La CENI a oublié la vraie contrainte : les milices !

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Corneille Nangaa, secrétaire exécutif de la Commission électorale nationale indépendante que les confessions religieuses, sauf les Catholiques, proposent pour succéder à Apollinaire Malumalu. Photo CENI
Corneille Nangaa, secrétaire exécutif de la Commission électorale nationale indépendante que les confessions religieuses, sauf les Catholiques, proposent pour succéder à Apollinaire Malumalu. Photo CENI

Lors de la publication du calendrier électoral le dimanche dernier, en mettant en exergue une panoplie des contraintes considérées de nature à constituer des blocages pour la tenue et l’organisation des élections prévues pour l’année prochaine, la CENI en a oublié celle
qui apparait comme la plus importante. A savoir l’existence des milices à travers de nombreux coins et recoins du pays. Etant donné que les autres contraintes sont visiblement factices, car délibérément voulues pour distraire l’opinion et servir plus tard de prétexte pour bloquer le processus électoral ou faciliter un autre glissement.

Factices, car, chacun des différents budgets votés chaque année contient les rubriques des financements des élections générales comme prévu par la loi électorale.

Il est aujourd’hui surprenant que plusieurs années après les négociations politiques inter congolaises de Sun City en 2002, qu’il y ait encore floraison des milices. Parce qu’elles étaient liées aux deux rébellions qui ont occupé la moitié du territoire national, à
savoir le MLC et le RCD-pro Kigali. Aujourd’hui, l’on sait comment elles sont entretenues. D’une part, elles existent pour épauler leurs commanditaires et complices locaux ainsi que d’autres Etats voisins de l’Est dont la santé économique dépend de l’exploitation illégale et
irrégulière des ressources naturelles de la RDC. D’autres groupes armés irréguliers, on le sait, sont au service des milieux sociopolitiques locaux pour financer les préparatifs des élections, comme entre autres au Katanga, au Kivu, au Maniema et au Kasaï.

Alors que l’on était fort avancé avec la mise en application de l’Accord du Saint Sylvestre, voilà que les provinces du Grand Kasaï se sont réveillées avec un phénomène bizarre dénommé « Kamwina Nsapu ».

Or, cet accord, on le sait, avait comme but d’accélérer le processus
de la démocratisation en vue d’amener le pays vers l’organisation et
la tenue des élections libres, transparentes et démocratiques. Pour ne
plus revivre les élections jugées chaotiques de 2011 dénoncées par de
nombreuses organisations électorales, politiques et de défense des
droits de l’homme.
Ce phénomène jamais vécu en RDC qui aura surpris l’opinion, a fini
par livrer ses secrets. Pour certains, il s’est agi d’une guerre
civile et tribale au Kasaï déclenchée par des originaires d’une
communauté tribalo-ethnique pour revendiquer le corps de leur chef
coutumier et l’installation du véritable descendant de cette lignée.
Pour d’autres, l’on était en face d’une machination concoctée par des
cellules maffieuses pour retarder les élections générales.
Car, comment un groupe des paysans pouvaient paralyser deux provinces
situées au centre du pays et cela pendant douze mois sans que les
forces de sécurité militaire, policière et armée n’aient pu rétablir
l’ordre, la paix et la tranquillité ? En massacrant des pauvres
paysans, en détruisant des infrastructures sociales, agropastorales,
commerciales publiques, privées et politico-administratives, en
pillant des églises, des écoles, des ponts, routes et ferroviaires. Où
étaient les éléments des forces armées régulières et de sécurité ?
Dire que deux experts de l’ONU, dont un Américain et une Suédoise en
mission d’information au Kasaï ainsi que d’autres activistes des
droits de l’homme, ont été massacrés et leurs corps mutilés n’ont été
retrouvés que plus tard. Selon des témoignages concordants, et en
attendant des enquêtes approfondies, le doigt accusateur pointe vers
des éléments des forces régulières de sécurité militaire et civile.

Les minerais du sang

Si ce phénomène dit de « Kamwina Nsapu » a fait couler pas mal d’encre
et de salive, la RDC subit depuis vingt ans des affres d’autres
milices. Lesquelles utilisent les multiples aérodromes disséminés à
travers l’immense territoire national pour s’adonner au trafic des
matières précieuses, des armes et munitions de guerre provenant non
seulement des milieux maffieux internationaux, mais aussi et surtout
des arsenaux des armées régulières des pays voisins de l’Est et du
Nord, à savoir l’Ouganda, le Rwanda et le Soudan.

Rôle néfaste des Etats voisins de l’Est

Ces milices, on le sait, sont dirigées et commandées par des chefs de
guerre appartenant à des tribus disséminées à travers la République.
Selon des témoignages concordants, ils sont au service des deux Etats
voisins de l’Est. On déplore ainsi que les territoires du grand Nord
Kivu, notamment Butembo, Beni, Lubero sont régulièrement attaqués par
des gens en armes et parfois en tenues. Que des paysans massacrés,
mutilés, brûlés, des destructions méchantes perpétrées dans des
villages et parfois des alentours des villes et cités comme Beni,
Lubero, Oïcha, Kanyabayonga, Rusthuru, Visthumbi, Walikale, Shabunda,
Fizi, Kamanyola, Lemera, Kalehe, etc.
Au Nord Katanga, le phénomène des Bakatakata ne fait que s’amplifier
davantage et de jour en jour. Des affrontements entre ceux que l’on
appelle les Pygmées et le Bantous ne se comptent plus. Pillages, viols
et déplacements massifs des populations civiles non armées !

Nouveau prétexte de blocage électoral

On nous rabat régulièrement les oreilles avec des slogans lénifiants
de la révolution de la modernité. En citant des réalisations
grandioses. Dont notamment, la construction des centres de formation
des officiers supérieurs des forces armées. Comment alors, le
gouvernement ne parvient-il pas à éradiquer ces milices qui
endeuillent régulièrement les territoires du pays ?
Qu’est ce qui nous dit qu’une autre puissance de feu n’éclatera pas
pour contraindre les électeurs de fuir leurs villages et villes pour
finir en situation d’errance dans des Etats voisins du Sud, de l’Ouest
et de l’Est ? Permettant à la Ceni de se réfugier derrière le prétexte
de l’insécurité, comme hier au Kasaï, pour se laver les mains comme
Ponce Pilate.

Eradication de ces milices

Un important effort doit être fait pour éradiquer et combattre ce
phénomène des milices. En actionnant les mécanismes judiciaires pour
neutraliser les recruteurs et les financiers. L’on ne peut pas dire
non plus que la République est incapable de reprendre le contrôle de
ces multiples aérodromes connus à partir desquels s’effectuent les
trafics des matières précieuses ainsi que des armes et munitions de
guerre. Que des rapports rendus publics par des Ong de défense des
droits de l’homme et des envoyés spéciaux des médias internationaux
concernant les identités des commanditaires et leurs complices locaux
! Dommage que ce sont des complicités qui font peur, car bénéficiant
des appuis de certains animateurs des institutions de la
République.                                                     Castro

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