60 ans d’indépendance : espoirs, frustrations et gâchis

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La République Démocratique du Congo va commémorer, le mardi 30 juin 2020, ses 60 ans d’indépendance. Suite aux contraintes de l’état d’urgence liée à la pandémie du coronavirus, qui frappe le pays depuis le 10 mars, le Chef de l’Etat, Félix Antoine Tshisekedi, a d’ores et déjà planté le décor de l’événement : la méditation. Passant de l’acte à la parole, il  a décidé d’affecter aux militaires et au personnel soignant de la Covid-19, le budget initialement réservé aux manifestations festives.

            60 ans après, le parcours postcolonial de l’ex-Congo belge a été émaillé d’espoirs suscités par la perspective de la construction, par les pères de l’indépendance, d’un pays plus beau qu’avant, les frustrations nées des lendemains marquées par des sécessions, des rébellions, des coups d’Etat, le marasme économique et social, mais surtout le gâchis provoqué par des décennies de pillage des ressources nationales et de négation des droits fondamentaux de la personne humaine.

            60 ans après, les Congolais d’aujourd’hui vivent, dans leur chair, le paradoxe d’un pays estampillé « scandale » géologique, mais qui héberge les citoyens les plus pauvres de la planète.

            En marge du soixantième l’anniversaire de l’indépendance de la mère patrie, Le Phare a ficelé quelques dossiers à caractère politique, sécuritaire, économique et social, en vue de tenter de retracer, tant soit peu, la marche du Grand Congo après le départ du colonisateur belge. Mais pour les besoins de l’histoire, le patriarche et professeur Jean Kambayi Bwatshia, historien de son état, nous replonge dans le climat politique ayant prévalu au pays au lendemain de la publication du « Plan Van Bilsen », du nom du professeur belge qui préconisait la mise en œuvre d’un programme de préparation des Congolais à l’indépendance sur une période de 30 ans.

            Favorablement accueilli par des intellectuels et politiciens réunis autour de l’abbé Albert Malula, Curé de la paroisse Saint-Pierre, à Kinshasa, sous le label de « Manifeste de Conscience Africaine », le « Plan Van Bilsen » fut catégoriquement rejeté par les politiciens militant sous la bannière de l’Abako (Alliance des Bakongo) avec à leur tête Joseph Kasa-Vubu, futur premier Chef de l’Etat, qui exigèrent « l’indépendance immédiate ».

                                                                                                                                      Kimp

Accélération de l’histoire congolaise

En juillet 1958, en Belgique, un gouvernement social chrétien prenait la succession d’un gouvernement socialiste libéral. Eyskens, le nouveau Premier Ministre, annonça l’intention de son équipe « de fixer de façon claire l’avenir politique du Congo ».

o Le coup de théâtre gaulliste

La mutation est très rapide P. Lumumba est témoin du voyage que le Général De Gaulle est entrain d’accomplir à Brazzaville (le 24 août 1958) – en face de Léopoldville – en préparation du référendum du 28 septembre 1958. Les discours du général français étaient pour le moins sensationnels et fortement applaudis. Les leaders congolais avaient les oreilles tendues. Attention ! Le prestigieux Président parle. Nombreux journaux de Léopoldville ont repris le texte historique tel que paru dans le bulletin de l’Agence Belga du 25 août 1958 dans sa rubrique « nouvelles africaines ».

« A l’intérieur de cette communauté, si quelque territoire, au fur et à mesure des jours, se sent au bout d’un certain temps, en mesure d’exercer toutes les charges, tous les devoirs de l’indépendance, il lui appartiendra d’en décider par son assemblée élue et, si c’est nécessaire ensuite, par le référendum de ses habitants, après quoi la communauté en prendra note et pourra régler les conditions de transfert entre ce territoire, qui prendra son indépendance et suivra sa route, et la communauté elle-même, je garantis d’avance que, dans ce cas non plus, la métropole ne s’y opposera pas ».

