Affaire Chebeya : le major Paul Mwilambwe veut témoigner !

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 « J’ai assisté moi-même à cette tragédie, personne ne me l’a dit. L’équipe d’exécution était composée du colonel Daniel Mukalay, du major Christian Ngoy Kengakenga et 8 policiers du bataillon Simba parmi lesquels Jacques Mugabo. (…) Dans la nuit du 04 au 05 juin 2010, le major Christian Ngoy, mon ami de longue date, m’a appelé dans sa chambre l’a trouvé en train de pleurer en marmottant : ‘‘je vais vous livrer quelques secrets, Numbi m’a induit en erreur en tuant Chebeya’’». Ce témoignage accablant du major Paul Mwilambwe, condamné à mort par la Cour militaire au 1er degré et recherché par la justice congolaise pour le double meurtre des activistes Chebeya et Bazana, a été porté pour la première fois au public congolais dans ses détails, le vendredi 10 août 2012, au cours d’un point de presse animé au siège de l’ONG « les Amis de Nelson Mandela pour la défense des Droits Humains »(ANMDH), par le collectif des ONG de défense des droits de l’homme de la RDC.

 A travers son porte-parole du jour, Robert Ilunga Numbi, ce collectif a présenté de manière détaillée la version du major Paul Mwilambwe, commissaire de la Police nationale congolaise(PNC) toujours en fuite, sur l’assassinat de Floribert Chebeya et de son compagnon Fidèle Bazana, le 1er juin 2010 à Kinshasa. «C’est pour couper court à ce doute et aux critiques malveillantes à l’endroit du journaliste Thierry Michel, auteur du film ‘‘ L’affaire Chebeya, un crime d’Etat ?’’, que nous tenons à informer l’opinion sur ces révélations faites aux ONG des droits de l’homme nationales et internationales, aux instances des Nations-Unies et aux journalistes», a-t-il indiqué.


 En effet, Paul Mwilambwe Londe, marié et père de 4 enfants, était inspecteur adjoint de la PNC/commissaire, et aussi commandant sécurité à l’Inspection générale(IG) de la PNC. « Monsieur Floribert Chebeya est effectivement arrivé à l’Inspection générale de la PNC le 1er juin 2010 aux environs de 16 heures 45 minutes, suite à un entretien téléphonique avec le colonel Daniel Mukalay, qui a chargé le major Christian Ngoy Kengakenga de le recevoir. Avant son arrivée à l’IG/PNC, il a été précédé par le major Christian Ngoy et le colonel Daniel Mukalay, Lorsque le major Christian est arrivé à l’inspectorat général de la Police, il est venu directement dans mon bureau et m’informa qu’il était accompagné d’un visiteur important qui doit rencontrer le général John Numbi. Floribert était conduit à mon bureau par un policier du bataillon Simba qui était commis à la garde, le chef de poste adjudant Ngoy », a indiqué Paul Mwilambwe.


 Puis d’ajouter que dès son entrée dans son bureau, Chebeya a commencé par se présenter et a précisé qu’il avait rendez-vous avec le général John Numbi par le biais du colonel Daniel Mukalay qui l’a appelé au téléphone. « S’ennuyant un peu, Chebeya m’a prié d’appeler le général Numbi au téléphone. Pour le satisfaire, j’ai par contre appelé le colonel Daniel Mukalay que je voyais en bas à travers la fenêtre en train de causer avec papa Christophe Mukalay, car mon bureau est à l’étage du bâtiment. Je lui ai dit que Chebeya avait besoin de lui. Il m’a répondu que je lui dise d’attendre le général qui est en cours de route vers l’IG. Jusqu’à 19 heures, Chebeya était toujours dans mon bureau à l’Inspectorat général de la PNC », rapporte le major Mwilambwe.

