Ceni : la Cenco jette l’éponge

0
174

L’église catholique de la RDC vient, sur décision de la Cenco (Conférence Episcopale Nationale du Congo), de se retirer de la « Sous-composante Confessions religieuses », considérée depuis 2003, au terme du Dialogue Intercongolais, comme le « réservoir » des candidats à la présidence de la Ceni (Commission Electorale Nationale Indépendante). La raison avancée pour lever pareille option est fort discutable. Car s’il s’agit réellement de « doctrines » et des « valeurs éthiques », les mandats successifs de leur défunt candidat, l’abbé Apollinaire Malumalu, n’avaient pas été des modèles en la matière.

On se souvient que tout au long du processus électoral de 2006, des opérations préélectorales jusqu’à la tenue effective des élections, le fichier électoral était truffé d’électeurs fictifs, de doublons, de mineurs, de militaires et policiers et d’étrangers. Le bourrage des urnes le jour du vote, suivi de la compilation opaque des bulletins de vote, était tel que la proclamation des résultats du premier tour de la présidentielle avait eu lieu dans un char de combat. Peu après ce verdict des urnes qui puait les fraudes électorales à mille lieues, Kinshasa avait enregistré une bataille rangée à l’arme lourde, dans les rues de la Gombe, entre « l’armée » du président Joseph Kabila et celle du vice-président Jean-Pierre Bemba en juillet 2006.

         La vérité des urnes n’ayant pas été au rendez-vous au second tour, la proclamation définitive des résultats et l’investiture de Joseph Kabila étaient émaillés, en mars 2007, de la seconde guerre entre l’armée du président élu et celle du candidat malheureux, cette fois à travers aussi bien les rues de Gombe que celles de plusieurs communes de Kinshasa.

         Le sang avait abondamment coulé, à Kinshasa comme dans les provinces acquises à la cause du candidat Bemba, à cause de la présence, à la tête de la Ceni, d’un représentant de l’Eglise Catholique.

         En 2011, le flambeau des tripatouillages des urnes était porté par un pasteur protestant, Daniel Ngoie Mulunda. Une fois sa mission accomplie, le brassard de la Ceni était de nouveau confié à l’abbé Apollinaire Malumalu. Revenu avec l’agenda des fraudes électorales, ce prêtre catholique avait de nouveau fait couler le sang des Congolais de Kinshasa en janvier 2015, avant de tomber malade et de mourir en pleines contestations préélectorales sur fond de glissement du calendrier électoral.

         Un laïc protestant, en la personne de Corneille Nangaa, était remis en selle, avec le bilan que l’on connaît pour les élections présidentielle, législatives nationales et provinciales de décembre 2018. Les contentieux électoraux étaient si volumineux que les cours et tribunaux étaient débordés. Car à la Cour Constitutionnelle, elle en était sortie mouillée suite aux tripatouillages organisés en amont par l’équipe de Nangaa.

         Bref, que les protestants d’abord et les catholiques ensuite ne se sentent plus liés à la mission dévolue aux confessions religieuses, à savoir pourvoir la Ceni d’un « pilote » indépendant, compétent et honnête, cela ne surprend personne, au regard des bilans électoraux catastrophiques de feu abbé Apollinaire Malumalu, du pasteur Daniel Ngoy Mulunda et du laïc protestant Corneille Nangaa.

         On peut même penser que le retrait des églises protestante et catholique de la plateforme « Confessions religieuses », après les péripéties du dossier du kimbanguiste Denis Kadima cache une frustration de mauvaises perdantes dans la course au contrôle de la centrale électorale. Et c’est vraiment dommage pour des religieux passés maitres dans la dispensation des leçons de démocratie.

                            Kimp

COMMUNIQUE DE PRESSE DE LA CENCO

1. De mardi 23 à jeudi 25 Novembre 2021 s’est tenue au Centre d’Accueil Caritas à Kinshasa, une session extraordinaire du Comité Permanent de la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO).

2. En vertu de leur mission prophétique, dans le cadre de leur pastorale d’ensemble, les Archevêques et Evêques membres du Comité Permanent de la CENCO se sont penchés sur des questions préoccupantes de l’heure qui affectent la vie du peuple de Dieu qui leur est confiée, notamment la persistance de l’insécurité dans l’Ituri et le Nord Kivu, l’état du processus électoral et la situation de l’enseignement.

