BDM contre les non-originaires à Kisantu : Ne Muanda Nsemi exhume un vieux fond de commerce

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Des adeptes de Ne Muanda Nsemi, le gourou de la secte politico-mystico-religieuse Bundu Dia Mayala, se sont de nouveau illustrés par des actes de violence, puant la xénophobie à mille lieux, hier lundi 13 avril 2020 à Kisantu, dans le territoire de Madimba, au Kongo Central. Sortis sur la Nationale 1 en grand nombre, à l’appel de leur chef spirituel, au motif de protester contre la présence des non-originaires dans les institutions et l’administration provinciales, le commerce, l’agriculture, la pêche, l’élevage, et autres, ils se sont permis le culot de bloquer, pendant une bonne partie de la matinée, cet axe d’inétrêt national avec des pneus brûlés et sous la menace d’armes blanches et rudimentaires telles que des fusils de calibre 12.

            Comme à leurs habitudes, aux sommations des éléments de la police les invitant à libérer la voie sans condition, ils ont répliqué par des jets de pierres, des attaques aux fusils de calibres 12, tuant au passage un policier par lapidation. La riposte a été immédiate, obligeant nombre de « makesa » (miliciens) à fuir dans la direction du barrage de Zongo pour aller trouver refuge dans les forêts avoisinantes. L’intervention de la police s’est soldée par la mort d’une femme du côté de Bundu Dia Mayala, ce qui porte le bilan total à deux personnes tuées.

            Lorsqu’on jette un regard dans un passé récent, on note que Ne Muanda Nsemi avait lâché ses adeptes dans la rue, le lundi 30 mars, au quartier Ma Campagne, au motif qu’ils devraient exorciser la RDC et chasser le « démon » du Coronavirus.

            Le fait troublant, dans la démarche de cet ancien député, est que ses miliciens étaient dotés d’armes blanches, et interdisaient aux paisibles citoyens de circuler librement. Plus grave, lorsque les hommes du général Kasongo, commandant de la police ville de Kinshasa, les ont invités à regagner pacifiquement la résidence de leur gourou, transformée en quartier général du BDM ces dernières années, ils n’ont trouvé mieux que de faire de la résistance. D’où des jets de gaz lacrymogène pour les disperser.

Chasse aux non-originaires : un vieux fond de commerce

            A dire vrai, la stigmatisation des non-originaires par Ne Muanda Nsemi remonte aux années Mobutu, et plus précisément au début des années ’90, au lendemain de la tristement célèbre campagne d’épuration ethnique lancée dans la province du Shaba, ex-Katanga, par Jean-De-Dieu Nguz à Karl-i-Bond, alors Premier ministre, contre les originaires des deux Kasaï. L’événement avait fait tache d’huile car peu après, les non-originaires, surtout ceux exerçant des fonctions de commandement dans les entreprises et l’administration publiques, l’armée, la Gendarmerie, la Garde Civile, les services de sécurité, étaient renvoyés vers leurs régions (provinces) d’origine, sur fonds de règlements de comptes.

            Après un moment d’apaisement, consécutif à la chute de Mobutu le 17 mai 1997 et à l’avènement de Laurent-Désiré Kabila et son «conglomérat d’aventuriers» de L’AFDL (Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo) au pouvoir, Ne Muanda Nsemi avait relancé la chasse aux non-originaires, dans l’ex-Bas-Congo, dès l’investiture de Joseph Kabila, en janvier 2001, en remplacement de son père assassiné. De 2001 à 2015, les « makesa » ont passé leur temps à la chasse aux sorcières à Luozi, son territoire d’origine, Kinzau-Mvuete, Lukula, Tshela, Boma, Moanda, Kimpese, Mbanza-Ngungu, Kisantu, Kisangulu, se livrant aux voies de fait sur des fonctionnaires, des commerçants, des fermiers, des résidants, des serviteurs de Dieu, des étudiants, des élèves « étrangers ».

Plus d’une fois, ces miliciens armés ont affronté des éléments de l’armée et de la police, faisant couler le sang dans les rangs de ces derniers mais subissant aussi des pertes en vies humaines lors des contre-offensives des forces de l’ordre et de sécurité. On pense que l’escalade de violence avait atteint son paroxysme en 2007 lorsque les forces de l’ordre, sur instruction du général Kalume, alors ministre de l’Intérieur, étaient parties faire le « nettoyage » des « makesa » mais aussi de nombreux innocents, dans les villages de Luozi. Le bilan officiel, discuté au cours de plusieurs plénières de l’Assemblée Nationale, sous la modération de Vital Kamerhe, son président, avait fait état d’une trentaine de morts. Présent à l’hémicycle en sa qualité de député national, Ne Muanda Nsemi avait vivement protesté contre cette comptabilité macabre et soutenu le bilan de plus de 500 morts, accusant les Kabilistes d’avoir commis un génocide dans son territoire d’origine.

            Alors que Mobutistes et Kabilistes, qu’il considérait comme des traitres à la cause de la patrie et face auxquels il ne cessait de revendiquer « l’indépendance » du Kongo Central ont perdu le pouvoir, le chef spirituel de Bundu Dia Mayala, semble perdu dans sa nouvelle vie du commun de citoyen démuni. On pense qu’il a du mal à digérer son absence dans les institutions nationales et provinciales de la République, après son évasion de la Prison Centrale de Makala le 17 mai 2017, sa réapparition spectaculaire en mai 2019 aux côtés de Joseph Olenghankoyi, président du CNSA, suivie du classement sans suite de son dossier judiciaire quelques semaines après.

            Ne Muanda Nsemi donne l’impression de vouloir s’accrocher à quelque chose pour se rappeler à la mémoire collective. Mais, il s’y prend tellement mal qu’il commence à paraître comme un quémandeur de poste, pour ne pas dire d’une assistance sociale. On se demande, au regard de la succession des manifestations de protestation n’ayant ni tête ni queue, s’il a encore les moyens d’entretenir la cohorte d’adeptes « confinés » dans sa résidence de Ma Campagne. A court d’argent sans doute, il semble chercher à pousser le gouvernement à la faute, de manière à retrouver une visibilité provinciale et nationale, qui lui fait cruellement défaut depuis qu’il avait fait allégeance à Kabila en juin 2015, en soutenant la thèse du 3me mandat, avant de rétropédaler sur le tard.

                                    Kimp

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