Colloque International sur la Renaissance Africaine

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L’esclavagisme, un crime contre l’humanité
Déclare Me Abdoulaye Wade

Dans le cadre des festivités du cinquantenaire du Sénégal, une activité fort importante s’est déroulée, le 3 avril 2010, dans l’amphithéâtre de la salle Roi Fahd de l’hôtel Méridien Président. Il s’agit du Colloque International sur la Renaissance africaine qui a vu la participation d’un millier des personnes parmi lesquelles les éminentes personnalités telles que: Bingu Wa Muthararka du Malawi, le président en exercice de l’Union africaine et du Malawi ; l’ancien président nigérian, Olusegun Obasanjo; l’ancien directeur général de l’Unesco, le japonais Matchoura, Révérend Jesse Jackson ; l’historien béninois Paulin Houtoundji, le physicien aéronaute d’origine malienne Modibo Diarra, l’Ambassadeur Jonhson présent lors de la Conférence de Manchester en 1945, le Président de l’organisation des droits civiques aux Etats-Unis,  NAACP (National Association for Advancement of Colored People ), Patrick …
 
            A tous les participants, le Président Abdoulaye Wade  a vivement exprimé sa gratitude. Alors qu’on le croyait se limiter à l’ouverture officielle du Colloque, le Président Wade a joué plutôt au modérateur durant environ trois heures et demie. Manifestant par là, à 84 ans, une réserve d’énergie inégalable et une fraîcheur d’esprit. Journalistes africains invités à cet événement, nous étions stupéfaits par la maîtrise avec laquelle Me Abdoulaye Wade a conduit les débats. Il n’a accusé aucun signe de fatigue tant à l’accueil de ses homologues chefs de l’Etat qu’à l’inauguration le même après-midi du Monument de la renaissance africaine avant d’assister à la soirée de gala et, le lendemain matin, au somptueux défilé du Cinquantenaire, le 4 avril… Une renaissance physique à partager !

 
De la Renaissance africaine
 
            « Je ne suis pas historien. Je ne suis qu’un amateur de l’histoire. J’aime l’histoire », explique le Président Wade qui disséquait, avec son franc-parler, l’historique et le sens attribués au monument de la renaissance africaine. De prime abord, il reconnaît à Thabo Mbeki, ancien président sud-africain alors président de l’UA d’avoir émis les prémices d’une telle conception. Mais, le concept architectural est inspiré du Président Wade à travers son livre intitulé « Un destin pour l’Afrique » datant de 1989. « Si j’étais un sculpteur, je mettrais en place trois personnages, les bras ouverts dans un élan d’étreinte. Deux, sur une marche supérieure, l’Europe et les Etats-Unis sont les plus rapprochés. Le troisième, l’Afrique, un peu éloigné aux formes saisissantes de pureté et de force, tend aussi les mains… »
            Cependant, l’acte de naissance du monument porte la signature collective de ses frères Chefs d’Etat qui ont bien voulu se joindre à lui pour en poser la première pierre le 15 avril 2002, a-t-il précisé. 
            Cependant, de la notion triangulaire du monument, Me Wade argumente: « C’est ainsi que je me représentais un nouveau commerce triangulaire de coopération entre l’Afrique, l’Europe et l’Amérique, en lieu et place de ce que l’on a appelé le commerce triangulaire fondé sur l’esclavage qui consistait, pour l’Europe, à partir du 15ème siècle, à se livrer à la capture et l’achat d’esclaves en Afrique, les vendre aux Etats-Unis pour cultiver le coton, lequel était ensuite vendu à l’Europe qui le transformait et revendait les produits à travers le monde, réalisant par là beaucoup de profit, puis recommençait. Ce commerce de cinq siècles a vidé progressivement l’Afrique de ses fils et filles. »
            Puis, dénonce-t-il, est venue la période de la colonisation où chacun a pris son morceau comme un lion abat un gibier ! La pensée de Me Wade a été, enfin, matérialisée par un bon dessinateur sénégalais et la réalisation technique faite sous son contrôle par les Nord-coréens.
Pour le modérateur, Me Wade, la renaissance renvoit à une mutation. Du point de vue philosophique, elle indique la conscience de l’unicité de l’être humain. Blanc, jaune, rouge et noir sont des êtres humains. C’est la distinction qui a justifié l’esclavage.  Par rapport à l’art, Me Wade réaffirme qu’en Afrique, l’art n’est pas séparable de l’utilité. L’art pour l’art, c’est une théorie très ancienne pour l’Occident. Pour nous, indique-t-il, l’art nous sert à quelque chose. La statue de la renaissance contribue au renforcement de la conscience unitaire de l’Afrique. Nous considérons, désormais, que nous allons tous dans la même direction. Nous nous sentons tous solidaires. Solidarité naturelle en tant qu’Africain appartenant à un même ensemble. Du point de vue culturel, l’Afrique est caractérisée par la musique et les rythmes. La musique nègre est liée à notre système de pensée. Nos rythmes participent aux rythmes fondamentaux de l’univers. Nous tenons, fondamentalement, le centre du rythme. Du point de vue esthétique négro-africain, c’est L. S. Senghor qui a tiré la puce à l’oreille du Président Wade dans une conférence tenue alors qu’il était encore étudiant en France. « Nous avions, alors, eu conscience de l’isolationnisme. Et, depuis, j’ai opté de dire la vérité. Il y a des pays qui acceptent de moins en moins les Africains. Ils sont rejetés partout. Le principe de liberté de déplacement ne nous est pas reconnu. Pour un africain, se réveiller un bon jour pour aller en Europe, il faut se réveiller de très bonne heure. Les difficultés sont énormes pour obtenir le visa. Eux, par contre, ils pensent aller n’importe où et trouvent le visa. L’Europe se renferme par rapport à l’Afrique noire, constate le Président Wade.
            Quant à la science, l’orateur martèle encore : « Nous ne sommes pas de supers génies. Nous sommes comme tout le monde. Tous les peuples sont intelligents. Si à l’époque, il se trouvait qu’on avait plus de littéraires, c’est parce que l’éducation était orientée vers ce secteur. Je suis pour la création prochaine de l’Institut des mathématiciens d’Afrique capable de maîtriser la technologie nouvelle. L’Afrique dispose de beaucoup de ressources humaines et naturelles. Question de bien maîtriser notre espace pour que le développement ne soit plus un vain mot. Avec ses réserves, l’Afrique est un point focal  de développement de la science. Restons ouverts pour aller loin. Des pays fermés ne peuvent plus aller loin. De toutes les manières, c’est le point de convergence entre l’ensemble de ce courant économique, scientifique et technologique. »
 
