Assainissement de la ville de Kinshasa : priorité : éviter de gonfler les rangs des chômeurs

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kinshasa salubritéDans notre pays, il ne fait l’ombre d’aucun doute que le chômage des jeunes a atteint des proportions plus qu’alarmantes, et la lutte pour la survie a jeté dans la rue, jeunes filles, jeunes garçons, leurs parents et grands-parents, juste pour écouler un bassinet d’arachides grillées, quelques tas de bananes, un bassin des pains, un casier de boissons sucrées, des paquets de cigarettes, des boîtes d’allumettes et des papiers mouchoirs. Parallèlement à ces micro-entreprises, de petits restaurants de fortune ont vu le jour à chaque coin de l’avenue, et les salons de coiffure pour hommes ont ouvert leurs portes à l’ombre d’un arbre touffu, pendant que les maisons de change et les cabines de communications se sont installées partout.    

Pour ces dernières, l’activité principale devenue incontournable, tourne autour de la vente des cartes de recharge, des appels téléphoniques et la recharge des piles des téléphones. Et dans les quartiers, toutes ces activités lucratives nourrissent des centaines de foyers dont les parents sont soit mis à la retraite, ou sont soit des sans emploi. Et même assurent les frais de scolarité et pourvoyent aux soins de santé des enfants.

Ce sont là des activités-refuges qui, ne l’oublions pas, ont arraché les jeunes à la délinquance, la petite et la grande criminalité, mais aussi à la débauche et à la prostitution, et en plus, ont contribué à asseoir la paix sociale dans la ville.

Que les autorités urbaines se soient lancées dans l’opération assainissement de la capitale, afin de la débarrasser des marchés-pirates qui encombrent certaines rues, c’est bien ! Mais à y réfléchir deux fois, l’on se rend vite compte de l’inefficacité de la mesure qui heurte toujours la conscience de ces vendeurs de coins de rues. Cette opération, comme on peut facilement le réaliser, ne date pas d’aujourd’hui. En effet, après le relâchement de chaque campagne d’assainissement, et le changement de chaque gouverneur, ces opérateurs économiques qui payent régulièrement des taxes auprès des agents de communes, et alimentent les caisses de ces mairies, regagnent aussitôt leurs coins de vente.

            Au-delà du spectacle désolant des tables et des chaises que l’on casse et que l’on brûle, il y a ces bassins de pains et des plateaux d’œufs que l’on renverse par terre et que les agents piétinent sans état d’âme particulier. Devant des mamans éplorées et démoralisées qui se demandent à quel saint se vouer, des jeunes-gens ruinés et brutalisés qui réclament la création d’emplois pour résorber le chômage, ainsi que le respect des droits de l’homme.

            Penser que ces milliers de jeunes ont envahi la rue pour le plaisir de narguer l’autorité, c’est ne pas réaliser les raisons qui justifient leur présence sur les trottoirs, et leur acharnement à occuper toujours les bordures des avenues plus larges, malgré la multiplication de ces opérations assainissement. Il y a donc lieu de s’interroger sur cet acharnement de ces opérateurs économiques de l’informel à œuvrer à l’encontre des mesures administratives de l’Hôtel de ville.

            Une fois de plus, on peut rappeler à l’occasion, que l’action menée par les équipes commises à l’application de ces mesures, est incomplète. Elle ne se limite qu’à débarrasser tous les trottoirs et abords des avenues, de ces milliers de points de vente qui ont transformé la ville en un grand marché ouvert. Cette opération serait en effet, complète si elle prenait en compte les revendications des victimes de « démolition » de leurs étalages et autres. C’est-à-dire la prise en charge de ces milliers de personnes qui n’ont pas d’autres ressources que celles générées par toute activité commerciale. On a beau proposer que ces commerçants de coins de rue aillent s’entasser dans les marchés urbains ou ceux de communes. Rien n’est fait. Ils préfèrent camper pas très loin de leurs domiciles. Les abandonner à leur triste sort, après avoir détruit leurs commerces, c’est pousser les plus fragiles à la violence, à la débauche et à la prostitution. C’est alimenter par conséquence directe les phénomènes Kuluna et enfants de la rue qui sont pourtant prêts à évacuer la rue, sans résistance à la seule condition de leur proposer une activité alternative rentable. Après les casses, les autorités urbaines s’intéressent moins aux conséquences de l’application de leurs mesures. Assainir la ville de Kinshasa, c’est bon, mais prendre en compte tous les paramètres et proposer des solutions de rechange à ces opérateurs économiques, c’est mieux.                                                   J.R.T.

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