Après la non-atteinte des OMD : « Saemaul Undong» pour atteindre les ODD

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La Corée du Sud est entrée, depuis le début, de ce 3me millénaire, dans le top 15 (13me) des puissances économiques mondiales. Elle a frappé un grand coup en passant, entre 1961 et 2014, d’un revenu de 91 dollars par habitant à 26.205 dollars américains ( rapport Pnud 2013) ce qui lui permet d’évoluer aujourd’hui dans la cour des «grands» où on retrouve les USA, la Norvège, la Suède, le Japon, l’Allemagne, la Grande Bretagne, la France, le Canada, etc. A l’inverse, la RDC a réussi la triste performance de tomber, en 55 ans, en-dessous de la moitié de son revenu par tête d’habitant, soit de 197 à 650 Uds.

Le général américain  McArthur, commandant des troupes américaines en 1953, doit certainement s’agiter dans sa tombe, lui qui avait déclaré, au vu des dégâts de la guerre de Corée, qu’il fallait au moins cent ans à ce pays pour se reconstruire. Car, cinquante ans après, le miracle était là, grâce à cinq plans quinquenneaux mis en oeuvre par le général Sun Park en 1962 mais aussi au concept Saemaul Undong ( mouvement pour de nouveaux villages, mis en oeuvre à partir de 1970.

Le miracle agricole coréen si bien ficellé qu’il vient d’être adopté par les Nations Unies comme une des stratégies de développement des pauvres. Quant à l’Unesco, elle a décidé de l’intégrer dans le patrimoine culturel mondial. Concrètement le Saemaul Undong va servir de soubassement à la réalisation des 17 Objectifs de Développement Durable ( ODD), le nouveau plan de lutte contre la pauvreté en chantier au niveau des Nations Unies. Cette option est motivée par les résultats mitigés pour ne pas dire les échecs récoltés par les pays pauvres, situés pour la plupart en Afrique Sud saharienne dans leur tentative d’atteinte des Objectifs du Millénaire pour le Développement. On rappelle, à ce sujet sur les huits objectifs visés, deux seulement ont pu être atteints  à l’horizon 2015 à savoir promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes ainsi qu’assurer un environnement humain durable. Les six OMD qui n’ont pas pu  être atteints sont : éradiquer à l’extrême pauvreté et la faim; assurer à tous l’éducation primaire; réduire la mortalité infantile; améliorer la santé maternelle; combattre le Vih/sida et autres maladies; construire un partenariat mondial pour le développement.

La Côte d’Ivoire, le Burundi et l’Ouganda en première ligne

Plusieurs bailleurs de fonds, dont la Banque mondiale, le Fonds
Monétaire International, la Banque Africaine de Développement ainsi
que plusieurs agences du système des Nations Unies, séduits par le
Saemaul Undong, dans son volet consiste à impulser le développement
des pays pauvres à partir des milieux ruraux, sous le régime de
l’autoprise en charge, vont ainsi s’appuyer sur ce concept pour les
conduire vers l’atteinte des Objectifs du Développement Durable (ODD).
D’aucuns pensent qu’il s’agit de la dernière chance accordée à ces
pays pour permettre à leurs populations de sortir de la précarité.

Pendant que certains Etats africains hésitent, la Côte d’Ivoire, le
Burundi et l’Ouganda se sont positionnés en première ligne pour
constuire de nouveaux villages selon le modèle sud coréen. A cet
effet, le président ivoirien Alassane Ouatara a tout simplement crée
l’Anader (Agence Nationale pour Développement Rural), qui a déjà
recensés plus de huit mille villages susceptibles d’expérimenter le
Saemael Undong. Plusieurs cadres de ce service public suivent
présentement une formation ad hoc à Séoul. Au bureau de l’ANADER,
c’est le vice-président de la République qui est chargé de piloter
tous les programmes en rapport avec le Saemaul Undong, dont un chargé
de communication et relations publiques. En Ounganda, c’est le
président Museveni en personne qui assure le suivi des initiatives de
nouveaux villages modèles. Sept hauts fonctionnaires participent à une
formation spéciale en Corée du Sud, où la RDC est representée par cinq
fermiers qui appliquent le concept Saemaul Undong au plateau des
Bateke depuis 2012 ( village Kitshini vers Bita), le long de la
rivière Tshuenge à Masina ainsi qu’à Cecomaf/Kimbanseke. Il y a aussi
un fonctionnaire du mystère de l’Agriculture et un professionnel des
médias.
Ce que les paysans congolais attendent des pouvoirs publics, ce n’est
pas un budget permanent, ce qui est contraire à l’esprit de nouveaux
villages, mais un accompagnement logistique et technique ( routes
asphaltées, machines agricoles, protection des sites contre les
prédateurs terriens, semences, engrais, agronomes, forages d’eau
potable, électrification rurale avec panneaux solaires, centres de
santé, écoles, etc).  Nombre de formateurs coréens sont convaincus que
si le grand Congo, avec ses immenses espaces arables, ses cours d’eau
et ses ressources humaines, prend à coeur le Saemaul Undong, il
pourrait devenir, en moins de trente ans, une puissance agricole et
économique mondiale, retrouver sa croissance des années 60’. Mais,
pour ce, il faut une forte volonté politique et un réel changement de
mentalités. Les gouvernants  actuels devraient éviter des slogans
creux du genre «Salongo alinga mosala, Moto na moto abongisa,
Revolution- comparaison, Objectif 80, Rien ne sera plus comme avant,
Tout va changer… tout doit changer» qui fasaient croire que le pays
avançait dans la voie du progrès alors qu’il cheminait vers le gouffre
de l’endettement et de la pauvreté, à cause du gaspillage de ses
ressources par une minorité de jouisseurs.
Pourtant, au retour de Mobutu de la Chine de Mao, en 1972, le
«Salongo», qui se voulait la copie de l’espirt de Yukong devait se
muer à un véritable hymne au travail, fer de lance du progrès
économique et social.

Il est également dommage que, plus près de nous, le concept de
l’autoprise en charge lancé par Mzee Laurent-Desiré Kabila ait
curieusement rejoint le «Salongo» au musée de l’histoire. Pourtant, à
un moment donné le Service National avait suscité beaucoup d’espoir
dans la voie de l’autosuffisance alimentaire.
Jacques Kimpozo Mayala, envoyé spécial à Séoul

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