J. Ehrhard, dans Communauté ou sécession, publié chez Calmann-Lévy à Paris en 1959, a repris ce que nous pourrions qualifier de réponse de Sékou Touré :

Nous préférons la pauvreté dans la liberté à la richesse dans l’esclavage. Nous devons connaître les exigences de nos populations pour rechercher les voies les meilleures de leur émancipation totale.

Nos exigences doivent être toutes connues pour être discutées. Nous ne renoncerons jamais à notre droit légitime à l’indépendance. Nous serons citoyens de cet Etat africain et membres de la communauté franco-africaine. Ce besoin d’égalité et de justice, nous le portons d’autant plus en nous que nous fûmes soumis à l’injustice et à l’inégalité. Nous avons un premier et indiscutable besoin : celui de notre dignité. Or, il n’y a pas de dignité sans liberté.

Ça y est, à Léopoldville c’est la consternation , comme l’écrivent J. Marres et P. Devos dans l’Equinoxe de janvier « le passage de De Gaulle à Brazzaville fut remarqué à Léopoldville à cinq kilomètres de l’autre côté du fleuve – avec autant d’intensité que dans la capitale de l’A.E.F. les paroles du général touchèrent les Congolais avec une égale vigueur- Et quand De Gaulle

parla d’indépendance, très franchement, à coeur ouvert, en expliquant le pour et le contre, il eut du côté des Congolais une réaction inévitable. « Pourquoi les Belges ne nous parlent-ils pas ainsi ? » (pp.51-52)

A Bruxelles, la rue de la loi-où sont logés les services de l’administration coloniale –gronde. On estima que le gouvernement français aurait pu consulter la Belgique avant de se lancer dans une telle campagne. La question fut d’ailleurs évoquée quelques semaines plus tard lors des concertations à Paris entre le général De Gaulle et Pierre Wigny, Ministre belge des affaires étrangères. Les entretiens, selon le journal belge Le Soir du 28 septembre 1958, se sont soldés par un échec.

o Une pétition signée : « les leaders Congolais »

P. Lumumba a vu que son idole Sékou Touré avait, dans cette ligne, proclamé l’indépendance de la Guinée. A Léopoldville, un groupe de leaders est prêt à suivre cette voie. P. Lumumba est parmi eux. Il est d’ailleurs cosignataire, le 25 août 1958, d’une lettre ouverte adressée à L. Pétillon alors Ministre du Congo-Belge et du Ruanda-Urundi. Monsieur le Ministre, écrivent-ils, à ce moment où la Belgique veut déterminer et préciser sa ligne de conduite concernant l’avenir politique du Congo, nous, les signataires de la présente motion, voulons vous faire connaître, dans le cadre de vos consultations actuelles, nos points de vue sur les problèmes importants qui vont ainsi être abordés.

7 P. Lumumba, A. Pinzi, G ; Diomi, J. Ngalula, A. Nkuli, J. Iléo, C. Adoula, A. Nguvulu, A. Ngwenza, P. Tona, M. Liongo, Pukuta, G. Makoso, J. Mbungu, L. Bariko, J. Motingia.

Les réformes que vont bientôt subir certains pays voisins d’Afrique et qui vont leur permettre de franchir une étape politique décisive de leur avenir, préoccupent sérieusement les élites du Congo belge, qui souhaitent que celles-ci… ne soient pas indéfiniment maintenues dans un régime politique anachronique.

Les signataires ont en outre motivé leur démarche en se disant satisfaits « du désir de l’actuel gouvernement belge de décoloniser le Congo », se réjouissent « que le ministre ait décidé » la constitution rapide d’un « groupe de travail chargé de définir les bases d’un programme d’émancipation du Congo ». Pour ce dernier volet, ils « regrettent cependant vivement que le ministre n’ait pas inclus des Congolais dans le groupe de travail » tout en craignant que « sans le concours de ces derniers », les conclusions d’un tel groupe ne reflètent qu’ « un point de vue trop unilatéral, inspiré par un certain conservatisme propre à l’esprit colonialiste ». Les signataires « exigent un programme bien défini » fixant clairement les « étapes intermédiaires à franchir dans des délais précis, sur le triple plan politique, économique et social ». « C’est la seule façon, lit-on dans le document, d’inspirer et de donner l’assurance au peuple congolais quant à la réalisation du but final à atteindre, c’est-à-dire, l’indépendance totale ».