Partager l’humanisme
 
            Quant au président du Colloque, l’éminent professeur sénégalais Iba Der Thiam, ancien directeur général de l’Unesco, un nouveau siècle est entrain de commencer. « Ça sera un siècle de construction et de la reconstruction. Notre continent sera le continent du XXIe siècle. A condition que nous nous adonnons tous, hommes, femmes, jeunes et enfants à l’esprit du travail, à la discipline, à un engagement total et digne ainsi qu’à la culture de la paix, condition sine qua none du développement fondé essentiellement sur l’humanisme nouveau. »
 Pour autant, continue Iba Der Thiam, nous devons valoriser notre passé  et notre histoire. C’est un devoir de mémoires. Avoir une notion de conscience annihilant le ségrégationnisme. L’Afrique ne s’est jamais résignée face aux épreuves (esclavage, colonialisme…). Il y a une résistance permanente du continent africain contre l’isolationnisme actuel.
D’où pour Me Abdoulaye Wade qui reprenait la modération : « Lors du Festival des Arts Nègres en décembre prochain, il y aura quatre grands points inscrits aux échanges. A savoir, Résistances permanentes des peuples noirs (depuis l’esclavage jusqu’à ce moment de lutte pour une Afrique digne de ce nom) ; Participation des peuples noirs aux guerres qui ont fait le monde libre (1er et 2ème  guerres mondiales…) ; Apport des peuples noirs à la science et à la nouvelle technologie ; enfin Géographie des noirs (ce que nous ignorons d’une manière générale) ; savoir ce que c’est la 2ème patrie des noirs : le Brésil.  
            Intervenant à son tour,   une Afro-américaine a remercié le Sénégal d’avoir toujours joué un grand rôle pour le rassemblement des noirs d’Amérique avec leurs frères africains. Le premier rendez-vous réussi étant au 1er Festival d’Arts nègres de Dakar en 1966. Elle a, aussi, relevé beaucoup de termes, employés dans la diaspora mais qui sont emprunts à la culture africaine aux Etats-Unis et quelques similitudes dans les comportements. Bref, fait-t-elle savoir : « On était séparé que pendant 500 ans. Alors que pendant 3 millions et 500 ans, on était ensemble. Donc, la séparation a été plus courte ! On a toujours vécu ensemble. »
Témoignant à son tour, un expert français a souligné: «  Dans les prochains 20 ans, la Renaissance africaine ne sera pas un vain mot mais bien une réalité. »
            Quant à l’historien béninois, Paulin Houtoundji: « Qui dit renaissance vit l’épanouissement des arts, des lettres et des sciences. C’est une éclosion soudaine de la créativité individuelle et collective sur tous les plans et éclatements des qualités cachées. La renaissance en général, ce n’est pas ce qu’on a appelé dans la Chine de Mao Tsé Toung, la révolution culturelle. C’est le contraire. Car, que ce soit en Europe, en Afrique ou au Sénégal de Cheik Anta Diop, on réclame l’ouverture. La renaissance a toujours voulu dire « Confiance retrouvée, redécouverte de soi sur l’avenir, l’appropriation critique de l’héritage pour une gestion plus responsable du présent et de l’avenir. »
            Le savant africain poursuit son témoignage: « Le Sénégal n’appartient pas qu’aux Sénégalais. Le Sénégal, c’est l’Afrique et l’Afrique, c’est le Sénégal. Un élément d’héritage que vous allez laisser, c’est d’assumer cet idéal. L’historien a le travail à faire pour donner la conscience de l’histoire africaine. Nous devons tout faire pour communiquer en nos langues afin de s’approprier et se réapproprier les savoirs traditionnels légués par nos ancêtres. »
 
Crime contre l’humanité
 
            Se jetant à l’eau, l’activiste des droits civiques sénégalais, Diallo a conscientisé les participants à la campagne de sensibilisation déclarant l’esclavagisme, crime contre l’humanité. « A chacun de vous de se faire ambassadeur de la campagne intitulée Traite des noirs, un crime contre l’humanité. C’est le seul crime où il n’y a pas eu ni réparation ni excuse. A la jeunesse africaine, de s’engager et faire de sorte que l’Afrique puisse renaître. »
Eddy Kabeya, envoyé spécial à Dakar,
Sénégal

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