Bonus de 2.000 USD en pleine crise sanitaire : les députés nationaux crachent sur le peuple

0
66

Il y a quelque chose de pourrie en République Démocratique du Congo. Alors que le pays est confronté à la pandémie de coronavirus avec un arrêt préjudiciable des activités économiques, les députés nationaux ont décidé de sortir du bois pour réclamer une augmentation exponentielle de leurs émoluments.

         C’est une lettre « dérobée » du Premier Ministre Ilunga Ilunkamba qui a mis la puce à l’oreille de la population et suscité des réactions extrêmement négatives aux quatre coins du pays.

         Qu’est-ce qui a donc piqué nos fameux honorables pour qu’ils posent un acte aussi politiquement incorrect ? Pourquoi cette volonté de garantir leur dessert alors que les caisses de l’État sonnent creux, faute de production, et que les Congolais dans leur ensemble devraient se montrer solidaires dans la difficulté ?

         Deux mille dollars d’augmentation par député représentent un million de dollars par mois. Cet argent, s’il existe, doit être immédiatement mobilisé pour des actions utiles en faveur de la population et non atterrir dans des poches inappropriées, juste pour l’achat du champagne, pour reprendre une expression chère aux sénateurs. Donner un tel pactole aux privilégiés risque de susciter de nombreuses revendications sectorielles qui vont plonger le gouvernement dans des difficultés inextricables. N’osez pas le faire Monsieur le Premier Ministre. Il s’agit d’un piège mortel, même si, pour noyer le poisson, on tente maintenant de stigmatiser tout le monde, les Conseillers de la Présidence, ceux de la Primature etc. Une stratégie de la terre brûlée destinée à soulever la population contre l’ensemble des institutions.

         Ceux qui ont suscité ce débat nocif doivent apprendre à se contrôler, ce qui ne semble pas être le cas de l’actuelle chambre basse du Parlement qui semble habitée par le seul souci d’être au-dessus de toutes les institutions.

Depuis quelques mois en effet, les députés nationaux veulent occuper tout l’espace politique. Ils sont partout, criant d’une voix forte pour se faire entendre et, surtout, se faire obéir. C’est eux le pouvoir, les autres n’existent plus.

         Pour preuve, on a vu Jeanine Mabunda  sortir toutes ses griffes et rabrouer le Chef de l’Etat, pourtant institution suprême du pays. Avec désinvolture, on s’en souvient, elle lui avait promis un mauvais sort s’il continuait à parler librement comme il l’avait fait à Londres. On va vous destituer avait-elle laissé subtilement entendre, prenant à témoin les journalistes appelés en renfort, pour donner à la déclaration une tonalité particulière. Puis, il y a eu ce congrès avorté dont tout le monde s’est finalement rendu compte qu’il constituait plus une démarche de déstabilisation des institutions qu’une action de bienfaisance.

         Depuis le début de la législature, les députés rivalisent d’initiatives pour susciter et/ou alimenter des conflits avec les autres institutions. Après avoir traité le Président de la République d’inconscient, suscitant une descente de la population au Palais du Peuple dont ils se souviennent encore,  on les a vus ouvrir un nouveau front contre le pouvoir judiciaire qu’ils veulent manifestement contrôler.

         Tous ces actes mis ensemble et surtout, la tendance à vouloir caporaliser le pouvoir judiciaire donnent à penser que ce n’est pas de la République des Juges que nous devons nous protéger, mais plutôt de la « République des Députés ». Celle-ci est plus dangereuse parce qu’elle ignore le peuple comme l’indique éloquemment cette pitoyable opération de deux mille dollars, et elle fait fi des contrepouvoirs, ainsi qu’elle l’a montré en affichant sa volonté de nommer et de contrôler les juges.

         Au-delà de ces dangers, l’initiative de la chambre basse du Parlement intervient dans un contexte marqué par la révision à la baisse du budget national et par l’exploration des pistes devant mener à la réduction du train de vie des institutions.  Comment conforter une telle action s’il faut s’engager dans une direction et nager en même temps à contrecourant ?

Drôle de Représentation nationale !

         Par «élus du peuple», on entend par-là les représentants ou mandataires du peuple. C’est-à-dire des gens dont le dire et l’agir sont dictés par les aspirations populaires. Hélas, ce qui se passe en RDC laisse à désirer !

         Pendant que le pays éprouvait déjà des difficultés à cause de son économie qui n’est pas soutenue par la production pour faire face aux nombreux défis qui se posent – notamment la construction et la réhabilitation des infrastructures de base, la mécanisation des NU et des non payés, la matérialisation de la gratuité de l’enseignement de base, etc. – c’est le moment que les députés nationaux choisissent pour faire la pression sur le gouvernement afin d’augmenter leurs salaires! Une attitude qui contraste avec leur mission de représentant du peuple.

Cette revendication qualifiée d’extrême égoïsme a suscité et continue de susciter des réactions toutes négatives depuis que la correspondance du Premier ministre instruisant le ministre  en charge du Budget d’étudier la question, fait le tour de la toile.

         Acculés sur l’opinion qui leur dénie désormais la qualité de représentants du peuple, en solo ou par groupe politique ou idéologique, certains députés tentent de sauver la face en se désolidarisant de la démarche de leur bureau.

Kabund, un témoin gênant

         Au regard de l’évolution de la situation, et grâce notamment à la correspondance du Premier Ministre au Vpm en charge du Budget, des analystes poussent la réflexion plus loin pour essayer de comprendre certaines situations récentes. C’est le cas de l’acharnement affiché par une coalition atypique de circonstance composée des députés du FCC et de Lamuka dans l’objectif de faire partir celui qui dérangeait, mieux le témoin gênant Jean Marc Kabund a Kabund. Tous les moyens étaient donc bons, peu importe la violation de la loi et du règlement intérieur, pour se débarrasser de celui qui faisait obstruction à la jouissance.

         On rappelle que le péché de J.M. Kabund était d’avoir dénoncé le coût onéreux d’un congrès, soit 7 millions USD. Malgré le tollé des réactions suscitées au lendemain de cette dénonciation, le bureau de l’Assemblée nationale n’a jamais dit à l’opinion combien coûte un congrès ! Il est temps que le peuple congolais ouvre l’œil et le bon pour ne plus se laisser distraire par des discours démagogiques des soi-disants représentants du peuple qui viennent de prouver à la face du monde qu’ils sont plutôt préoccupés par leur opulence matérielle.

Dom

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •