Affaire Thambwe Mwamba – Goya : grave malaise au Sénat

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Crise sanitaire, crise de moralité. En plein confinement, une séance du Sénat congolais a levé un coin de voile sur un débat d’éthique de cette chambre du Parlement congolais. La moralité souvent reléguée dans les divers ou les réunions du Bureau, s’est invitée à l’ouverture de la session de mars. En effet, devant répondre à une question sur les comptes des travaux de réhabilitation du Sénat posée par la sénatrice Bijoux Goya Kitenge au président Alexis Thambwe Mwamba, ce dernier a piqué un coup de colère qui l’a conduit à déballer séance tenante sa collègue. La salle s’est enflammée, les sénateurs se sont emportés et les réseaux sociaux se sont emballés. Au-delà de l’onde de choc, tous les parlementaires et sénateurs soutenant la cause de la femme ont exigé au président du Sénat, des excuses publiques à la sénatrice qui s’est sentie «  dénudée » dans ses démarches à briguer un poste juteux au Bureau de la chambre des sages.

                  La lecture que l’on peut faire de cette affaire est qu’elle offre plusieurs enseignements sur la moralité au sein du Parlement congolais. Nonobstant des questions sur la méthode utilisée par Thambwe Mwamba pour renvoyer aux études Bijoux Goya, il y a lieu d’épingler les problèmes d’accès des membres de l’hémicycle à certains postes du Bureau. Comment accède-t-on à certaines responsabilités parlementaires ? Quels sont les contacts secrets, les «  parrainages » politiques et les dessous avec des cadeaux en espèces et en nature non souvent dévoilés, des pressions de toutes parts orchestrées par les intermédiaires ou autres entremetteurs ?

                  Est-ce la première fois que ce genre des méthodes tant décriées sont mises en œuvre sur la scène politique congolaise en général et au Parlement congolais, en particulier ? N’a-t-on pas dénoncé en son temps, comment les mamans se compromettaient pour accéder aux postes de responsabilité sans tenir compte de la méritocratie ? Combien des chèvres étaient exigées pour arracher un poste juteux ? A-t-on oublié que pour faire régulièrement partie de la délégation des parlementaires congolais invitée à visiter le parlement partenaire de l’Assemblée nationale, les députés se battaient pour être les «  proches » du président ? Et que dire si certains citoyens parvenus à l’hémicycle s’exclamaient sans pudeur que l’heure pour se faire du fric avait sonné ?

                  Personne n’oublie les députés qui reniaient leurs signatures à coup d’espèces sonnantes et trébuchantes. Combien des parlementaires terminaient leurs mandats sans ouvrir une seule fois la bouche, même pour tousser, lors de sessions ordinaires ? Combien n’entreprenaient aucune descente dans leurs circonscriptions électorales depuis leur élection, pour dialoguer avec leurs électeurs et enregistrer leurs doléances ? Combien ne dormaient-ils pas lors des débats sur des projets de lois, bercés par la fraicheur des puissants climatiseurs de la salle ?

                  Quelles sont leurs principales missions ? C’est ici le lieu de dénoncer les absentéistes, invisibles lors des sessions et qui sont omniprésents dans des voyages d’affaires et aux guichets de banque pour toucher leurs émoluments. Crise sanitaire, crise de mœurs.           

                  Cette coïncidence nous replonge étrangement dans l’affaire de Ma Mimi Muyita qui a créé un grand scandale dans le Kongo central.  Comme on peut s’en rendre compte, la moralité est tombée dans les fonds abyssaux au point d’éclabousser des institutions républicaines respectables. L’Assemblée nationale et le Sénat n’ont pas encore fini de nous servir des séries des genres Novelas et Zee Magic.  Les règlements intérieurs ont beau être adoptés par les deux chambres du parlement, mais les dérapages et autres abus de langage et de comportements sont commis régulièrement.

                  Et si l’on procédait à la cotation de chaque député ou sénateur, sur son rendement législatif, sur ses réalisations en faveur de la population, combien ne seraient pas recalés ? C’est peut-être à la suite de l’absentéisme des uns, et de l’inactivité des autres que chaque législature enregistre de nombreux arriérés législatifs, alors que tous avaient bénéficié de leurs émoluments et ceux de leurs assistants.

                  Crise sanitaire, crise des mœurs. Il est temps que le Parlement congolais fasse une autocritique sur des questions de moralité qui ternissent l’image de marque de nos deux chambres. Il est plus que temps de désinfecter les bâtiments, mais aussi les mœurs au sein de ces deux institutions.

Qui dit mieux ?                                                                            J.R.T.     

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