Abattre Fatshi : pourquoi maintenant ?

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Tout se passe comme dans une pièce de théâtre. Alexis Thambwe Mwamba et Jeanine Mabunda ont pris, le sourire aux lèvres, la grave décision de soumettre 608 députés et sénateurs à la contamination généralisée au coronavirus.  Le macabre événement va se dérouler au Palais du Peuple à l’occasion d’un congrès dont on ignore les vrais ressorts.

            L’annonce de cette rencontre s’est faite de manière incidentielle, au détour d’un entretien accordé à la chaîne de radio Top Congo. « Il s’agit de corriger l’ordonnance du Président de la République qui a décrété un état d’urgence de fait ». Les propos sont de Thambwe Mwamba, un homme trop imbu de lui-même et qui n’a de respect pour personne, même pas à l’égard d’un Chef de l’Etat pourtant élu au suffrage universel direct alors que lui ne l’a été que par une poignée de sénateurs ! Thambwe nous parle d’un état d’urgence de fait alors que toute la nation l’a vu aux côtés de Mabunda, masque couvrant le nez et la bouche, en train d’échanger sur l’état d’urgence destiné à contrer la pandémie de coronavirus.

            Depuis, beaucoup d’eau ont coulé sous les ponts. Le Président de la République a signé une ordonnance décrétant l’état d’urgence conformément aux prescrits de l’article 85 de la Constitution. Le pays est entré en conflit ouvert avec le coronavirus. Il est même aujourd’hui en confinement progressif. Les activités économiques, scolaires, religieuses sont en veilleuse. Partout à travers le pays, la population est soumise à des restrictions dans le seul but de gagner la bataille sanitaire.

            Mais voilà ! C’est au moment où les efforts de tous tendent à conjurer le mauvais sort que les oiseaux de mauvais augure veulent jeter sur notre pays que Thambwe Mwamba et Mabunda sortent du bois pour, manifestement, chercher une crise institutionnelle.

            Les juristes de renom que compte notre pays ont de la peine à comprendre la nature de leur démarche. Leur lecture de la constitution est biaisee et on se demande à juste titre comment ils peuvent conduire un travail de législateurs s’ils ne peuvent pas maintenir la distanciation nécessaire entre les articles de notre loi fondamentale.

            Dénoncé par tous, Alexis Thambwe, le plus extrémiste de tous, annonce que son congrès aura bel et bien lieu. A aucun moment, il ne s’interroge sur la position des 608 élus qui iront siéger au Palais du Peuple et qu’il envoie consciemment à la boucherie. Acceptent-ils de se laisser contaminer ? Si non, quelle stratégie sera utilisée pour les y contraindre ?

L’homme, c’est l’histoire qui témoigne, est un habitué des coups difficiles. On l’a vu à Goma assumer un horrible acte terroriste, après qu’un avion civil de Congo Airlines ait été descendu par un missile « le 10 octobre 1998 dans la périphérie de Kindu. Au micro de Radio France Internationale, il avait tenu des propos qui font froid dans le dos jusqu’à ce jour :

« Nous avons abattu aujourd’hui à Kindu un avion de la compagnie CAL qui vient de Kinshasa. Il y avait à bord une quarantaine de militaires et un armement militaire extrêmement important.

            Nous avons abattu un avion civil, c’est vrai, mais parce que nous avions des informations précises, que des renforts venant de Kinshasa arrivaient à Kindu par un avion civil ».

            Cette version, on le sait, a été démentie preuves à l’appui par la compagnie CAL qui poursuit d’ailleurs Alexis Thambwe devant les tribunaux belges.

            L’ancien sociétaire du RCD/Goma, un mouvement qui avait enterré vivants de très nombreux Congolais dans des fosses communes (Makobola, Kasika etc…) à l’Est, n’est pas de ceux qui s’émeuvent devant la mort. Alors, que des centaines des députés et sénateurs soient exposés à la contamination du coronavirus, cela ne peut troubler outre mesure sa conscience. En tout cas, il en a déjà vu d’autres.

            Quand on analyse froidement la démarche des présidents des deux chambres, on réalise qu’ils sont guidés par une motivation supérieure. Il y a d’abord le contexte politique. Vital Kamerhe, le directeur de cabinet et allié du Président de la République au sein de la plateforme politique Cap pour le Changement (CACH) a des ennuis judiciaires. L’Udps dont chacun redoute la capacité de mobilisation, est perturbée par la traitrise de certains de ses cadres qui passent de plateau en plateau pour donner des armes à ses adversaires. Une tentative de déstabilisation bien planifiée et dont on finira par découvrir les vrais commanditaires. La situation économique et sociale est fragilisée par la pandémie de coronavirus et pour finir, la communauté internationale a les yeux tournés ailleurs comme on l’a suivi hier avec la France qui vient de prolonger la mesure de confinement jusqu’au 11 mai 2020. Preuve s’il en faut que la situation demeure grave et que chaque pays doit continuer à lutter avec les armes dont il dispose pour ne pas plonger dans l’abîme.

            Comme tout se déglingue, c’est peut-être le bon moment pour passer à l’abordage et se taper à peu de frais la tête de Fatshi, cet homme qui dérange. Voilà qui explique ces petits mots par-ci, ces insinuations par-là, bref un enrobé malheureusement mal ficelé mais qui aurait pu, n’eusse été la vigilance générale, produire des effets dévastateurs.

            Il faut le dire. Malgré la crise grave que nous traversons, Dieu n’a pas abandonné les Congolais. Avec son soutien et l’engagement de chaque fils de ce pays, nous mettrons fin à la prédation pour construire un avenir meilleur. Un pays plus beau qu’avant.

L.P.

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