Afrique : l’alternance démocratique, connais pas !

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Les théories politiques conçues et élaborées par des penseurs et des hommes d’Etat d’autrefois et d’aujourd’hui font école. C’est le cas notamment de celle relative à la conquête et la conservation du pouvoir. Cette théorie est souvent galvaudée, exploitée abusivement par des politiciens machiavéliques, pour qui la politique est l’art de tromper les hommes, de dominer les autres, de s’enrichir par tous les moyens, de se maintenir au pouvoir envers et contre tous. Universellement répandu, le concept de conquête et de conservation du pouvoir ne doit pas être considéré comme parole d’évangile. Il mérite réflexion et débat. Les méthodes de l’application de ce concept ne sont pas déterminées. Théoriquement et selon le bon sens, il doit s’agir de la conquête et de la conservation du pouvoir par les voies démocratiques. Ce n’est pas pratiquement ainsi dans certains pays de la planète, notamment en Afrique. Les voies démocratiques utilisées sont sujettes à caution, et correspondent à l’art de tromper le peuple, de dominer les autres, de s’accrocher au pouvoir. La conquête et la conservation du pouvoir se font par des procédés douteux. Corruption, fraudes électorales, élimination physique des adversaires politiques. C’est la conservation dictatoriale du pouvoir, incompatible avec l’alternance démocratique.

La conquête du pouvoir par les voies démocratiques suppose l’obtention d’un mandat électif dont l’exercice se traduit par l’exercice du pouvoir pour un temps déterminé. Dès que ce mandat expire, on s’efface. Il en est de même si ce mandat est reconduit démocratiquement. Si ces règles ne sont pas respectées, l’alternance au pouvoir est impossible. C’est la dictature caractérisée par la confiscation des rouages de l’Etat par un individu ou un groupe d’individus recourant à des intrigues et à des élections truquées. En démocratie, le pouvoir est exercé pour une durée déterminée. On ne peut pas le garder éternellement ou à vie. L’alternance démocratique suppose le départ des uns à la fin de leur mandat, et leur remplacement par d’autres personnes que le peuple investit de sa confiance. L’auteur de cette théorie « conquête et conservation du pouvoir » ne pouvait s’imaginer l’abus qu’en feraient les humains.

On accède au pouvoir par la violence, et peu après on le fait légitimer par un simulacre d’élections. Enivré par les délices et la volonté de puissance, on utilise la manière forte et la ruse pour conserver ce pouvoir usurpé. Si ceux des citoyens qui se font passer pour partisans de la démocratie s’aventurent à renverser la vapeur, ils sont traités d’agents subversifs passibles de guillotine. Le pouvoir n’est plus une émanation de la volonté populaire que par dérision. Les portes de l’alternance démocratique sont barricadées. Tous les moyens sont bons pour s’assurer de la conservation du pouvoir.

Un abîme entre la dictature et la démocratie

Sans que s’en rendent compte les tenants de la pensée unique, le blocage de l’alternance démocratique est aussi une source de complications politiques déstabilisantes des institutions. Des gens frustrés et désespérés ne peuvent s’empêcher de recourir à des solutions extrêmes et dangereuses.

Il est clair que la conservation du pouvoir par la manière forte ne porte pas bonheur. Seule l’alternance démocratique consolide la paix, la sécurité et le développement du pays dans l’intérêt du plus grand nombre. L’alternance est un beau rêve dans les démocraties de façade où les chefs d’Etat demeurent au pouvoir à vie, comme si leurs pays étaient des monarchies de droit divin et eux-mêmes  des monarques. On remarque qu’il y a un conflit réel préjudiciable à l’avancement de la démocratie entre la conservation arbitraire du pouvoir et l’alternance démocratique. Un mandat politique électif limité dont la conservation devient indéfinie par des manœuvres politiciennes équivaut à l’usurpation de pouvoir. Des deux choses l’une : ou bien on est dans la dictature où l’on garde jalousement son pouvoir, ou bien on est dans la démocratie où l’on doit savoir se retirer au terme de son mandat pour faciliter l’alternance.

Jean N’Saka wa N’saka

 

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