La CENCO s’invite dans la Facilitation

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cenco-cardinal-et-eveques-rdcAprès s’être livrée au même exercice en décembre 2015, au moment où le front anti-dialogue avait tendance à s’élargir, compte tenu de la vive contestation de sa paternité au Chef de l’Etat, la CENCO (Conférence Episcopale Nationale du Congo) vient de s’inviter de
nouveau dans la Facilitation. Ouvert hier mercredi 2016 au Centre Interdiocésain, le premier round de consultations a vu défiler des délégués de plusieurs forces politiques et sociales, dont les plus remarqués étaient ceux du G7, mais aussi le Facilitateur du dialogue en personne, nous avons cité Edem Kodjo.

Les observateurs perçoivent dans la démarche des Evêques catholiques leur volonté de débloquer un forum de nouveau plombé par la déclaration du Président de la République, faite le jeudi 04 août dans la localité ougandaise de Kasese, frontalière de la province congolaise du Nord-Kivu, en marge d’une conférence de presse co-animée avec son homologue ougandais, Yoweri-Museveni. On rappelle que Joseph Kabila avait martelé que les élections ne pourraient pas avoir lieu avant la fin de l’opération d’enrôlement des électeurs. Cette prise de position, exprimée par une autorité non membre de la CENI (Commission
Electorale Nationale Indépendante), a soulevé un tollé dans l’opinion intérieure, et principalement au sein du « Rassemblement des Forces Politiques et Sociales Acquises au Changement », plate-forme reconnue par le Facilitateur lui-même comme l’interface de la Majorité Présidentielle dans les préparatifs du dialogue.

L’on croit savoir que le nouveau tour de table initié par la CENCO vise à tenter de recoller les morceaux d’un forum que nombre de forces politiques et sociales estiment à présent sans objet, dès lors qu’il est établi qu’une des parties prenantes, à savoir la famille politique du Chef de l’Etat, a opté pour l’enrôlement des électeurs sur une période d’au moins 16 mois, synonyme de « glissement » du calendrier électoral vers l’horizon 2019. Convaincre les forces politiques et sociales qui ont commencé à croire au dialogue de refaire confiance à
la Majorité présidentielle va être d’autant difficile qu’en sus de l’enrôlement qui vient de tomber comme un cheveu dans la soupe de l’Opposition pro-dialogue, il se pose plusieurs autres problèmes.

Il y a notamment la récusation d’Edem Kodjo par Etienne Tshisekedi et ses alliés du « Rassemblement », la non libération des prisonniers politiques et d’opinions, la fermeture persistante de plusieurs médias proches de l’Opposition, la chasse aux opposants et aux activistes de la Société civile par les services spéciaux et la justice, le refus de « tout glissement » de calendrier électoral, le manque de neutralité de la CENI, le non respect des délais constitutionnels pour la tenue des élections présidentielle et législatives nationales, le respect de la Résolution 2277 du Conseil de Sécurité de l’Onu, etc.

On note, à ce sujet, qu’au lieu de donner des signes réels de dégel politique, la famille politique du Chef de l’Etat semble avoir opté pour le passage en force en ce qui concerne l’ajournement des élections. Certes, par élégance et par respect pour leur statut, les délégués des forces politiques et sociales qui ne jurent que par l’alternance démocratique au sommet de l’Etat ne vont pas décliner l’invitation des Evêques catholiques. Quant aux résultats attendus de ces consultations, on peut d’ores et déjà affirmer qu’ils vont s’avérer négatifs. Le dialogue entre Congolais ne pourrait se tenir
dans un décor plus acquis à « l’exclusion » qu’à la recherche d’un
compromis politique pour le recadrage du processus électoral.
Kimp

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