Enfin, et ceci est important, les signataires « rejettent formellement, dans toutes ses formes, le fédéralisme régional prôné ces derniers temps par des séparatistes plutôt soucieux de leurs intérêts personnels que de l’avenir du pays ». Ils « demandent qu’au moment venu, le Congo émancipé et devenu une nation, détermine librement avec la Belgique, dans une confiance réciproque, la nature des liens qui vont régir les rapports entre les deux pays ». La lecture de ce document, sorti de la presse le 26 août 1958, est intéressante car, elle prépare la compréhension de la suite des événements, surtout en ce qui concerne le comportement des futurs leaders congolais face à la nature des réformes de la nouvelle république congolaise. P. Lumumba, on le verra, est resté conséquent jusqu’au bout sans être à bout.

6. Réaction dans l’opinion belge

La pétition des leaders congolais a été influencée par les propos du général De Gaulle. C’est ce qu’on peut lire dans l’hebdomadaire libéral le P.P. ? (Le pourquoi pas) « Au galop » tel est le titre de son éditorial publié dans sa livraison du 5 septembre 1958. « Le discours de Brazzaville, lit-on n’est pas tombé dans les oreilles des sourds de l’autre côté du fleuve ». Mais, attire-t-il l’attention de ses lecteurs : « même si en Afrique française ou ailleurs, l’histoire s’est accélérée depuis des années, il ne faut pas au Congo, qu’elle dépasse un certain rythme dont font fi, avec coupable légèreté, les signataires de la fameuse motion »

Pour la très conservatrice La L.B. (La Libre Belgique) il ne faut pas prendre les propos du Général français très au sérieux « De Gaulle, écrit-elle dans son éditorial du 6 septembre 1958, n’est pas un inconnu pour les colons belges qui gardent encore le souvenir de 1940 et se rappellent volontiers la part qu’ils ont prise, à cette époque, dans la préparation d’un coup de force contre le gouverneur de l’A.E.F., fidèle à Vichy ». Hormis « la fraternelle assistance économique » entre le Congo et l’A.E.F, La L.B aurait préféré, lors de la visite de De Gaulle en Afrique, entendre un mot de souvenir de reconnaissance envers le Congo belge. Non, poursuit le journal, « l’orateur a fait preuve de l’inconscience et de la désertion devant les responsabilités d’une tutelle librement assurée ».

Voici les vues qui concordent bien avec celle du Ministre du Congo L. Pétillon qui, tout en considérant l’événement, oppose l’indifférence au mouvement de décolonisation que vient de lancer le président français. A la place, l’ancien gouverneur du Congo belge relance la technique que Le Soir du 28 septembre 1958 appelle du « vase clos ». « Sans doute, a déclaré Pétillon, certains événements incitent à réfléchir. Mais ce sont des événements étrangers au Congo… Celui-ci a sa vie propre qui s’organise chaque jour dans l’ordre et la paix… Au sein d’un monde troublé par des conflits souvent sanglants, le Congo prouve sa maturité et se préoccupe de son avenir… Bien sûr, il le fait

souvent d’une façon désordonnée et parfois déconcertante ; cela est naturel pour un pays qui n’a ni tradition ni expérience dans ce domaine ».

Le général De Gaulle donc, a précipité l’Afrique noire, notamment le Congo belge, dans une certaine mesure, dans la voie de l’indépendance sans, sait-on jamais, s’inquiéter des répercussions qu’elle pourrait avoir dans le territoire voisin.

