A propos de « L’Ordre des Héros Nationaux Lumumba et Kabila. L’incroyable bourde de Kalume et Ndaywel » : Bomboko écrit au Phare

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C’est le titre d’un article publié par votre quotidien Le phare n° 3861, dans la livraison de lundi 05/07/2010, à la page 5, sous la plume d’un certain « Kimp ». En résumé, l’auteur s’en prend vertement au Général Denis Kalume et au professeur lsidore Ndaywel pour m’avoir retenu parmi les nominés. ll s’est ensuite mis à argumenter sa thèse en évoquant trois actes :

1. Mon contreseing à côté de celui d’Albert Delvaux (Mafuta Kizola) pour permettre au Chef de l’ Etat Joseph Kasavubu de révoquer légalement le Premier Ministre Lumumba.

 

2. Ma participation en qualité de Premier Ministre faisant fonction, à ce qu’il appelle la Conspiration ayant entraîné «  l’arrestation de Lumumba puis son transfert au Katanga ».

3. Le retour de Pierre Mulele à Kinshasa sous mon escorte alors que je savais bien quel sort l’attendait.

Et l’auteur de conclure : « En intégrant dans l’Ordre des Héros Nationaux Lumumba et Kabila, des compatriotes qui portent sur leur conscience le sang des autres, le Commissariat  Général du Cinquantenaire a terriblement falsifié une page importante de l’histoire nationale ».

D’ordinaire, je ne réponds jamais à des tels propos dont l’objectif est de ternir mon honneur et de conquérir une opinion passive mal informée. Mais cette fois-ci, j’ai décidé de porter une brèche dans mes habitudes pour que cesse ce genre des déformations délibérées de l’histoire de notre pays, surtout en ce qui me concerne. En effet, cinquante ans après notre indépendance, le temps doit être à la fois à la vérité, à la réconciliation. L’auteur de cet article doit savoir :

 1. En acceptant le 05 septembre 1960 d’apposer ma signature à côté de celle du Chef de l’Etat, j’avais agi en qualité d’homme d’Etat pour sauver le pays en danger. Il m’a fallu un grand courage pour trancher car d’un côté il y avait le devoir patriotique et de l’autre la solidarité Anamongo. C’est surtout ça être homme d’Etat. C’est-à-dire, transcender ses émotions toute nature, pour se consacrer à l’intérêt supérieur de la Nation.

Si par la suite, cette signature a eu des conséquences néfastes, il faut chercher les causes ailleurs mais pas dans le chef de l’acte du Ministre que j’étais et qui agissait en conformité à la Loi Fondamentale de notre pays. Ainsi je mets au défi toute personne de m’apporter une preuve tangible et crédible qui contredirait mes propos.

La mort de Patrice Emery Lumumba m’avait affligé. C’est ainsi qu’à la conférence de Coquilathville (24 avril-28 mai 1961), j’avais demandé à Tshombe de nous en rendre compte. Par ce motif et d’autres liés aux conditions inacceptables qu’il avait posées pour participer à la conférence, il fut arrêté à l’aéroport au moment où il s’apprêtait à regagner  fugitivement Elisabethville. Mais lorsque nous sommes tous rentrés à Kinshasa, il avait été élargi pour des raisons que j’ignore.

2. Dans les circonstances difficiles que va traverser le Congo, quatre jours seulement après son indépendance – difficultés qui continuent jusqu’à ce jour, l’élite congolaise du cinquantenaire devrait être reconnaissante à l’endroit des Commissaire Généraux, vu le travail abattu par eux. Et pour cause, tous les Etats récemment indépendants avaient gardé un nombre important des cadres de l’ancienne métropole, sauf au Congo indépendant. Une expérience unique dans l’histoire des jeunes nations.

Quant à la question de conspiration visant l’arrestation de Lumumba, trois observations méritent d’être évoquées :

La première. Au niveau des termes, un Etat ne peut pas monter un complot ou conspirer contre un citoyen, son sujet mais au contraire l’inverse est toujours possible et fréquent.
C’est là l’effort qu’il faut fournir sans cesse, et surtout en politique, de ne jamais vouloir regarder les faits passés avec les lunettes actuelles. Le risque est trop grand de tomber dans la subjectivité.

La deuxième. Je vais l’emprunter à Mpase Nselenge, Commissaire Adjoint Chargé de la Jeunesse. En effet, il écrit ceci dans son livre à la page 125 : « A moins que ma mémoire me trahisse, je ne me rappelle pas un seul Conseil au cours duquel les Commissaires Généraux, auraient traité d’une éventuelle arrestation, d’une mise en résidence surveillée ou du transfert de Lumumba et de ses compagnons à Elisabethville via Thysville et Moanda ». Le livre intitulé « Au service d’un Congo aux mille visages », peut éclairer la lanterne de tout le monde sur cette question précise de l’arrestation de Lumumba.

