Bozize à genoux : à quand le mea culpa des politiciens congolais ?

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L’image, très forte, a fait le tour de la République Centrafricaine, son pays, de l’Afrique et du monde. Elle montre François Bozizé, ancien Président de la République, arrivé au pouvoir en 2003 après avoir vaincu militairement Ange Félix Patassé, mais poussé vers l’exil et la retraite politique à la suite du retour du pays à la démocratie, à genoux, en train de demander pardon au peuple centrafricain pour tous les torts qu’il lui a faits : détournements des deniers publics,  massacres des civils, crimes politiques, arrestations arbitraires, détentions illégales, tortures, etc. C’est pour marquer le caractère sincère de son repentir qu’il a tenu à se mettre à genoux publiquement et à se laisser filmer dans cette position. Même si tous les Centrafricains ne vont pas lui pardonner, il aurait au moins fait un geste qui pourrait toucher les cœurs de beaucoup.

            A quand le mea culpa des politiciens congolais ? La question mérite d’être posée mille fois, tant la culture du pardon est existante au sein de la classe politique congolaise.

            Qu’on se souvienne qu’au temps fort de son régime dictatorial, le Maréchal Mobutu Sese Seko ne cessait de clamer, à qui voulait l’entendre qu’il ne devait rien au peuple zaïrois. C’est au contraire ce dernier qui lui devait tout. Pourtant, le « Président-Fondateur », avec ses amis dignitaires du MPR-Parti/Etat, s’étaient engagés dans une entreprise diabolique de prédation des richesses nationales, laissant l’ex-Zaïre exsangue économiquement au bout de 32 ans de règne. Quant aux crimes politiques, il était difficile de les comptabiliser.

            Depuis la chute de Mobutu, aucun Mobutiste n’a demandé publiquement pardon au peuple congolais. Au contraire, les survivants du « mobutisme » ont plusieurs fois changé de peau, devenant tantôt « kabilistes » avec Laurent-Désiré Kabila et Joseph Kabila, tantôt « rebelles » avec le MLC (Mouvement de Libération du Congo), le RCD/Goma (Rassemblement du Peuple Congolais pour la Démocratie), le Rassemblement Congolais pour la Démocratie-Kisangani- Mouvement de Libération (RCD-K-ML), les Mai-Mai, etc.

            Le peuple congolais continue d’attendre, depuis des décennies, une séance publique de pardon ayant acteurs pour des planificateurs et exécuteurs de différentes guerres d’agression et de libération, des auteurs des crimes de guerre et crimes contre l’humanité, des violateurs patentés des droits de l’homme, des pilleurs des deniers publics, des violeurs des femmes et filles en situation de conflit, etc. Des millions de Congolaises et Congolais auraient aimé voir ceux qui ont conduit le pays à la ruine de 2001 à 2019, laissant derrière eux un océan de misère, faire amende honorable, au lieu de continuer à les narguer grâce à leur position de force dans les institutions de la République.

            Comptant sur l’oubli collectif, ceux qui ont laissé le pays sans routes, sans ponts, sans barrages hydroélectriques, sans usines de production d’eau potable, sans bateaux, sans trains, avec des millions de chômeurs, se permettent même de donner des leçons de bonne gouvernance à leurs successeurs occupés à le reconstruire. S’ils pouvaient s’imaginer la colère qu’ils installent au sein des masses démunies, et au risque de lynchage public qu’ils encourent, ils feraient certainement profil bas. Il est à espérer que le geste de Bozize va les amener à méditer sur leur passé et à un changement de langage comme de conduite.

                                               Kimp

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