Les Congolais de 1958, tout en étant alertés de ce qui se passe dans les colonies françaises, ont suivi de très près les querelles idéologiques belgo-belges au sujet de la colonie, nervosité extrême des dirigeants, perte de sang-froid, coalition anti-Buisseret désigné comme « bradeur de l’empire ». Ils ne veulent plus être considérés comme des « hommes tranquilles ». Ils sont conscients qu’il faut changer les choses et assistent manifestement à ce déboulonnage du système colonial, à la crise du régime colonial, au malaise et aux tensions. « Si le nouveau gouvernement belge, écrit J. Van Bilsen, par exemple, dans La Revue Nouvelle (catholique) de mai 1958, n’opte pas résolument pour une politique de décolonisation, on doit redouter que « nous » entrions dans une phase dangereuse de réaction et de reprise en main ».

Et au Congo, qui n’est plus « une colonie modèle du genre », la température montait de jour en jour. C’est, il faut le dire, dans un climat extrêmement tendu, dans une atmosphère de surenchère politique, que le nouveau Ministre du Congo Van Hemelrijck a dû préparer « la déclaration gouvernementale » sur l’avenir du Congo.

Le 10 octobre 1958, peu avant la fin de l’Exposition Universelle (Expo 58), on communiqua à l’Agence Belga, la nouvelle de la création du « mouvement national congolais » (M.N.C). Tous les journaux dont Présence Congolaise du 18 octobre en font large écho.

7. M.N.C. : « l’indépendance n’est pas un cadeau de la Belgique »

Les membres du bureau provisoire : Patrice Lumumba, Gaston Diomi, Cyrille Adoula, Albert Ngwenza, A. Nkuli, Joseph Mbungu, Joseph Iléo, M. Liongo, Joseph Ngalula, Alphonse Nguvulu et J. Iyeki, tous les cosignataires de la motion dont nous venons de parler plus haut, se proposent, cette fois en tant que « parti politique », « d’approfondir le contenu de la motion du 26 août 1958. Plus spécialement, le M.N.C. a pour but :

8 Constitué au cours de la réunion du 10/10/1958.

« D’éduquer la masse congolaise et de préparer les élites à la gestion des affaires publiques du pays ;

« D’obtenir la démocratisation rapide des institutions consultatives existantes ;

« De lutter pour l’acquisition immédiate des libertés fondamentales garanties par la charte de Nations-Unies ;

« De combattre toutes formes de séparatisme régional, incompatible avec les intérêts supérieurs du Congo ;

« De mettre enfin tout en oeuvre pour libérer celui-ci de l’empire du colonialisme impérialiste, en vue d’obtenir, dans un délai raisonnable et par voie de négociations pacifiques, l’indépendance du pays.

Comme on peut le remarquer, toutes les tendances sont représentées au sein du M.N.C. ceci s’explique aisément : l’arrivée du groupe de Travail était annoncée, le gouvernement belge avait déclaré qu’il définirait l’avenir politique du Congo en prenant pour base l’enquête de cette commission. Plus vite que les autres, P. Lumumba avait réussi à convaincre tous les groupements politiques à constituer un seul mouvement national, se souvenant, sans doute, de la devise : « l’union fait la force ». Ce mouvement tenterait d’obtenir du gouvernement belge les engagements les plus formels et les plus importants. Ensuite on verra.

Comment P. Lumumba a-t-il été nommé président du M.N.C., puisque le bureau constitué au cours de la réunion du 10 octobre 1958 n’était que provisoire ? D’après certains de ses collaborateurs, il aurait tout simplement communiqué à l’Agence Belga à Léopoldville la constitution de son bureau en se citant comme président. Cette initiative a provoqué bien des remous dans le groupe.

Etant placé plus ou moins devant le fait accompli, Lumumba a certainement su exploiter habilement cette situation par après. Mais ceci est une petite histoire ; l’important est que le M.N.C. qui a vu officiellement le jour le 10 octobre 1958 est résolument, du moins par son programme, l’illustration du nationalisme unitariste et anticolonial. Et trois de ses dirigeants : P. Lumumba, G. Diomi, J. Ngalula iront participer à la conférence sur le Rassemblement des peuples africains en décembre 1958 à Accra. Là, non seulement P. Lumumba a eu l’honneur de parler de son parti, mais a surtout proclamé sa foi en l’Afrique indépendante. Solennellement, il dira que les Africains ont la même conscience de leur histoire baignant jours et nuits dans l’angoisse, le même souci de faire de ce continent un continent libre, heureux et dégagé de l’inquiétude, de la peur et de toute domination coloniale.

