Ancien Conseiller Spécial du Maréchal Mobutu ; Ngbanda « Terminator » est mort au Maroc

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Né le 5 mai 1946 à Lisala, dans la province actuelle de la Mongala, avant l’éclatement de l’ex-Equateur en cinq entités (Equateur, Tshuapa, Mongala, Nord-Ubangi et Sud-Ubangi), Honoré Ngbanda Nzambo ko Atumba est décédé hier dimanche 21 mars 2021 à Agadir, sur la côte Atlantique Ouest du Maroc, à l’âge de 75 ans. Comme par hasard, c’est également dans ce pays que s’était , le 7 octobre 1997, le Maréchal Mobutu Sese Seko, Président de la  République du Zaïre (actuellement République Démocratique du Congo) du 24 novembre 1965 au 17 mai 1997.

            Le défunt était un technocrate à plusieurs casquettes, avant de se découvrir, pendant ses années d’exil, de 1997 à 2021, l’âme de politicien au sein d’un parti fondé également loin du pays : l’APARECO (Alliance des Patriotes pour la Refondation du Congo). Selon son curriculum vitae, il avait fait ses études primaires chez les missionnaires de Scheut de Roby, dans l’ex-Equateur, avant d’aller terminer ses humanités au Petit Séminaire de Bolongo, dans la même province.

            Après le secondaire, il avait poursuivi son cursus académique à l’Université de Kinshasa, où il était sorti licencié en philosophie avec « Distinction ». Il avait bouclé la boucle à l’Université de Louvain avec un titre de Doctorat. Recruté plus tard par les « services », il avait gravi les échelons jusqu’à devenir, en 1985, Administrateur Général du CND (Centre National de Documentation), l’actuelle ANR (Agence Nationale de Renseignements). Conseiller politique du Maréchal Mobutu en 1990, Ministre de la Défense dans le gouvernement mort-né d’Etienne Tshisekedi en 1991 suite à l’affaire de la biffure, par le précité de son acte de prestation de serment, dans ceux de Mungul Diaka (un mois environ) et celui de Jean de Dieu Nguz-a-Karl-i-Bond, il allait se retrouver comme Conseiller Spécial en matière de sécurité du Maréchal Mobutu après la chute de l’équipe Nguz en août en août 1992, remplacée par celle de l’élu de la CNS (Conférence Nationale Souveraine), Etienne Tshisekedi.

Les « Faucons »

du Maréchal Mobutu

            Dans le contexte de la démocratisation à double vitesse de l’ex-Zaïre, après le discours historique du Maréchal Mobutu le 24 avril 1990 à N’Sele, proclamant la fin du monopartisme et par ricochet le « décès » du MPR/Parti-Etat (Mouvement Populaire de la Révolution), deux tendances s’étaient dessinées dans le pré-carré du « Président-Fondateur » : les « Colombes » et les « Faucons ». Les « Colombes » étaient reconnues comme les collaborateurs du Président perméables à l’idéal du changement, dans le respect de ses titres et de sa dignité.

Quant aux « Faucons », ils étaient étiquetés comme des personnages acquis au statu quo, allergiques à tout changement de gouvernance au sommet de l’Etat et prêts à faire arrêter, torturer et même tuer leurs compatriotes qui pensaient que l’époque de la dictature était révolue.

            Honoré Ngbanda était malheureusement épinglé comme un « Faucon » irréductible, finalement surnommé « Terminator » sous le régime de la terreur intervenu peu après 1990. Il lui était imputé, à tort ou à raison, plusieurs bavures des services spéciaux, notamment les enlèvements des politiciens et éliminations physiques, des activistes de la société civile et les plasticages des entreprises de presse par des « commandos » invisibles baptisés « Hiboux », entre 1990 et 1997. Leur spécialité était de frapper leurs cibles avec la complicité de la nuit.

            On attribue également à Ngbanda, alors ministre de la Défense, le massacre des chrétiens, le 16 février 1992, pour avoir eu le tort de marcher pacifiquement pour exiger la réouverture de la Conférence Nationale Souveraine, « fermée avec force » un mois plus tôt par le Premier ministre Nguz.

C’est également Ngbanda qui était pointé du doigt lors de la mise sous scellés de la Primature par les forces de l’ordre et de sécurité, en 1991, lorsqu’Etienne Tshisekedi avait pris la décision de « démonétiser » la coupure de « 5 millions de Zaïres », dont des cartons étaient consignés dans des résidences des proches du Maréchal et des privés, avant même leur émission par la banque centrale. C’était pour créer l’hyperinflation et torpiller le programme de relance économique lancé par l’« Elu de la CNS ». La tentative de Tshisekedi d’y accéder s’était soldée par un bain de sang, signé par la « soldatesque de Mobutu », comme on l’appelait.

            Comme face, la RDC vient de perdre une personnalité ayant évolué comme le fidèle des fidèles du Maréchal Mobutu, prêt à mourir pour la conservation de son pouvoir. Mais côté pile, les témoins de l’histoire immédiate de l’ex-Zaïre et surtout des dernières années de règne de Mobutu gardent de lui le souvenir d’un planificateur des basses besognes.

                                                                                   Kimp

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