Audit du fichier électoral : l’opposition obtient gain de cause

0
59

Ceni_1C’est une victoire d’étape que l’opposition parlementaire vient de remporter dans la bataille de l’audit du fichier électoral. Depuis le 27 juillet 2015, Samy Badibanga, président du groupe parlementaire UDPS et Alliés et représentant de l’opposition parlementaire, avait suspendu sa participation aux travaux du Comité ad-hoc chargé de l’audit du fichier électoral. En cause, selon lui : les bases des données de 2010 et de 2011 ainsi que les données fiabilisées de 2015 n’ont pas été entièrement mises à la disposition du comité. Seules les données de 2015, fiabilisées, ont été mises à disposition, empêchant ainsi de mener une comparaison objective. En plus, les données des sociétés ZETES et Hologramme n’ont pas été disponibilisées. Or, Samy Badibanga Ntita n’est pas du genre à s’en laisser compter : il a tôt fait le constat de l’impossibilité de mener ce travail d’audit sans que les données biométriques ne soient disponibles et tiré la seule conclusion qui s’imposait. Depuis lors, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts, jusqu’au rapport d’étape de l’Organisation internationale de la Francophonie – OIF – qui, dans ses grandes lignes, rejoint les exigences de l’opposition.

            Le jeudi 30 juillet dernier, le général Siaka Toumani Sangaré, expert malien des questions électorales qui conduit la délégation de l’OIF au sein du Comité ad-hoc d’audit du fichier électoral, accompagné de toute son équipe, a longuement échangé avec Samy Badibanga sur l’audit du fichier électoral. L’officier a convaincu l’opposant d’accepter de participer à la dernière réunion du Comité. Celle-ci a eu lieu le samedi 1er août. Au cours de cette réunion, le général Sangaré a relevé que son équipe a demandé la reconduction de la mission pour une deuxième phase qui débutera dans la première moitié de septembre. Ainsi donc, en lieu et place d’un rapport préliminaire, la délégation de l’OIF a plutôt présenté un rapport d’étape.

Gros avantages

            Et que révèle ce rapport ? Plusieurs choses. La CENI est proprement sommée de mettre à la disposition du Comité ad-hoc toutes les bases des données de dédoublonages depuis 2006 effectués par ZETES et Hologramme pour permettre le croisement des données et la comparaison des chiffres. Elle doit également présenter le contrat qui la lie à ces deux sociétés, le rapport produit par ces deux sociétés ainsi que les fiches de transmission des doublons. Le rapport contient également l’exigence de l’exécution d’une analyse biométrique de toutes les données. Déjà, en 2010, le général Sangaré expliquait à RFI les avantages des listes biométriques : «les listes électorales ont toujours été au cœur des polémiques, au cœur des contestations électorales. Les listes biométriques présentent de gros avantages. Le premier, c’est de permettre l’identification sûre de chaque électeur et le second est de garantir l’unicité physique de chaque électeur sur ces listes-là. Un électeur, une voix». Voilà qui est bien dit.

En conclusion, le rapport indique : «cette base de travail ne permet pas en l’état actuel de garantir que les listes électorales soient suffisamment inclusives et représentatives du corps électoral convoqué pour les échéances à venir». Traduction libre : c’est la sempiternelle ritournelle que certains font semblant de ne jamais entendre, à savoir que le fichier électoral n’est pas fiable. L’OIF recommande donc sa mise à jour (autrement la révision du fichier électoral).

Croisé de la transparence

 

            Cette position donne parfaitement raison à Samy Badibanga et ses pairs de l’opposition qui ne décolèrent pas contre les pratiques de la CENI. Elle rejoint aussi celle des députés de l’opposition qui ont boycotté la loi sur la répartition des sièges faute de fiabilité du fichier électoral. Elle enhardit, enfin, les sénateurs qui ont rejeté la même loi par boycott. En effet, avec ses 108 membres, il faut 55 membres présents pour siéger valablement, mais ils étaient 62. Donc, le quorum était parfaitement atteint. Mais pour adopter une loi, il faut 55 voix, et le projet présenté par le gouvernement n’a recueilli que 47 ! Selon les observateurs, il ne s’agit donc pas d’un rejet par défaut de quorum comme veut le laisser croire le bureau de l’Assemblée nationale. La victoire de l’opposition parlementaire est pleine et entière.

Il ne pouvait pas en être autrement, lorsqu’on connaît la personnalité du général Siaka Sangaré. Ce croisé de la transparence électorale a fait ses preuves dans plusieurs pays africains, notamment en pilotant le deuxième tour de la présidentielle en Guinée ,lorsque la situation était bloquée en 2010.

B.M. (C.P.)

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •