CENI : enfin l’audit !

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Réclamé depuis la fin du mandat de l’équipe pilotée par Corneille Nangaa, il y a plus d’une année, l’audit de la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante) va enfin être enclenché au début du mois d’août 2020 tout proche. Selon des sources proches de la Cour des comptes, cet exercice, qui aurait dû démarrer au mois de mars de l’année en cours, avait été retardé à cause de la pandémie du coronavirus. Avec la levée de l’état d’urgence, le mardi 21 juillet, toutes les conditions sont réunies pour revisiter les états financiers de cette institution d’appui à la démocratie.

            On pense, d’ores et déjà que les limiers de cet instrument de contrôle des finances publiques vont certainement se trouver face à de nombreux cadavres. Ce sentiment est largement partagé au regard de l’opacité ayant entouré plusieurs opérations préélectorales, électorales et post-électorales.

            S’agissant des opérations préélectorales, tous les regards sont tournés vers les fameuses « machines à voter », commandées en Corée du Sud auprès d’une firme soupçonnée de surfacturation. Le marché de ces kits électoraux était tellement opaque qu’il avait valu au vice-président de la CENI, Norbert Basengezi, et à son fils, Marcellin Basengezi, chargé de l’exécution de la commande et de leur rapatriement d’être sanctionnés par l’administration américaine, qui les avaient accusés de s’être illicitement enrichis.

            Ici au pays, le sentiment d’une arnaque orchestrée et couverte par le staff de la CENI était largement partagé. La démission anticipée de Norbert Basengezi de son poste de vice-président, en 2019, alors que ses pairs du bureau étaient restés à leurs postes, n’a fait qu’alimenter les soupçons.

Les autres zones d’ombres dans les commandes des kits électoraux concernent les ordinateurs, imprimantes, les fournitures de bureau…également frappés du sceau de la surfacturation. Il y a aussi et surtout les accessoires tels que les groupes électrogènes, les motos à deux roues et les tricycles, achetés à des prix exorbitants par rapport à leurs coûts réels sur les marchés européens et asiatiques.

            La gestion des fonds destinés à la rémunération du personnel et des agents électoraux d’appoint a posé aussi problème. A ce stade, le personnel de l’administration de la centrale électorale accuse plus d’une dizaine de mois de salaires impayés. Quant aux agents d’appoint recrutés comme « temporaires », ils n’ont pas reçu leurs cachets en dépit de la clôture des opérations préélectorales liées à l’enrôlement des électeurs et au déploiement des kits électoraux mais aussi électorales liées à la tenue des élections présidentielle, législatives nationales et provinciales, ainsi qu’au dépouillement et à la proclamation des résultats provisoires.

Il nous faut signaler aussi, au passage, des factures impayés des médias écrits et audiovisuels sollicités par la CENI pour la sensibilisation des acteurs politiques et sociaux ainsi que la population.

            Tous ces litiges financiers peuvent constituer, pour la Cour des comptes, des données utiles pour le travail d’investigation de ses limiers.

L’enveloppe de plus d’un milliard deux cents millions de dollars américains représentant le coût du dernier cycle électoral avait fait couler, en son temps, tellement d’encre et de salive qu’il appartient à ce service public de contrôler pour  fixer les esprits. Par ces temps de tolérance-zéro et de traque des détourneurs des deniers publics, le temps est venu de savoir si Corneille Nangaa et consorts ont géré la Ceni de manière transparente ou non. Dans le cas où les placards de cette centrale électorale seraient effectivement pleins de « cadavres », la justice devrait être saisie pour rétablir la République dans ses droits.

Kimp

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