La question sécuritaire

3. Les membres du Comité Permanent de la CENCO ont échangé sur la situation sécuritaire du pays, en particulier sur l’insécurité grandissante dans les territoires où est proclamé l’état de siège. Ils sont très affectés par le nombre croissant des morts, des déplacés internes et des personnes enlevées, malgré les dispositions prises pour arrêter cette escalade.

4. Forts du rapport reçu de deux missions de la CENCO sur terrain, les pères Evêques ont évalué l’état de siège et ils ont aligné quelques recommandations à faire au Commandant suprême dans le sens de requalifier cet état de siège de manière à ce qu’il soit plus efficace et réponde davantage aux besoins de la population qui y vit.

Le processus électoral

5. Convaincus que le bien-être du peuple congolais et la cohésion nationale dépendent pour beaucoup de la réussite du processus électoral dont l’objectif est l’organisation des élections crédibles, inclusives, transparentes et apaisées, les évêques ont échangé sur l’évolution de ce processus qu’ils suivent très attentivement.

6. Ils déplorent la politisation de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) et le climat de méfiance engendré, susceptible de conduire aux élections contestées d’avance et qui, par conséquent, porteraient sérieusement atteinte à la cohésion nationale et à la paix sociale.

7. C’est pourquoi, pour garantir le caractère apaisé du processus électoral, ils ont levé l’option de demander à qui de droit à faire preuve d’ouverture afin de rassurer toutes les parties prenantes de la transparence et de l’inclusivité du processus électoral.

8. Avec la désignation des animateurs de la CENI, les Evêques se sont rendu compte de la grande divergence de doctrines et de perception des valeurs éthiques avec certaines confessions religieuses. C’est pourquoi ils ont décidé de suspendre la participation de l’Eglise Catholique dans la plateforme des Confessions religieuses.

L’enseignement

9. Par ailleurs, les Evêques membres de la CENCO se sont penchés aussi sur la question de l’enseignement. Ils ont fait l’état de lieu de la rentrée scolaire 2021-2022, des revendications des enseignants et des négociations en cours avec les syndicats. Ils se sont rendu compte que tout se ramène à la mise en oeuvre de la gratuité de l’enseignement primaire.

10. Invité pour éclairer la lanterne des évêques, le Ministre de l’Enseignement Primaire Secondaire et Technique (EPST) leur a expliqué la politique de son Ministère pour la mise en oeuvre de la gratuité et pour combattre les antivaleurs. Les Evêques ont exprimé leurs préoccupations majeures dans ce secteur tout en lui rassurant du soutien de la CENCO dans la mise en oeuvre de la gratuité.

11. C’était aussi l’occasion pour les membres du Comité Permanent de faire l’état de lieu de l’itinéraire synodal qui a été lancé dans les différents diocèses le dimanche 17/10/2021, de l’avancement de l’élaboration des mesures d’application de l’Accord-cadre et de la constitution des tribunaux ecclésiastiques interdiocésains dans notre pays.

12. Enfin, les évêques ont décidé d’aller à la rencontre du Chef de l’Etat avec un mémorandum pour lui faire des propositions utiles par rapport aux préoccupations relevées sur les points évoqués ci-dessus

Conclusion

13. Les évêques ont renouvelé leur engagement à accompagner le peuple congolais sur la voie de l’édification de la paix et de la consolidation de la démocratie par des orientations pastorales. Ils encouragent en même temps les fidèles laïcs à prendre leur responsabilité citoyenne pour l’avènement d’un Congo plus beau qu’avant.

14. Pour clore, les évêques ont adressé une lettre de compassion au peuple de Dieu meurtri dans les diocèses de Bunia et de Butembo-Beni. En plus, ils ont demandé à tous les fidèles catholiques de profiter de la fête de la Bienheureuse Anuarite (1er décembre) pour invoquer son intercession en faveur de la paix dans notre pays et particulièrement dans sa partie Est.

Kinshasa, le 29/11/2021

Abbé Donatien NSHOLE

Secrétaire Général de la CENCO

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •