Commanditaires et auteurs des massacres indexés : le spectre de la CPI sur le Grand Kasaï

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Le rejet, par le Haut-Commissariat Général des Droits de l’Homme des Nations Unies, de l’option du gouvernement congolais relative à l’organisation d’une enquête mixte, sous son autorité, est perçu par nombre d’observateurs comme la volonté de la communauté internationale d’obtenir toute la lumière sur les massacres et violences de toutes sortes commis et en cours dans le Grand Kasaï. Le spectre de la CPI (Cour Pénale Internationale) plane désormais sur les commanditaires et auteurs d’un feuilleton qui réunit tous les critères d’un génocide.

Lorsque l’on scrute les propos du Haut Commissaire aux Droits de l’Homme des Nations Unies,  Zeid Ra’ad Al Hussein, tenus au lendemain de l’expiration de son ultimatum de 48 heures aux autorités congolaises, l’on ne peut se tromper sur la suite d’un dossier qui
risque d’ouvrir les portes de la prison de cette juridiction internationale à plusieurs autorités politiques, militaires et administratives congolaise mais aussi des hommes de troupes impliqués dans les tueries et violations massives des droits humains dans cette
partie de la République Démocratique du Congo.
Tout en reconnaissant la souveraineté du pays sur ses affaires
intérieures, ce gardien des droits de l’homme au plan planétaire
soulignent que « les actes odieux commis dans le Kasai semblent d’une
telle gravité qu’ils doivent interpeller la communauté internationale,
et en particulier le Conseil des droits de l’homme. L’ampleur et la
nature de ces violations et abus des droits de l’homme et les réponses
systématiquement insuffisantes des autorités nationales nous obligent
à demander une enquête internationale pour compléter les efforts
nationaux ».
Il y a, manifestement, une méfiance avérée vis-à-vis des
investigations menées par la justice militaire congolaise.
Cette crise de confiance est clairement soulignée dans cette autre
observation faite par Zeid Ra’ad : « Nous avons un devoir envers les
victimes et l’obligation d’envoyer un message aux auteurs de ces
crimes que nous observons de près et que la communauté internationale
s’engage pour mettre un terme à l’impunité endémique en RDC ».
D’aucuns pensent que le pays traîne, depuis des années, un lourd
passif de crimes de guerre et crimes contre l’humanité impunis. On
peut se rappeler, à ce propos, la « blanchisserie » de Sun City, avec
la signature de l’Accord global et inclusif en décembre 2002, au terme
du Dialogue Intercongolais, qui avait permis aux seigneurs de guerre
des « composantes » gouvernement, MCL (Mouvement de Libération du
Congo), RCD (Rassemblement Congolais pour la Démocratie) ainsi que
ceux des « sous-composantes » RCD-K-ML (Rassemblement Congolais pour
la Démocratie-Kisangani- Mouvement de Libération), RCD/N
(Rassemblement Congolais pour la Démocratie/ National) et Mai-Mai,
d’effacer leur passé de criminels sans frais et de siéger dans les
institutions de la République entre 2003 et 2006. Beaucoup s’y
retrouvent encore, après avoir opéré des mutations politiques à
répétition qui le font passer aujourd’hui pour des patriotes de
première force.
Le souci du Haut Commissariat aux Droits de l’Homme des Nations Unies
est de ne laisser passer aucun gros poisson dans les mailles des
filets des limiers neutres et indépendants, comme cela le fait penser
présentement avec le procès ouvert il y a une semaine au Tribunal de
la garnison militaire de Kananga, avec un coupeur des noix de palmes
et un élève à la barre.
Lorsque l’on jette un regard sur les noms des commanditaires qui
circulent sur les réseaux sociaux, l’on ne peut qu’être tenté de
croire que Clément Kanku, cité comme suspect numéro un par les sources
officielles, ne pourrait être seul dans le box des accusés. Une longue
liste de présumés commanditaires serait inévitable s’il était permis
aux enquêteurs internationaux d’aller dans tous les coins et recoins
du Kasaî, de collecter des données sur les fosses communes et de faire
parler les familles des victimes. La question de fond est de savoir
comment les autorités congolaises vont-elle continuer à bloquer une
enquête internationale sans donner l’impression de vouloir cacher des
choses sur le sombre feuilleton des massacres et violences au Kasai.

Kimp

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