes endémiques de grande mortalité durent depuis des décennies, et font partie du tableau. Elles sont banalisées presque dans la gouvernance du pays. Les populations les considèrent comme faisant partie de leur cadre de vie.  

         La crise de la Covid-19 demande ainsi des arbitrages de gouvernance politique notamment dans l’allocation des ressources, la mise en place des instruments institutionnels et techniques appropriés, la formulation des stratégies intégrées d’action de réponse, mais aussi de leur mise en œuvre et de leur suivi-évaluation. La pandémie a donc un impact non négligeable sur la gouvernance, et notamment sur la gouvernance du développement. Et c’est de l’efficacité de cette dernière que dépend l’efficacité de sa réponse au Covid-19 dans la solution des problèmes conjoncturels et structurels du développement.

A SUIVRE

Prof J. Kankwenda Mbaya

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