Candidat commun de l’Opposition : qui a trahi qui ?

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Félix Tshisekedi, président de l’UDPS (Union pour la Démocratie et le Progrès Social), et Vital Kamerhe, président de l’UNC (Union pour la Nation Congolaise) passent désormais, aux yeux de certains acteurs de la classe politique congolaise, pour des traitres, des personnalités versatiles et sans autorité, pour avoir décidé, le lundi 12 novembre
2018, de retirer leurs signatures de l’accord dit de Genève ayant
investi Martin Fayulu candidat commun de l’Opposition. Ils sont
accusés d’avoir fragilisé sérieusement cette famille politique et
ouvert « un boulevard » au candidat du FCC (Front Commun pour le
Congo) lors de l’élection présidentielle du 23 décembre 2018. Des
commentateurs de tous bords leur reprochent de ne pas être des hommes
de parole et de se laisser manipuler par leurs « bases ».

Lorsqu’on veut bien analyser les choses autrement, l’on ne peut
manquer de noter que les participants à la réunion de Genève ont
banalisé, on ne sait pour quelle raison, la question de la
représentativité sur le terrain des quatre prétendants à la
candidature commune, à savoir Félix Tshisekedi, Vital Kamerhe, Martin
Fayulu et Freddy Matungulu. En termes d’assise sociologique,
l’implantation de l’UDPS aux quatre coins de la République n’appelle
pas de débat.
S’il est admis qu’une élection est d’abord une affaire de voix,
comment Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe, pressentis favoris de la
présidentielle face à Shadari, allaient-ils s’y prendre pour battre
campagne en faveur d’un « allié » politique inexistant sur le terrain
?
S’agissant de leur soumission à leurs « bases », elle paraît «
normale » pour des personnalités qui ont toujours clamé leur
attachement à la démocratie. Les deux leaders ne sont pas à la tête
des partis de mallettes, où leurs créateurs décident tous seuls. Ils
ont reçu mandat, de leurs congrès respectifs, de postuler pour la
présidentielle.
Dans le cas contraire, un refus d’écoute de leurs militants aurait
été interprété comme une attitude dictatoriale. La RDC veut-elle être
habitée par des chefs de partis démocrates ou une nouvelle race de «
présidents-fondateurs » ? Par ailleurs, l’accord de Genève n’a aucune
valeur juridique et n’est opposable qu’à ceux qui y maintiennent
encore leurs signatures. L’UDPS et l’UNC ne sont pas obligées de s’y
soumettre, comme c’est le cas pour la Constitution.

Reniements de signatures : Trump, Poutine, Fabius et autres

Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe ne sont ni les premiers, ni les
derniers, dans l’histoire de l’humanité, à retirer leurs signatures.
Tout le monde a encore frais, dans les mémoires, le virage à 180
degrés opéré par le président américain, Donald Trump,  le 10 juin
2018, quelques heures seulement après la clôture du Sommet du G7
organisé au Québec, au Canada. Alors qu’il venait de signer le
communiqué final sanctionnant un nouvel arrangement douanier entre son
pays et le Canada, la Grande-Bretagne, la France, l’Allemagne,
l’Italie et le Japon, il a décidé de retirer sa signature du document,
pendant qu’il se trouvait encore dans l’avion du retour au pays, et
même menacé ses « partenaires » commerciaux de nouvelles sanctions
douanières.
On peut rappeler aussi que le 16 novembre 2016, le président russe,
Vladimir Poutine, avait péremptoirement retiré sa signature du Statut
de Rome portant création de la Cour Pénale Internationale (CPI). Il
avait justifié sa décision par le fait que cette juridiction ne
faisait pas preuve d’indépendance, décevant du coup tous les espoirs
placés en elle.
Mais, en réalité, Poutine avait orchestré une fuite en avant pour
couper court à l’initiative de la CPI de vouloir enquêter sur la
guerre entre la Russie et la Géorgie en 2008 mais aussi sur son
implication dans la rébellion ayant secoué l’Ukraine pendant plusieurs
mois.
Il nous faut aussi signaler le retrait de sa signature, par
l’ex-Premier ministre français, Laurent Fabius,  de la pétition de
Tariq  Ramadan, le 25 mars 2011 contre le débat sur la laïcité, exigé
par l’UMP à l’Assemblée Nationale. Martine Aubry avait fait de même,
compte tenu du tollé suscité par leur position initiale au sein du
Parti Socialiste.

Sport fort prisé à la MP

Le retrait des signataires est un sport fort prisé au sein de la
Majorité Présidentielle, en République Démocratique du Congo. Sous le
mandat du Premier ministre Matata Ponyo, toutes les motions de
défiance articulées contre lui ou ses ministres étaient cassées par
les députés de la famille politique du Chef de l’Etat, qui
s’empressaient de retirer leurs signatures en plénières, après avoir
signé, en bonne et due forme et sans contrainte, lesdites motions.
Comble du ridicule, certains clamaient même avoir signé sans avoir lu.
Bref, si l’on doit s’en tenir aux cas de certains grands décideurs de
la planète, Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe ne sont pas des pantins
articulés décrits dans certains réseaux sociaux. Un vieil adage
renseigne qu’il n’y a que les idiots qui ne se trompent jamais.
Kimp

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