Attaque de la résidence du Chef de l’Etat : trop de versions « tuent » la vérité

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Cinq jours après ce qui a été présenté comme l’attaque armée de la résidence du Chef de l’Etat par un groupe d’insurgés, l’opinion tant nationale qu’internationale continuent de s’interroger sur ce qui s’est réellement passé. Il y a tant de versions, officielles et officieuses, de rumeurs et de commentaires en circulation qu’il est difficile de savoir, à ce stade, de quel côté se situe la vérité.

 Certains observateurs pensent même que l’inflation de versions risque de « tuer » la vérité. La République Démocratique du Congo se trouve, comme c’est déjà arrivé plus d’une fois, en mal de communication face à un événement majeur, sur lequel nationaux et expatriés aimeraient être correctement et suffisamment renseignés, afin de se convaincre que la situation est effectivement « sous contrôle ».

 

Les Kabila présents ou absents à la résidence ?

 Le ministre de la Communication et des Médias, Lambert Mende Omalanga, n’a cessé de soutenir, lors de ses prestations télévisées (en français et en lingala) du dimanche 26 février et de sa conférence de presse du mardi 1er mars 2011, qu’au moment de l’attaque de la résidence présidentielle, le Chef de l’Etat, Joseph Kabila, ainsi que son épouse et ses enfants, s’y trouvaient.
Mais à croire des sources qui se sont confiées à certains médias tant nationaux qu’étrangers, les Kabila étaient absents du Palais présidentiel lors de l’assaut donné à celui-ci par des inconnus. S’agissant spécifiquement du Chef de l’Etat, il était donné pour inspectant les chantiers routiers dans la partie Est de la capitale.
 Quant au Conseil Supérieur de la Défense, dans son compte rendu livré à la presse le lundi 28 février par le ministre de la Défense, Charles Mwando Nsimba, il est resté muet sur la présence ou non du Président de la République et de sa famille dans leur résidence du quartier GLM lors de l’agression menée par « un groupe armé qui tenait à troubler l’ordre public ». C’était également le silence du côté du ministère des Affaires Etrangères sur ce point précis, évoqué par Alexis Thambwe Mwamba lors de sa rencontre avec les chefs des missions diplomatiques accréditées en RDC.
L’Alliance de la Majorité Présidentielle (AMP) a été elle aussi avare de mots au sujet de l’agenda d’illustres pensionnaires du Palais présidentiel le dimanche 26 février à la mi-journée.

Enyele ou ex-rebelles ?

 S’agissant de l’identité des assaillants, c’est également la grande confusion. Pour Lambert Mende, ci-devant porte-parole du gouvernement, il s’est agi d’assaillants porteurs d’armes lourdes, d’armes blanches (machettes) et d’amulettes fétichistes. Parmi eux se trouvaient des éléments ayant appartenu à un ex-mouvement rebelle. L’action criminelle a été revendiquée sur le tard, selon lui, par un ex-baron du régime de feu Maréchal Mobutu Sese Seko.
 Des journaux de la place ont affirmé, de leur côté, que le groupe d’insurgés était constitué de guerriers Enyele de l’Equateur, auteurs d’actes d’invasion de Dongo en septembre 2009 et Mbandaka en avril 2010, d’officiers et soldats à la solde du général Munene (en fuite), d’éléments ex-FAZ (Forces Armées Zaïroises) et même des membres des FARDC (Forces Armées de la République Démocratique du Congo). La version relative à l’usage d’un armement lourd a même été démenti. Certaines sources ont soutenu que les insurgés n’étaient armés que des machettes et qu’ils auraient désarmé quelques éléments de la Garde Républicaine.

Combien de morts ?

 Le bilan des morts reste des plus controversés. Le ministre de la Communication et des Médias avait commencé par parler de six morts, tous dans les rangs des assaillants. Et, deux jours après, il a apporté un correctif, en signalant d’un total de 8 morts, dont 7 assaillants et un soldat de la Garde Républicaine.
 Le Conseil Supérieur de la Défense a fait simplement état des morts, sans en préciser le nombre ni le camp d’appartenance. Quant au ministre des Affaires Etrangères, il a livré aux diplomates des statistiques qui font apparaître 12 morts, soit 7 insurgés et un élément de la Garde Républicaine à la résidence du Chef de l’Etat ; 3 assaillants et une sentinelle au Camp Kokolo. Dans sa déclaration politique, l’AMP n’a pas fourni de bilan mais s’est empressé de rendre « un hommage vibrant et mérité au sacrifice de ceux qui sont tombés sur le champ d’honneur pour la défense de la patrie ».

Un fait gravissime

 L’attaque contre le Chef de l’Etat, la première institution de la République, est un fait tellement gravissime que personne ne peut prendre le risque de le banaliser. Ce qui dérange, c’est cette impression de mauvaise communication, qui entraîne le chevauchement des versions qui finissent par installer le doute dans l’opinion, quant aux péripéties réelles de l’attaque, au nombre d’insurgés, au bilan des morts et blessés dans les deux camps, à la présence ou non de
Joseph Kabila et de sa famille dans leur résidence.
 L’on pense qu’une seule version des faits, constante et suffisamment assaisonnée de détails, livrée par une seule source officielle, aurait suffi pour fixer l’opinion tant intérieure qu’extérieure. A présent que beaucoup de personnes sont restées sur leur soif, leur réflexe naturel va être de se mettre à l’écoute des rumeurs. Et, sur ce terrain, des sources d’information ou d’intoxication ne manquent pas. Il y a notamment la multitude de témoins oculaires et involontaires, qui ont vécu « en direct » le film des affrontements de GLM, du camp Kokolo, de Ndolo et de l’aéroport de  Ndjili ou du rond point Moulaert. Ceux-là doivent avoir vu les insurgés, en tenues militaires ou civiles, avec des armes lourdes ou des machettes, entourés ou non d’amulettes, mais observé aussi la réaction des éléments de la Garde Républicaine ou du Camp Kokolo. Qu’on le veuille ou non, un pan de vérité est connu sur les événements survenus à la résidence du Chef de l’Etat ou d’autres sites stratégiques de Kinshasa.
 La principale leçon à tirer de l’initiative du commando mystérieux de dimanche est qu’à l’avenir, ceux qui devraient intervenir dans le domaine de la communication puissent éviter ce qui passe aujourd’hui pour une mascarade, alors que les armes ont parlé au Palais présidentiel et au Camp, et que des concitoyens ont payé le prix fort pour préserver la stabilité de l’institution « Président de la République ».

       Kimp

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