Affaire du meurtre de l’AG de Vijana :l’étau se resserre autour de Dolly Makambo et son chauffeur

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Hier mercredi 13 novembre 2019 au Nouveau Palais de Justice, dans la commune de la Gombe, la Haute Cour Militaire a poursuivi l’instruction de l’affaire opposant Dolly Makambo, ministre provincial de l’Intérieur et sécurité pour la ville de Kinshasa, et consorts, au ministère public et à la partie civile constituée de la famille de l’Administrateur gestionnaire du Centre de Santé Vijana, feu Belvis Kuku Ilo.

            Pour la circonstance plusieurs projections de la vidéo du meurtre ont été faites à l’intention des juges et des parties, afin de leur permettre de savoir ce qui s’est réellement passé le mercredi 30 octobre 2019 au site de cette formation médicale, au croisement des avenues Nyangwe et ex-24 novembre, dans la commune de Lingwala.

            Mais, avant d’entrer dans le vif de l’instruction, la Haute Cour Militaire a rendu un jugement avant dire droit sur la demande de la mise en liberté provisoire du prévenu Bakatshuraki Kavusaa Semey (alias Paluku) sollicitée la veille par ses avocats. Compte tenu de son statut de prévenu en détention et des soupçons de son implication dans le meurtre de l’AG du CS Vijana, cette demande de mise en liberté provisoire a été rejetée.

            Après cet épisode, les juges ont exhumé le dossier de l’arme utilisée par le meurtrier, toujours en fuite, et ramassée sur le lieu du crime par le renseignant Iyoki, qui l’avait par suite remise au général Sylvano Kasongo, commissaire provincial de la police pour la ville de Kinshasa. Et, c’est auprès de cet agent du Centre de Santé Vijana que l’officier du ministère public l’a récupérée.

            Devant cette observation, les avocats de la République ont demandé aux juges de modifier le statut du renseignant Iyokii en le transformant purement et simplement en prévenu. Aussitôt après, la défense s’est empressée de s’aligner sur cette thèse, soupçonnant Iyoki d’être le meurtrer de son supérieur, bien que le précité ne soit ni policier, ni militaire.

            Intervenant sur le même sujet, le Conseil de la partie civile a considéré cette proposition comme une fausse piste destinée à couvrir le vrai meurtrier et ses parrains. L’officier du ministère public a abondé dans le même sens.

            Après avoir entendu toutes les parties, les juges ont promis de se prononcer sur le sort d’Iyoku lors de l’audience de ce vendredi 15 novembre.

            L’autre renseignant appelé hier à la barre était Lulendo, l’un des laborantins du Centre de Santé Vijana. On rappelle que l’intéressé avait fait l’objet de menaces, en date du 23 octobre 2019, de la part du chauffeur de Dolly Makambo, entendez le prévenu Serge Kamanda et les policiers placés dans ce site par le ministre provincial de l’Intérieur.

            S’exprimant en lingala, Il a fait son récit à peu près en ces termes : «ce jour-là (30 octobre), j’ai vu la même jeep entrer dans l’enceinte de la concession de l’hôpital avec le même chauffeur. A l’intérieur, il y avait 4 policiers. Pendant ce temps, les médecins étaient en réunion. J’ai vu le médecin-directeur debout et l’Administrateur gestionnaire titulaire à ses côtés. Je me suis approché d’eux et je leur ai demandé ce qui se passait. Sa réponse était que nous constatons tous ce qui se passe. 

            Et, il est allé vers les maçons en leur disant : «à l’époque du gouverneur Kimbuta, les autorités sont venues et toutes les constructions ont été suspendues. Directement, j’ai vu le chauffeur Kamanda et les policiers me menacer. J’ai vu le chauffeur me saisir pour m’amener vers la jeep. Les gens sont venus intervenir et j’ai été relâché’’, a-t-il conclu.

Faisant un petit commentaire du triste événement du 30 octobre, il a indiqué sur base des images diffusées, il était habillé en chemise verte et pantalon orange. Et c’est lui qui avait retiré l’AG du véhicule d’escorte de Dolly Makambo.

 Il a également rappelé qu’en date du 30 octobre, il était de service, et qu’il avait vu une jeep arriver avec des policiers en tenues et deux autres en civil. Après quelque temps, c’étaient des menaces à l’endroit de l’Administrateur gestionnaire du Centre de Santé Vijana. A l’en croire, c’est le chauffeur de Dolly Makambo qui avait pris le précité pour l’amener vers la jeep. Face à cette situation, il s’est précipité pour aller fermer le gros portail de l’hôpital, afin d’empêcher la sortie du véhicule avec l’AG Belvis Kuku.

            Mais pendant qu’il s’affairait à fermer le portail, il a entendu les crépitements de deux balles. Il s’est mis aussitôt à crier ‘’Ba bomi mutu…’’ (On a tué quelqu’un). Et les gens sont sortis en masse. Et, au même moment, il a vu les policiers en tenues comme en civil sauter le mur de la clôture et s’enfuir.

            Dans cette confusion, le corps de l’AG Belvis Kuku était abandonné, inerte et couvert de sang, dans le véhicule de l’escorte du ministre Dolly Makambo. Et, les gens sont venus le sortir de là. Peu après, c’était un concert de pleurs au niveau du personnel médical et administratif.

            Les juges et les avocats des deux parties lui ont demandé s’il avait vu d’autres personnes extérieures au centre médical sur le lieu du crime. Il a répondu n’avoir vu que des médecins autour du mort. Après la projection de la vidéo, on lui a demandé s’il reconnaissait un monsieur en blouson. Il a répondu par l’affirmative et précisé qu’il s’agissait d’un médecin du centre. Et, l’homme en chemise blanche ? « C’est l’un de nos agents », a-t-il indiqué.

            Le prévenu Kamanda a été appelé à son tour à la barre pour donner son avis sur le récit du laborantin Lulendo, et dire si c’était vrai ou faux. Il a tout rejeté en bloc, soutenant que le 22 octobre, il n’avait pas travaillé, car c’était le jour de son anniversaire. Il était très fatigué après s’être amusé avec ses amis la veille.

            Questionné à nouveau, le laborantin Lulendo a persisté et signé que c’est le chauffeur Kamanda qui l’avait brutalisé, en date du 23 octobre, pour l’amener dans la jeep du prévenu Dolly Makambo, où il y avait plein de policiers.

            Appelé à dire si c’est le policier Ekanga Nyama, en fuite, qui avait tiré sur l’Administrateur gestionnaire du Centre de Santé Vijana, il a soutenu qu’il était incapable de donner la moindre indication à ce sujet. Et, il a continué à affirmer qu’Ekanga Nyama était arrivé sur le lieu du crime seul, en moto.

            Suite aux propos tenus par les avocats de la défense, selon lesquels l’officier du ministère public cherchait à inculper leurs clients, sans preuves, pour des actes qu’ils n’avaient pas posés, ce magistrat a réagi en soulignant qu’il n’était pas là pour inventer la roue. Il a souligné, à leur intention, qu’il était occupé à réunir toutes les pièces du puzzle avant d’établir, le moment venu, la culpabilité de chaque prévenu. Selon lui, la défense n’avait rien à perdre à attendre.

            Une fois les débats clos, l’affaire a été renvoyée à ce vendredi 15 novembre 2019 à 09h00.   Dorcas NSOMUE

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