Chantiers partout en RD Congo : que faisait-on hier des fonds publics ?

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Quand le Chef de l’Etat, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo avait lancé, le samedi 2 mars 2019 à partir d’un bulldozer qu’il avait piloté sur quelques mètres, à l’Echangeur de Limete, son programme de 100 jours destiné à la construction ou à la réhabilitation des infrastructures de base, il avait paru comme un rêveur n’ayant aucune connaissance de l’état réelle des finances publiques. Ce scepticisme était d’autant de mise que de 2006 à 2011 et de 2011 à 2018, les plans de reconstruction nationale pompeusement baptisés « Cinq chantiers de la République » d’abord puis « Révolution de la modernité » avaient fait flop.

En dehors de quelques routes et ponts construits à Kinshasa et de quelques projets de prestige tels que l’immeuble « Intelligent » abritant le siège du gouvernement central, les salons présidentiel et d’honneur de l’aéroport international de N’Djili, la ferme agro-industrielle de Bukanga-Lonzo, la visibilité de ces deux programmes de développement devant hisser la RDC au palier de l’émergence à l’horizon 2030 est restée nulle ou presque.

Au rythme où le pays amorçait sa descente aux enfers, dans tous les domaines, personne ne pouvait résister à la tentation de croire que le pays était maudit. Mais, un mois après son investiture, comme dans un monde de rêves, des compatriotes des quatre coins du pays, à commencer par ceux de Kinshasa, la capitale, assistent, incrédules, à la transformation de leurs villes et villages en cités modernes.

 A Kinshasa par exemple, des routes qui ont commencé à disparaître de la carte géographique de la ville, telles que Saio, Université, Fikin, Kabambare, Kabinda, Commerce, ex-Bokassa, Tombalbaye, Colonel Ebeya, sont en train d’être remises à neuf. Les villes de Mbuji-Mayi et Kananga, les deux chefs-lieux les plus rapprochés du pays, vont être bientôt reliés par une route fréquentable. Pendant plusieurs décennies, le trafic automobile y était paralysé. L’axe ferroviaire Ilebo-Lubumbashi va également subir une cure de jouvence, avec le renouvellement des traverses et rails.

Quant à la route Boma-Moanda, elle va être asphaltée, pour la première fois de son histoire, tout le long de ses 109 kilomètres. La durée des travaux est d’environ deux mois. Dans le même temps, des travaux de réfection de la route Boma-Matadi sont en cours.

            Du côté de la province de la Tshopo, l’on en est à l’étape de l’inauguration des ponts pimpant neuf jetés sur les rivières Lubunga et Wanyerukula, en vue de faciliter les mouvements des biens et des personnes entre Kisangani et les provinces du Nord-Kivu, Sud-Kivu et du Maniema.

            Une voie asphaltée est envisagée entre Bukavu, Kaleye et Goma, en vue d’aspirer une partie du trafic qui encombre le lac Kivu.

            Des chantiers sont en cours d’exécution partout, notamment dans les provinces du Kwango, du Kwilu, de l’Equateur, du Nord-Ubangi, du Sud-Ubangi, de la Mongala, de la Tshuapa, du Mai-Ndombe, du Kasaï Central, du Kasaï, du Sankuru, du Lomami, du Haut Lomami, du Haut-Katanga, du Lualaba, du Tanganyika, du Maniema, du Sud-Kivu, de l’Ituri, du Haut-Uélé et du Bas-Uélé.

            Par ailleurs, des financements spécifiques ont été mobilisés en faveur de la SNEL (Société Nationale d’Electricité) et de la Regideso en vue de la desserte électricité et en eau potable de plusieurs villes et localités de Kinshasa comme des provinces. Un cas parmi tant d’autre est celui du raccordement de la cité de Nkamba, la  cité sainte du Kimbanguiste, en énergie électrique. La cité de Luozi, sur l’autre rive du fleuve Congo, à environ 300 km de Kinshasa, va l’être bientôt.

La volonté politique d’abord !

            Les observateurs notent qu’en moins de trois mois et avec des moyens du bord, mais avec un peu volonté politique, le pays est en train de sortir du sous-développement de ses routes, ports, aéroports, chemins de fer, hôpitaux, écoles, universités, réseaux de distribution de l’eau potable et de l’électricité. Le message que le nouveau Chef de l’Etat envoie à tous est qu’il se veut le serviteur du peuple et non un jouisseur des privilèges liés à sa fonction.

            L’autre non dit de son programme des 100 jours est que les futurs membres du gouvernement devraient s’inscrire dans la vision de la reconstruction de la Nation et non de l’érection de leurs immeubles personnels à travers les villes du pays, comme on l’a vécu pendant les 18 ans du Kabilisme.

            La question que l’on se pose est de savoir ce que les Kabilistes ont fait des millions et milliards de dollars que le peuple congolais a produits, pendant 18 ans, à la sueur de son front, sous forme de revenus fiscaux, douaniers, miniers, agricoles et autres. Le financement sur fonds propres, par l’équipe Tshisekedi, des travaux d’urgence en rapport direct avec les infrastructures de base est la parfaite illustration de la mauvaise gouvernance des Kabilistes. C’est aussi la preuve que le pays connaît annuellement un coulage des recettes publiques de l’ordre de 15 à 30 milliards de dollars américains, comme avaient eu à le démontrer, en leur temps, Luzolo Bambi Lesa, ancien Conseiller spécial du Chef de l’Etat chargé de la Bonne Gouvernance, de la Lutte contre la Corruption, le Blanchiment des Capitaux et le Financement du Terrorisme, et Daniel Mukoko, ministre honoraire du Budget. La mobilisation, en quelques semaines, de plusieurs centaines de millions dollars américains pour financer son programme des 100 jours démontre que les 30 milliards de dollars qui partent en fumée chaque année existent réellement et qu’il va falloir lancer des opérateurs de traque des « Kuluna » en cravate pour les récupérer et les canaliser vers le Trésor public.         La construction d’un Congo nouveau est à ce prix.Kimp

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