«L’ordre venu d’en haut»

 Vers 19h10’, poursuit le témoin, le major Christian Ngoy est entré brusquement, présentant des excuses à Chebeya, lui disant que «le général ne vous recevra pas ici. Il m’a chargé de vous amener à sa résidence». Et directement, Chebeya s’est levé et sorti ensemble avec Christian Ngoy. Il détenait dans ses mains des documents.
 «Au niveau de la réception du bâtiment de l’inspecteur général, j’ai entendu des bruits et le système des caméras de surveillance a déclenché en sonnant deux fois et a commencé directement à enregistrer. Et c’est à travers les caméras que j’ai vu, au bas des escaliers, le major Christian et ses 8 policiers du bataillon Simba en train de cagouler Chebeya avec 4 ou 5 sachets noirs de marque ‘‘VIVA’’ et l’ont ligoté. Ils l’ont mis dans la jeep Defender devant la porte d’entrée du grand bâtiment en direction du parking où le général John Numbi parque son véhicule. Mes caméras enregistraient la scène jusqu’au virage du véhicule vers le hangar.
 A ce moment, j’ai rapidement fermé le bureau et je suis descendu pour suivre la suite. J’ai trouvé dans le hangar le corps de Bazana sans vie et Chebeya continuait à être étouffé avec des sachets plastiques. A la question posée de savoir pourquoi tout ça avec un visiteur du chef, le major Christian me répondra que l’ ‘‘ordre est venu de la hiérarchie’’. Quelques minutes après, Chebeya est mort», a soutenu le major fugitif, tout en précisant que le défunt défenseur de droits de l’homme était habillé en chemise manches longues, col noir, couleur un peu blanche avec des petites lignes, pantalon un peu gris, souliers noirs et lunettes, avec beaucoup de cheveux.


 Insistant par ailleurs sur le fait d’avoir été témoin oculaire de ce meurtre, le major Mwilambwe a rapporté à ses auditeurs qu’au cours de sa longue rencontre avec son ami Christian Ngoy, dans la nuit du 4 au 5 juin 2010, ce dernier lui a dévoilé beaucoup de choses dont le dossier Bundu dia Kongo, l’exécution des ressortissants de l’Equateur, l’assassinat des deux défenseurs des droits de l’homme et l’endroit où ont été enterrés Bazana et autres personnes ressortissants de la province de l’Equateur.
 A l’en croire, il lui a aussi parlé de la prime de 500.000 USD lui proposée dont il n’a reçu que 10.000 USD, d’où sa grande déception et son choix de quitter le pays pour une destination inconnue. « Mais le Rwanda était le pays qu’il a choisi, car son compagnon dans cet assassinat, l’adjudant Jacques Mugabo, est d’origine tutsie du Nord-Kivu et a des connaissances au Rwanda. Je précise que le major Christian Ngoy, l’adjudant Jacques Mugabo et les autres policiers ont été amenés à l’aéroport par la jeep du commandant général John Numbi et embarqués dans un avion JET à destination de Lubumbashi».

«Je suis prêt à témoigner…»

 «Je suis prêt à rentrer à Kinshasa, à condition que ma sécurité soit garantie par la communauté internationale. Je peux aller montrer le lieu où a été enterré Fidèle Bazana…» s’est engagé le major Mwilambwe. Convaincu par ailleurs de l’existence d’un plan visant son exécution en tant que témoin gênant, le policier rappelle qu’il en a tenté de le faire le 14 avril 2011. Malheureusement il a été entendu à l’Auditorat militaire qui ne l’avait pas présenté devant les juges, mais plutôt a préféré le transférer à l’Agence Nationale des Renseignement (ANR) où il devrait être exécuté extrajudiciairement.
 Pour sa part, le collectif des ONG de défense des droits de l’homme a, au regard de ces témoignages, recommandé au Président de la République de veiller à ce qu’il n’y ait pas, pour cette affaire, des personnes intouchables et protégées pour des raisons inavouées. Au Procureur général de la République, il est demandé de veiller à la protection du site où serait enterré Fidèle Bazana.
 Dans le lot des signataires de leur mémorandum, on retrouve ACIDH, ASADHO, FORFEM, ACAJ, SCCD, CDHM, CODHO, VSV, OCDH, etc.


Tshieke Bukasa

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