Agents fictifs dans les services publics de l’Etat : Fonction publique, armée et police, l’audit général réclamé

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Il a fallu un matin que souffle à grandes rafales le vent de l’alternance politique en RDC, pour que les dossiers sales de l’ancien régime puissent apparaitre enfin au grand jour, et surprennent l’opinion publique. Avec l’avènement de Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo à la tête de l’Etat, c’est le scandale des arriérés de salaires impayés depuis des décennies dans des ministères et des entreprises publiques, qui dévoile ses secrets.

            Aujourd’hui l’on découvre avec indignation,  que la mauvaise gouvernance au sein de la Fonction publique, était l’arbre de la forêt qui cachait de nombreux réseaux de détournement de deniers publics. Avec de faibles rémunérations qui requéraient des augmentations par paliers sous la bannière du fameux et mythique «  Barème de Mbudi », certains cadres de l’Administration publique s’étaient organisés pour infiltrer des fictifs en quantité industrielle, sans tenir compte des besoins réels en effectifs humains dans les différents services publics de l’Etat. A travers ce système, ces cadres chargés de la gestion des ressources humaines, très réguliers à leurs postes de travail, surprenaient par leur conscience patriotique et leur assiduité au travail. Même par temps pluvieux, ils préféraient se mouiller pour ne pas manquer de marquer leur présence aux bureaux.

            Que des milliers de fonctionnaires aient débraillé sous la pression des syndicalistes, séchant le travail, pour arracher ne fut-ce qu’une petite amélioration de leurs conditions sociales, ces « cadres » agissaient à contre-courant en étouffant les revendications des masses laborieuses, au point que les grognes sociales intermittentes avaient fini par s’essouffler ! On ne comprenait donc pas pourquoi confrontés tous aux salaires de misère qui ne couvraient que les frais de transport, ces « cadres » jouissant de certains avantages, brillaient par une conscience professionnelle proche d’un militantisme débordant de l’époque du Parti-Etat. Ils étaient presque tous gros et gras, affichant l’embonpoint et se livraient tous les week-ends aux orgies qui ressemblent aux fêtes de fin de l’année. Dans leurs prodigalités, les autres roulaient carrosse, sans évoquer la gestion d’un important harem de copines et de concubines dont quelques-unes étaient savamment infiltrées dans les services publics de l’arrière-pays. Là où rarement est effectué le contrôle physique des agents de l’Etat, à cause de l’enclavement de certaines localités et de certains territoires.

Objectif : récupérer le reliquat et la repartir aux agents actifs

            Avec ce système, les rangs de l’Administration publique étaient composés en réalité, comme on peut s’en rendre compte, de deux catégories des fonctionnaires. Ceux d’en haut et ceux d’en bas. Ceux d’en haut représentant la minorité étaient considérés comme les privilégiés. Chacun de ces « cadres » percevait à lui tout seul, les salaires de vingt voire quarante agents, tandis que les agents d’en bas constituant la majorité, se contentant de leurs « primes modiques » et croupissant dans la misère, sont les mécanisés, « les mal-aimés », qui figurent dans les listings de paie, après avoir passé avec succès le contrôle physique, obtenu la carte biométrique, ainsi que la délivrance de la carte bancaire. Et il y a enfin,  les fantômes qui par centaines ou par milliers, peuplent les parages de services de l’Etat, inconnus de la direction des actifs de la Fonction publique et qui attendent impatiemment la sortie des arrêtés de recrutement et d’affectation dans les bureaux, les divisions et les directions de différents ministères. Comme sortis d’une expédition de survie en montagne, ils broyent du noir pendant des années, sans espoir de trouver une solution à leur problème.

            De cette affaire de la découverte des milliers de fictifs qui a éclaté au ministère de la Santé, et de milliers d’autres agents non mécanisés et donc non pris en compte, il y a urgence pour le gouvernement en place ou à venir et ses organes de contrôle que sont l’Inspection générale des Finances et la Cour des comptes, de diligenter en toute urgence, un audit général en matière de gestion dans les différents services et institutions de l’Etat.

            Sans être devin, on peut être sûr que de cet audit, on pourra détecter des milliers de fictifs et si les brèches sont colmatées, l’Etat pourra rassembler une grande cagnotte que l’on pourra reverser aux agents actifs qui continuent à faire tourner la machine de l’Administration publique.     

            Pour inaugurer une ère nouvelle de bonne gouvernance, ce contrôle doit toucher les Forces armées de la RDC et la Police nationale congolaise, en commençant par les gouvernorats, les services de gouvernements provinciaux et les communes sur toute l’étendue du pays. Il y a de curieux qu’avec les spéculations alimentées déjà dans le cadre de la remise de l’ordre dans la gouvernance, il s’observe une certaine agitation à la tête de la plupart des entités politico-administratives jadis gérées comme des biens sans maîtres. Gare aux gestionnaires qui prétexteront des missions à l’étranger ou simuleront des hospitalisations de complaisance pour échapper aux audits qui risquent de créer de tsunamis dans la territoriale ou dans le Portefeuille de l’Etat !

        J.R.T.

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