3. La troisième. Le retour de Pierre Mulele à Kinshasa était couvert officiellement par  l’amnistie qu’avait signée le Président Mobutu. Le Président de la République du Congo,  Monsieur Marien Ngouabi et moi y compris lui-même Pierre Mulele, avions cru à l’efficacité de cette loi. C’est ainsi que j’accepterai d’aller chercher Pierre Mulele et sa famille à Brazzaville. Ils seront hébergés par moi jusqu’au retour du Président Mobutu au pays en provenance du Maroc. Mais, hélas, au Jardin Botanique de Kinshasa, le président Mobutu nia publiquement qu’il m’avait chargé d’aller chercher Pierre Mulele à Brazzaville et surtout d’utiliser à cet effet son bateau présidentiel « Kamanyola » ! Je fus foudroyé de perplexité. Au même moment, sans que je ne lé sache, une équipe d’agents de sécurité alla arracher l’infortuné chez moi pour une destination inconnue ! La suite, nous la déplorons tous. Paradoxalement, d’autres Congolais comme Gbenye Christophe, avaient pu bénéficier de cette amnistie sans aucun problème majeur !

Ouvrons une parenthèse ici pour signaler que après avoir constaté cet enlèvement de Mulele, énervé je suis allé faire remarquer au Président Mobutu que le dossier Lumumba brûlait encore et qu’il n’était pas prudent de s’encombrer davantage avec celui de Mulele. Malheureusement pour moi, ce fut l’une des causes de la fissure de mes relations avec le Président Mobutu, fissure qui me coûtera la triste et célèbre prison d’Ekafela. 

De ce qui précède, que faut-il raisonnablement conclure?

1. D’abord, il est toujours facile de croire que (l’enfer c’est les autres), or en réalité l’enfer ce n’est pas toujours les autres. L’homme d’Etat, de tout temps, devrait se comporter un peu plus prudemment en usant à bon escient de la sagesse de se surveiller car tout le monde n’est pas responsable de ce qui arrive aux autres, tout le monde ne peut pas.

2. Ensuite, le Congo cinquantenaire n’a pas besoin de voir d’un côté les saints, les nationalistes et de l’autre côté, les traîtres, les antinationalistes. Nous tous, nous aimons notre pays. Chacun lui apporte ce qu’il peut dans la mesure de ses capacités.

3. Davantage, la tâche que nous, pionniers de l’indépendance, nous sommes assignés était à la fois noble et immense. C’est-à-dire, créer l’Etat congolais. Et nous avons pu faire ce que nos forces et intelligence nous ont permis d’accomplir dans les circonstances difficiles au regard du douloureux sevrage qu’avait connu notre pays. Nos derniers propos sur les antennes de la RTNC, d’Antenne A et d’autres chaînes peuvent vous en donner une idée.

4. Mais cela est insuffisant. Il faudra plutôt écrire des mémoires pour remettre les pendules à l’heure. Que Dieu m’aide à exaucer ce vœu. Signataire de l’Acte de l’Indépendance, communément appelé « Livre d’or », avec Patrice Emery Lumumba, Gaston Eyskens et pierre Wing; un des acteurs les plus actifs de l’histoire de notre pays, je me sens plus que jamais interpellé pour lutter contre la désinformation et le mal-information qui deviennent inquiétantes chez nous les Congolais dans le domaine de l’histoire nationale. L’esprit critique n’existe plus. On gobe tout. Or, ce cinquantenaire devrait être le moment tant rêvé par Lumumba de jeter les jalons de l’écriture de la vraie histoire du Congo par le congolais eux-mêmes. Dois-je déduire que l’occasion a été manquée si on se réfère à la publication des tels articles ?

5. Que nos compatriotes désireux de comprendre notre histoire se rappellent que la vérité historique n’est scientifiquement vraie que lorsqu’elle a été passée au crible de la critique historique et s’agissant d’un acte répréhensible, lorsqu’il a été établi par enquête judiciaire et prononcé en Justice. En outre, qu’ils évitent de juger les faits passés avec les arguments tirés de l’actualité. Enfin qu’ils n’hésitent pas à aborder les témoins directs des évènements à étudier et surtout les acteurs avérés de ces derniers, même s’ils ne sont pas exempts de commettre des erreurs et d’omissions. Ainsi faisant ils arriveront à livrer à notre population des informations historiques objectives, sans haine ni passion.

Justin Marie BOMBOKO LOKUMBA ls’Elenge
. Ministre des Affaires Etrangères Honoraire,
Grand Cordon de l’Ordre des Héros Nationaux Lumumba et Kabila.

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