Accord secret Kinshasa-Kigali ou pas : l’aveu des Rwandais trouble les Congolais

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La révélation des officiels rwandais sur la présence de leurs soldats à Rutshuru, dans le Nord-Kivu, depuis janvier 2009, a jeté un profond trouble dans les esprits de nombreux congolais. L’aveu est d’autant brutal qu’il intervient dans un contexte où le Rwanda continue de nier son appui militaire, logistique et financier aux rebelles du M23, en guerre contre les FARDC (Forces Armées de la République Démocratique du Congo) depuis le mois d’avril 2012.
Que cette occupation prolongée d’une partie du territoire congolais relève d’un accord secret ou pas entre Kinshasa et Kigali, il est difficile de faire foi aux informations officielles en circulation dans les deux capitales au sujet de la situation sécuritaire du Nord-Kivu.
 
L’alerte de la Société Civile du Nord-Kivu ignorée par Kinshasa
 
S’il y a un reproche à faire aux décideurs politiques et militaires congolais, c’est celui d’avoir donné l’impression de ne pas prendre au sérieux les alertes aux bruits de bottes émanant des autochtones du Nord-Kivu. En effet, bien avant le déclenchement de la rébellion du Mouvement du 23 Mars 2009, la Société Civile de cette province avait répertorié une dizaine cas d’assassinats et 18 cas d’enlèvement de civils dans plusieurs territoires et villes signé par des éléments appartenant à des forces négatives, nationales comme étrangères.
Elle signalait aussi des défections en série d’officiers et soldats venus du CNDP (Congrès National pour la Défense du Peuple) des rangs des FARDC. Identifiés comme des éléments rwandophones dans leur majorité, les déserteurs quittaient en réalité l’armée nationale pour se mettre à la disposition du général Bosco Ntaganda, officier supérieur encore en fonctions visé par un mandat d’arrêt international de la CPI (Cour Pénale Internationale) et devenu méfiant à l’égard de ses anciens protecteurs à Kinshasa.
Dans un rapport trimestriel rendu public le 10 mai 2012, soit dix jours après le déclenchement des hostilités par le M23, cette fois sous le commandement du colonel rwandais Ruzandiza alias Sultani Makenga, la même Société Civile en appelait à un prompt réveil de Kinshasa : « Le gouvernement devrait tout mettre en œuvre pour décourager une nouvelle guerre qui s’observe dans le Nord-Kivu », insistait-elle, « en démantelant les groupes armés, en arrêtant ceux qui font la défection au sein de l’armée  et en décourageant tous ceux qui sont en train de déstabiliser la paix et la quiétude  des Nord-Kivutiens ».
Et de poursuivre : « mais aussi, qu’on dote les services et forces de sécurité des moyens conséquents pour sécuriser les populations des territoires et villes de la province ». Il est dommage qu’un tel cri de détresse n’ait pas reçu d’écho en retour au moment opportun. Ainsi, la situation sécuritaire a continué à pourrir dans cette partie de la République. Tant et si bien que lorsque les FARDC ont lancé la contre-offensive, les mutins étaient solidement installés dans leur « jardin », à Rutshuru et ses environs.
Pourquoi n’avait-on pas réagi pendant que le feu de la rébellion couvait encore ? Pourquoi a-t-on laissé au général Bosco Ntaganda et au colonel Sultani Makenga le temps de battre le rappel d’officiers et soldats rwandophones « mixés » dans les différentes unités des FARDC basées au Nord et Sud-Kivu ?
 
Infiltrés rwandais incontrôlables chez les FARDC ?
 
  La question que de nombreux Congolais se posent est de savoir s’il est encore possible de connaître le nombre exact de soldats et officiers rwandais ayant infiltré les FARDC à la faveur des accords du 23 mars 2009 ayant intégré automatique au sein de cet instrument de notre défense nationale. Qui peut certifier que le contingent rwandais cantonné à Rutshuru entre janvier 2009 et août 2012 n’était composé que de 350 soldats ? Qui peut affirmer qu’ils ont réellement retraversé la frontière comme ils étaient venus, avec l’aval du gouvernement congolais, selon la partie rwandaise, ou dans l’anarchie la plus totale, à en croire le porte-parole du gouvernement congolais, qui parle d’une « exfiltration déguisée » ?
Les autorités civiles et militaires congolaises peuvent-elles garantir à nos compatriotes que les ex-combattants du CNDP présumés encore fidèles à l’armée régulière et que l’on est occupé à dispatcher dans les garnisons militaires disséminées à travers le territoire national n’ont pas reçu mission, le moment venu, de nous poignarder de nouveau dans le dos ? Pourquoi cherche-t-on à s’encombrer d’éléments douteux alors que l’armée nationale regorge de milliers d’officiers et soldats réellement patriotes, prêts à sacrifier leur sang pour la défense du drapeau national ?
Il est temps, à la lumière du sombre feuilleton du Nord-Kivu, que la hiérarchie militaire revisite le projet d’accord avec Cobra Matata, ce colonel mutin accusé de renforcer sa milice avec des éléments du M23 en provenance de la province voisine du Nord-Kivu. Si l’on y prend garde, plusieurs régiments des FARDC en formation en Province Orientale risquent de se transformer en « maisons de placement » des soldats et officiers rwandais. Et chacun peut deviner la suite. Les écuries des FARDC doivent être correctement nettoyées au risque de subir de nouveaux coups fourrés
 
                Kimp
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