Climat politique malsain en RDC

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Comme annoncé dans nos colonnes, l’atelier ayant pour thème « Participation à la vie politique en RDC », organisé à l’initiative d’AFRIMAP à l’intention des délégués de l’Alliance de la Majorité Présidentielle (AMP), de l’Opposition et de la Société Civile a démarré ses travaux hier jeudi 10 mars 2011 à Johannesburg, en Afrique du Sud. Les travaux ont été ouverts par Pedro, représentant du ministre sud-africain de la Coopération Internationale et ancien membre de l’ambassade sud-africain à Kinshasa, à l’époque du Dialogue Intercongolais. Deux absences ont été enregistrées à cette occasion, à savoir celles de Louis Koyagialo, membre du PPRD (Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie) et Secrétaire Exécutif intérimaire de l’AMP, et de Vital Kamerhe, président national de l’UNC (Union pour la Nation Congolaise).

 

 L’on a appris des organisateurs que Koyagialo, bien qu’ayant confirmé sa participation, a invoqué un changement imprévu d’agenda dû à une mission d’urgence à remplir pour le compte de sa plate-forme. Quant à Vital Kamerhe, il s’est fait représenter par le Secrétaire général de son parti, Bertrand Ewanga.
 S’agissant de l’atelier proprement dit, la première journée a été essentiellement consacrée  à l’évaluation des préoccupations de toutes les « composantes » par rapport à l’environnement politique national qui prévaut au pays. Les participants ont été invités à répondre à deux questions principales. La première était libellée à peu près en ces termes : quel est l’environnement politique maintenant en RDC ?
 Naturellement, les délégués de l’Opposition ont été les premiers à réagir. Et, ils ne sont pas allés par quatre chemins pour décréter que le climat politique était très malsain. Ils en ont profité pour rappeler les obstructions orchestrées par le pouvoir en place contre leur liberté de mouvement et leurs réunions politiques à Goma, Bukavu, Kinshasa (Grand Hôtel Kinshasa, Fikin, Espace GB), Kindu,  Mbanza-Ngungu, Mbandaka, Mbuji-Mayi, Mweka, etc. Ils ont même fait état de la décision surprenante portant fermeture du Stade Tata Raphaël, annoncée avec trois mois de retard, dès que l’UDPS a fait connaître son projet d’organiser un meeting dans ce site le 24 avril prochain. Tout ceci, ont-ils estimé, n’est pas propice au débat démocratique et à l’organisation d’élections libres, démocratiques et transparentes.
 Réagissant à leur tour à l’interrogation susévoquée, les représentants de l’Alliance de la Majorité Présidentielle ont indiqué partager le même constat. Mais, à la différence de l’Opposition, ils ont justifié le climat malsain par l’activisme des « mains noires » qui entretiennent l’insécurité sur l’ensemble du territoire national. Ils ont cité, entre autres cas, ceux des attaques armées menées le 4 février contre l’aéroport international de la Loano à Lubumbashi et le 27 février contre l’une des résidences du Chef de l’Etat au quartier GLM, à Kinshasa. Selon l’AMP, les fossoyeurs du climat politique se recrutent dans les rangs de ceux qui ont peur des élections.
 En guise de contre-réplique, l’Opposition est remontée au créneau pour imputer la responsabilité de l’insécurité au pouvoir en place. A son avis, les gouvernants ont tort de se plaindre et de chercher à se décharger sur des boucs émissaires.

Contrat social rompu
 Une fois ce premier round bouclé, avec des approches différentes du facteur « climat malsain », l’on est passé au second, avec une question en prise directe avec la première : 2°) Est-ce qu’on peut aller aux élections dans ces conditions ?
 Face à cette question, l’opposition s’est exprimée en deux vagues. Pour certains délégués de cette plate-forme, on doit aller aux élections. Toutefois, ils ont relevé que leur partenaire politique, à savoir l’AMP, s’est rendu coupable d’un acte d’une extrême gravité, en rompant le « contrat social » avec le peuple congolais, un contrat pourtant laborieusement négocié au Dialogue Intercongolais, à Sun City, et concrétisé par l’adoption de la nouvelle Constitution par référendum.
 Ils ont accusé le pouvoir en place d’avoir annihilé ce travail en décidant, un bon jour, de réviser cavalièrement la Constitution.
 Pour d’autres, les conditions nécessaires et suffisantes pour l’organisation des élections ne sont pas réunies, parce que le pouvoir en place est occupé à organiser la tricherie. Ce n’est pas par hasard, ont-ils souligné, que l’AMP s’est empressée d’imposer à tous l’élection présidentielle à un seul tour. Ce n’est pas non un hasard si elle s’apprête à organiser uniquement l’élection présidentielle dans le délai constitutionnel. L’objectif non avoué est d’avoir un président en fonction, capable de peser moralement et financièrement sur les candidats aux élections législatives, de les contraindre de se ranger derrière lui pour éviter d’être disqualifiés dans les urnes ou en dehors de celles-ci.
 Enfin, à l’unanimité, l’Opposition a constaté que l’AMP a ramené le pays plusieurs années en arrière, en instaurant  un Etat totalitaire en République Démocratique du Congo. Celle-ci est redevenue un Etat où le Président de la République a tous les pouvoirs, y compris ceux de dissoudre les assemblées provinciales et de révoquer les gouverneurs de provinces.

Les avertissements
 Intervenant à l’occasion, l’Alliance de la Majorité Présidentielle a déploré la tendance de l’Opposition à voir la tricherie partout. Selon elle, sa préoccupation majeure doit être de faire bouger les choses pour le bien du pays, comme c’est déjà le cas avec les 5 chantiers de la République. Pour ce qui est de l’insécurité, l’AMP l’attribue aux ennemis du peuple congolais
 L’un de ses délégués, en la personne d’André Atundu, a indiqué qu’il faut absolument un consensus si l’on veut avancer politiquement. Il a souligné que sans consensus, l’on risque de faire face un jour à une situation ingérable. « Nous avons besoinsd’un dialogue politique sain pour prévenir des situations extrêmes », a-t-il lancé.
 L’opposant Franck Diongo a saisi la balle au bond pour rappeler à l’AMP que le Raïs Moubarak s’était fait élire avec 95% mais tout récemment, le peuple égyptien lui a donné la réponse que méritait sa fausse popularité. La RDC devrait faire attention pour ne pas en arriver à la même situation, a-t-il averti.

CENI et Cour Constitutionnelle

 Deux autres préoccupations ont été soulevées par l’Opposition. La première concerne le président de la CENI, que l’on dit très proche du Chef de l’Etat, avec lequel il a des relations familiales, et qui est cofondateur du PPRD. Avec une telle carte de visite, comment peut-il rassurer ceux qui n’appartiennent pas à l’AMP ?
 La seconde est relative à la Cour Constitutionnelle, où l’on parle de plus en plus de la nomination d’un président qui serait aussi proche du Chef de l’Etat.
 Signalons que les travaux vont se poursuivre aujourd’hui et que l’atelier va avoir comme point de chute, le samedi, un débat contradictoire entre les participants et la diaspora congolaise, et ce, avant l’adoption de ce qu’on appelle déjà « Charte à servir la Nation ».
       Kimp

 

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