Au sujet des cadavres dans les placards du FPI : deux poids, deux mesures au Palais du Peuple !

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L’absence des sanctions encourage l’impunité, écrivions-nous il y a quelques jours dans un article consacré à l’absence des contre-pouvoirs dans notre pays. Comme une sorte de réponse à ce
constat, l’Assemblée Nationale a décidé d’infliger, lors de sa plénière d’hier mercredi, une mesure de suspension à l’endroit du Directeur Général et du Directeur Général Adjoint  du Fonds de Promotion de l’Industrie. La mesure est prise à titre conservatoire et elle est destinée à voir clair dans la situation de rébellion déclenchée par les débiteurs du FPI qui, forts de leurs parapluiespolitiques,  refusent résolument de rembourser les crédits leur
alloués dans le cadre du développement des PME et de l’industrialisation du Congo profond.

Et pourtant, les sommes à recouvrer sont énormes. Elles sont nécessaires à la poursuite de l’effort du développement du tissu industriel national. Malheureusement, il ne suffit pas de constater cette importance pour obtenir le remboursement des crédits accordés. Le FPI s’en est rendu compte, à ses dépens !
En recommandant la suspension des mandataires du FPI, les députés
espèrent créer un environnement favorable à des enquêtes
transparentes, pouvant se dérouler en dehors de toute interférence
néfaste de la part des principaux gestionnaires  de l’entreprise dont
ils paraissent par ailleurs douter de l’intégrité. Mais en prenant
cette mesure contre des responsables nommés au niveau d’une autre
institution, ils violent le principe du parallélisme de forme qui
devrait guider leur action.
Cette mesure nous rappelle le précédent de la Banque Congolaise. Où
l’on avait, d’un côté, les clients qui venaient d’être brutalement
privés de toute possibilité d’accéder à leur épargne. Et de l’autre,
des dinosaures qui avaient reçu des crédits mirobolants et qui
affichaient, comme dans le cas du FPI, leur refus de rembourser.

Invitée à clarifier la situation, la justice s’est concentrée sur un
seul homme : l’Administrateur Délégué de la Banque qui a été mis au
frais à la prison centrale de Makala pendant des mois avant d’être
autorisé à quitter le pays pour des raisons de santé. Pendant ce
temps, une équipe d’audit plongeait dans les livres de la Banque,
mettait à jour certaines magouilles et dressait une liste exhaustive
des pilleurs qui avaient jonglé avec l’épargne de la clientèle.
Comme c’est le cas aujourd’hui avec le FPI, la liste reprenait des
noms des personnes bien connues sur la place de Kinshasa. Des hommes
politiques et apparentés. Des intouchables comme on a l’habitude de
les désigner.
Soucieux de prouver sa bonne foi, l’Auditeur dressa la fiche de
chaque épargnant dans laquelle il reprit les sommes que la Banque lui
devait avant de signer. L’opération s’est arrêtée malheureusement là,
et depuis lors, personne n’a été inquiétée. Les débiteurs indélicats
n’ont jamais remboursé  les crédits reçus et les clients de la Banque
ont été jetés dans la rue, au propre comme au figuré. Et comme pour
leur ôter l’envie d’initier la moindre poursuite, toute trace de
l’existence même de la Banque Congolaise a été effacée : plus de
dirigeants, plus de siège, plus rien du tout !
Des retraités, des pères de famille ont ainsi tout perdu. Ils se sont
retrouvés, du jour au lendemain, dans l’impossibilité de prendre en
charge leurs enfants, de les scolariser et de donner une orientation à
leur avenir.
En décidant des mesures conservatoires à l’endroit des seuls
dirigeants du FPI, les députés nationaux auraient dû se souvenir de ce
précédent de la Banque Congolaise et s’interroger sur la destination
prise par les fonds naguère alloués aux dinosaures. Dans des pays où
la démocratie fonctionne, des personnalités publiques s’assument
lorsque de tels scandales éclatent. Les exemples sont nombreux à ce
propos et ils auraient dû inspirer les Honorables dans leur quête de
la vérité.  Car pour être efficaces et surtout, exprimer la volonté de
protéger l’intérêt collectif, ces mesures devraient d’abord viser les
élus et autres dépositaires de l’autorité publique épinglés dans le
rapport d’enquête parlementaire. Ces personnalités ont une obligation
d’exemplarité vis-à-vis du peuple et doivent, en dépit de toutes les
manœuvres visibles et invisibles, être condamnés à restituer les fonds
reçus et à ce jour illégalement détenus.
LP

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