Chebeya : les appels téléphoniques et l’autopsie posent problème

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La Cour militaire de la Gombe a décidé, hier lundi 28 février 2011, de faire revenir à la prochaine audience, Marcellin Bokungu, expert en télécommunications de la société Vodacom, ainsi que le colonel Dr Tchomba, médecin légiste, lequel par ailleurs pourra être confronté à l’expertise d’un autre médecin ce jour-là. Et pour cause ! Autant pour le premier que pour le second, l’accusation soupçonne une tentative de dissimulation des preuves du meurtre de l’activiste des droits humains, Floribert Chebeya, en faveur des policiers-prévenus et suspectés.

 

 En effet, au cours de cette audience, les avocats de la partie civile ont étalé des documents contredisant  les relevés téléphoniques présentés il y a quelques semaines par l’expert de Vodacom. A titre exemplatif, alors que l’expert relevait seulement quelques messages le 1er juin 2010, date de la disparition de Chebeya, pour l’accusation, cette date était plutôt un « carrefour » des messages (sms) entre le général John Numbi et son collaborateur Mwilambwe, actuellement dans le box des accusés. « Ces deux personnes se sont échangé 13 messages au total dont le 1er à 7 heures 02’, puis à 7 heures 05’ etc. Il y a par ailleurs des choses non expliquées concernant les relevés de John Numbi qui reçoit au moins 100 communications par jour, alors qu’on lui impute une dizaine seulement ! » a indiqué l’un des avocats.
 Face à cette évidence, l’expert a répondu que c’est peut-être une omission ou un dysfonctionnement car s’il y avait intention manifeste de cacher quelque chose, cela devrait se faire en complicité avec les autres sociétés. Tout en demandant à toutes les parties de croire en sa bonne foi, Marcellin Bokungu a souligné sa surprise devant cette situation qu’il constate au même moment que tout le monde. « On doit vérifier à la base de données car moi aussi je voudrais connaître la cause… » a-t-il conclu.
 Nonobstant cette réponse, l’accusation a révélé à l’assistance qu’elle est déjà au courant que Vodacom n’a pas été laissée tranquille. D’où le temps mis pour pénétrer tous ces relevés que cette entreprise avait déjà présentés. D’autant plus que, ajoute-t-il, le général Numbi, en personne, avait déjà dit : « les données techniques vont parler… »
 Enfin, la partie civile et le ministère public ont sollicité puis obtenu du président de la Cour la comparution, le lundi 7 mars prochain, du colonel Mukinzi, le premier officier à prendre cette initiative d’enjoindre les sociétés de délivrer les relevés téléphoniques, alors que c’est une prérogative du Procureur.

Controverse sur l’autopsie

 Invité à commenter les résultats de l’autopsie effectuée sur la dépouille de Chebeya, le colonel Tchomba, médecin légiste, a d’entrée de jeu fait savoir qu’il apporte des preuves « indicielles », donc scientifiques. Pour le cas du dossier Chebeya, l’officier avoue ne pas avoir eu la chance de faire partie de l’équipe qui était descendue sur la scène du crime, le 2 juin 2010. « Nous avons perdu beaucoup d’éléments car plusieurs sont passés à côté. Je suis néanmoins frappé par l’absence des lésions traumatiques, d’agression ou de violence pour trouver un lien avec ce décès… » a indiqué le médecin. Puis d’ajouter qu’il a été plutôt surpris de trouver dans le corps du président de la VSV des lésions internes appelées « dysplasie arithmogènes », ainsi qu’un autre dysfonctionnement au niveau du muscle cardiaque marqué par la présence d’une infraction virale dite « myocardite lymphocytaire »
 Repoussant visiblement cette conclusion, le ministère public est allé puiser profondément chez Jacques Vergès, célèbre homme de droit français, qui demande à tous de se méfier des « experts ». Pour le cas précis de Chebeya, il s’est dit étonner de la banalisation des « lésions superficielles trouvé à l’avant-bras » car ne pouvant pas donner la mort !
 Pas du tout convaincu par cet argumentaire, l’Organe de la loi est revenu à la charge appuyant que le rapport de la Police scientifique, voire certaines photos montrent du sang coulant des narines et de la bouche. «Est-ce que vous étiez-là ? Vous l’aviez vu ? » a questionné le médecin, tout en affirmant que lui et ses collègues hollandais ont reçu le corps de Chebeya dix jours après sa découverte, « sans aucune trace ni dans les oreilles, ni dans le nez, encore moins dans les oreilles ».
En guise de conclusion, le président de la Cour a accepté la comparution prochaine d’un renseignant, en la personne du Dr Nzuzi, médecin légiste lui aussi, pour faire la contre-expertise.

