Affaire lac Tchad-Oubangui : la guerre de l’eau

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Au Sommet de la CEMAC sur le lac Tchad organisé à Ndjamena du 31 octobre au 1er  novembre 2010, où l’on a noté la présence de plusieurs chefs d’Etat de l’Afrique du Centre, de l’Ouest et du Nord, dont Mouammar Kadhafi de Libye, autour de leur homologue Idris Deby, la résolution la plus attendue était celle relative à l’obligation de sauver cette « mer intérieure » par le recours aux eaux de la rivière ou fleuve Oubangui. Présente à cette réunion, la délégation congolaise a marqué sa solidarité avec les Etats et peuples dont le futur s’annonce sous de perspectives très sombre dans l’hypothèse de la « mort » définitive du lac Tchad.  

            Selon des informations en circulation dans les chancelleries africaines, la RDC aurait marqué son accord de principe au projet de captage des eaux de la rivière Oubangui en vue de leur canalisation en direction du territoire tchadien. De nombreux congolais vivant au pays comme ceux de la diaspora, très intéressés par le dossier, participent depuis peu à un débat animé, sur le net comme dans des fora organisés à Kinshasa comme à l’étranger, autour de la question.

Les Congolais sont fort divisés au sujet aussi bien de l’opportunité et des conséquences, positives ou négatives, de cette opération. Pour les uns, le pays a grandement besoin de ressources additionnelles pour son développement et la manne de l’eau douce, autrement appelée « or bleu » dans les milieux financiers internationaux, serait la bienvenue. Les tenants de la thèse de la vente, par la RDC, en partenariat avec la République Centrafricaine et le Congo/Brazzaville, de l’eau de l’Oubangui au Tchad, ne voient pas de risque majeur dans le transfert d’une partie des eaux de l’Oubangui vers le lac Tchad.

D’autres compatriotes, par contre, craignent des lendemains difficiles pour les autochtones de la province de l’Equateur dont les activités de subsistance, notamment la pêche, la chasse et l’agriculture, pourraient connaître un frein brutal à plus ou moins brève échéance. Tous les Congolais qui s’opposent à l’initiative du président tchadien Idris Deby et ses pairs de la CEMAC affirment, avec force, que le fleuve Oubangui ne saurait supporter la « saignée » que l’on voudrait bien pratiquer sur ses eaux. La conséquence la plus redoutée de cette situation serait la baisse sensible du niveau de ses eaux et leur impact négatif sur le débit du fleuve Congo.

            Ils vont jusqu’à soutenir que le site du barrage hydroélectrique d’Inga subirait fatalement le contrecoup de la perte, par l’Oubangui, d’une partie non négligeable de son potentiel halieutique.

            L’autre facteur évoqué par les anti-CEMAC réside dans la baisse continue de la pluviométrie dans la partie Nord et Est de la République Démocratique du Congo, où les saisons sèches deviennent plus longue que d’habitude et où les saisons de pluies paraissent plus courtes qu’avant. On fait état de l’avancée lente mais irréversible du désert du Sahara vers le territoire congolais. Phénomène jugé lointain il y a quelques décennies, le désert campe désormais au Soudan voisin.

            En principe, les décideurs congolais devraient prendre les avis des experts des questions de l’eau et de l’environnement pour examiner toutes les facettes d’une opération perçue de plus en plus comme à hauts risques pour notre pays. 

Oubangui : un vieux projet 

            Le projet visant le détournement d’une partie des eaux de l’Oubangui vers les pays du Sahel ne date pas d’aujourd’hui. Dans le passé, sous le régime de Mobutu, il avait fait l’objet de vives pressions africaines et internationales sur le pouvoir en place à Kinshasa. La difficulté, comme aujourd’hui, résidait dans les conséquences d’une telle opération, jugées fort périlleuses pour ce cours d’eau et les populations de l’ex-Zaïre.

            Au finish, il était proposé une solution de rechange, à savoir le captage de l’eau du fleuve Congo à l’embouchure, avant qu’elle ne se déverse et se perde dans l’Océan Atlantique. Coûteuse, cette alternative n’a jamais enchanté ni les pays du Sahel, ni ceux du Moyen-Orient. 

Le « Pipe-line » de Salomon 

            L’idée de la construction d’un long pipe-line devant amener les eaux du fleuve Congo jusqu’au Moyen-Orient, plus précisément en Israël, avait largement fait du chemin dans les années’80, sous le régime de Mobutu. Baptisé « Pipe-line de Salomon », cette conduite d’eau douce était présentée comme le remède à la cohabitation conflictuelle entre pays arabes et l’Etat hébreu dans cette partie du monde. De l’avis de nombreux analystes de la géopolitique internationale, le conflit armé du Moyen-Orient avait pour soubassement la lutte pour le contrôle de l’eau douce.

            Très chaud au départ, dit-on, le gouvernement zaïrois de l’époque avait levé le pied sur le plancher à partir de l’introduction, dans l’affaire, de la notion de l’eau comme don de la nature et donc « patrimoine universel » non commerçable. Il était alors promis à l’ex-Zaïre le financement des projets sociaux tels que les écoles et les hôpitaux en guise de compensation de l’eau douce à fournir gratuitement à plusieurs Etats du Moyen-Orient ainsi qu’aux pays à traverser par le « Pipe-line de Salomon ».

            A l’époque, plusieurs suggestions étaient avancées quant au point de captage de l’eau du fleuve Congo, que les uns situaient au niveau de Kisangani, les autres à celui de Mbandaka, de manière à ne pas perturber le débit de ce grand cours d’eau.

Mais les observateurs les plus sceptiques avaient mis les autorités de l’ex-Zaïre en garde contre l’impact négatif d’une telle opération sur le fleuve Congo et ses affluents en amont, et sur le barrage d’Inga en aval.

                                   Kimp.

 

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