Dans un rapport qu’il a fait publiquement devant des milliers des Kinois au Rond-point de la Victoire (croisement des avenues Prince Baudouin et Victoire) le 28 décembre 1958, P. Lumumba a fortement souligné le caractère non violent et panafricain de la révolution dans laquelle s’est engagée l’Afrique noire. Pour lui, au-delà de 1960, aucun pays africain ne devra rester sous la domination coloniale. Et de dire « Le M.N.C. a pour but fondamental, la libération du peuple congolais du régime colonial, et son accession à l’indépendance (…). Nous voulons dire adieu à l’ancien régime, ce règne d’assujettissement qui prive les nationaux de la jouissance des droits politiques reconnus à toute personne humaine et à tout citoyen libre (…). L’Afrique est

9* Nous étions témoins. Ces avenues s’appellent aujourd’hui, KASAVUBU et VICTOIRE.

irrésistiblement engagée, pour sa libération, dans une lutte sans merci contre le colonialisme ». « (…) il est grand temps que le peuple congolais prouve au monde qu’il a conscience de ces réalités ; de « l’autonomie- cadeau » que prépare et lui promet le gouvernement, cette autonomie-là, nous n’en voulons pas. (…). « Le Congo est notre patrie. C’est notre devoir de rendre cette patrie plus grande et plus belle »

Le journal Présence Congolaise du 3 janvier 1959 a fait un long commentaire de cet événement historique.

On y lit ce qui suit :

« Présenté par M. Iléo, M. Gaston Diomi, vice-président du Mouvement devait, en lingala et en kikongo impeccables, traduire avec beaucoup d’entrain et de talent, les exposés des deux premiers orateurs. Allant avec une facilité déconcertante d’une langue à l’autre, Diomi devait se révéler extraordinaire pour la façon magistrale avec laquelle il s’imposa et entraîna la foule. A plusieurs reprises, celle-ci obligeait les orateurs à répéter et à souligner certains termes tels que « L’indépendance n’est pas un cadeau de la Belgique, mais bien un droit fondamental du peuple congolais », etc.

Nous étions présents, témoins de l’événement et nous étions débordés de joie et avions constamment applaudi les orateurs tout au long de leur exposé. On criait : « Tozali na bino, tozali na bino » = Nous sommes avec vous, oui, avec vous ». Le commentateur de Présence Congolaise a bien raison. Avec agressivité, nous criions « Dipanda, dipanda » = Indépendance, indépendance. Diomi était en extase, en transes et la foule était subjuguée. Malgré la joie dont elle débordait, la foule s’est comportée d’une manière exemplaire.

P. Lumumba est désormais le héros de toute l’évolution de la politique congolaise. Il peut s’imaginer que son rêve s’accomplira et il veut aller loin. Il voit en lui un Kwame N’Krumah ou un Sékou Touré. D’ailleurs, ses amis du parti commençent à s’inquiéter de ses audaces et de ses prétentions à tout diriger. Plusieurs des membres fondateurs lui reprochent d’être un dictateur et un agitateur qui veut les entraîner dans une folle aventure.