Ndonzuao, le chef du quartier Mitendi, attendu ce jeudi à Makala

 A la suite de la descente sur terrain le jeudi 25 février 2011 à Mitendi, lieu de la découverte du corps de Chebeya, un témoin, Mbala Ndonzuao, ex-chef du quartier Mitendi,  a révélé à la Cour militaire de Kinshasa que des habitants avaient vu des policiers transporter puis abandonner dans sa voiture le corps du militant des droits de l’Homme. Selon lui, rapporte l’AFP, des habitants, qu’il n’a pas pu retrouver ensuite, lui ont dit le 2 juin avoir vu vers 05H00 (04H00 GMT) «deux jeep de la police arriver» avec la voiture de feu Chebeya s’arrêter au bord de la route. La personne qui conduisait la voiture du militant en est «descendue puis est montée» dans l’une des deux jeeps de la police qui sont reparties ensuite en direction de Kinshasa, a-t-il déclaré. Afin d’éclairer davantage la Cour sur cette question, le juge-président a annoncé le passage de ce personnage à la séance du jeudi 3 mars prochain.
 Interrogé également par la cour, un policier scientifique avait dit avoir, lors de ses premières constatations sur place ce 2 juin, relevé notamment du sang coulant de la bouche du militant, et son «cou tournant dans tous les sens, ce qui est anormal».
Des mèches d’une perruque de femme, de faux ongles, un préservatif et des pilules de stimulant sexuel avaient notamment été retrouvés dans la voiture, ce qui a été toujours dénoncé par la partie civile comme une «grossière mise en scène» pour faire croire à un crime passionnel.
Il faudrait noter qu’environ 500 personnes, dont une majorité de curieux, ont assisté à ce déplacement de la cour au bord de la route, où une voiture identique à celle de  Chebeya avait été garée par la police scientifique, avec à l’arrière un mannequin représentant le corps du militant.
 Par ailleurs, la cour s’est aussi déplacée à l’Inspection générale (IG) de la police, où un témoin, Camerounais de son état, Gomer Martell, a montré précisément où il avait croisé dans un couloir entre 19H00 et 20H00 le 1er juin Chebeya. Celui-ci se trouvait là jour-là pour un rendez-vous avec le chef de la police, le général John Numbi, suspendu de ses fonctions depuis juin, et qualifié de «suspect numéro Un» dans cette affaire par la partie civile.
 Présent lors du déplacement à l’IG, le principal accusé, le colonel Daniel Mukalay, chef des services spéciaux de la police, s’est montré très nerveux. Il a toujours affirmé que Chebeya, président de l’ONG La Voix des sans voix (VSV), n’était pas venu le 1er juin à l’Inspection.
 «C’est un menteur. Un délinquant de grand chemin», s’est emporté l’officier après le témoignage de Martel, un commerçant qu’il avait fait arrêter et emmener à l’IG pour une affaire d’escroquerie présumée.
«Martel a toujours dit avoir vu Floribert ici dans un couloir à côté d’un escalier le 1er juin. Aujourd’hui il nous a montré où il l’a vu, dans ce couloir de la mort», a déclaré à l’AFP Dolly Ibefo, le directeur exécutif de la VSV.
«Un policier a même dit (à Martel): Ne venez pas là, le général (Numbi) va se fâcher s’il vous voit. Pour nous, ça veut dire que ce soir là, le général Numbi était là aussi, avec le colonel Mukalay», a-t-il ajouté.
 Révoltée par ces accusations qu’elle qualifie le « mensongères », la défense a obtenu de faire comparaître jeudi prochain deux témoins à qui le Camerounais Martell aurait confié sa détermination de couler coûte que coûte le colonel Mukalayi pour lui avoir ravi son véhicule une Jeep.         Tshieke Bukasa

 

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