8. Expo 58 : Une révélation.

A Bruxelles, pendant ce temps, l’année 1958 se termine par l’Exposition universelle. Cette manifestation, apparemment artistique et commerciale, fut une véritable révélation pour de nombreux visiteurs congolais. P. Lumumba est de la partie. Pour la première fois, ces Congolais avaient découvert massivement l’Europe et rencontré des politiciens européens surtout belges et également leurs concitoyens d’Afrique. Ce fut une révélation parfois doublée de déception. Des maladresses ont été commises à Bruxelles. Des visiteurs congolais ont étés isolés expressément de la population belge, ils étaient obligés de rentrer à l’heure fixée le soir dans une espèce de caserne créée à leur intention à Tervuren. Et comme on peut le lire dans Les grands dossiers de la R.T.B. (p. 18) : « certains spectateurs de l’ »Expo 58 » ne vont-ils pas jusqu’à lancer des bananes et des cacahuètes aux Congolais installés dans ce typique hébergement. Petites choses et parfois grands effets, n’est-ce pas ? ». P. Lumumba n’est pas indifférent à cette situation.

9. La folie de la morale coloniale : les émeutes du 4 janvier et leurs suites.

Le 4 janvier 1959, soit une semaine après le meeting endiablé de P. Lumumba, éclatent des émeutes dans la capitale congolaise. Encore une fois, nous étions témoins, c’était le dimanche, les dirigeants de l’ABAKO avaient appris que le premier bourgmestre de Léopoldville, Tordeur, « a interdit le meeting prévu pour rendre compte de la Conférence d’Accra. Ils se sont inclinés sans protester autrement que par une mauvaise humeur et une irritation peu démonstratives.

Mais la foule kinoise, n’a pas été informée de l’interdiction de « son » meeting ou du moins n’en tient pas compte. C’était le début des émeutes désormais historiques et de la répression. Le bilan, on le trouve dans Les rapports secrets de la sûreté congolaise du Colonel Vandewalle et J. Brassinne (p. 139). Selon la Force Publique, 12 personnes furent tuées, 76 blessées dont 44 légèrement, et 370 arrêtées, entre le 4 janvier à 20 h50’ et le matin du jeudi 8 janvier 1959. Selon l’administration de Léopoldville, il y a eu 35 personnes tuées, 113, blessées dont 12 devraient succomber. Comme nous avons pu l’observer, ses formes dominantes sont celles du pillage. C’est, pourrions-nous dire, la matérialisation d’une tension longuement accumulée chez les Congolais, tension due à la détérioration socio-économique profonde de la capitale : chômage, délinquance, oisiveté, vagabondage. La répression fut très dure et la Force Publique avait tiré dans la foule. Nous étions présents. C’est un coup de massue qui a effacé complètement l’image d’un Congo « oasis de paix » sur laquelle on avait vécu. Le mythe du « Noir heureux au large sourire » s’écroulait d’un coup.

10 Des bourgmestres noirs sont arrêtés, tandis que leurs responsabilités ne sont prouvées. Trois d’entre eux sont envoyés à Bruxelles le 17 mars 1959 et ne reviendront que le 13 mai de la même année.

C’est dans le désarroi le plus total que l’avenir politique du Congo fut défini par le gouvernement belge dans deux documents qui vont avoir de grandes répercussions en Belgique. Il s’agit du « message royal » et de « la déclaration gouvernementale ». Pour le roi des Belges : « Notre résolution est aujourd’hui de conduire, sans atermoiement funeste, mais sans précipitation inconsidérée, les populations congolaises à l’indépendance, dans la prospérité et la paix ». Moins claire que le Roi, la déclaration gouvernementale confirmait que la volonté de la Belgique était « de mener les habitants du Congo au point où ils seront capables de s’administrer eux-mêmes ».

P. Lumumba n’est pas distrait et le 31 mars, à l’occasion de l’installation solennelle du bureau permanent du M.N.C dans la commune de Kinshasa, il prononce un discours rapporté par Belga Congo du 21 mars

1959, dans lequel il affirme fort qu’ à l’égard de la déclaration gouvernementale, le M.N.C. s’était, en effet, déclaré d’accord en principe mais qu’il fallait considérer ce document uniquement comme un début de dialogue et de négociations. A ce moment, P. Lumumba venait d’assister à la Semaine Internationale d’Ibadan au Nigeria.

Déjà, à la fin du Congrès de Luluabourg (7 au 12 avril 1959), il était parti pour Conakry en Guinée afin de participer à une réunion du comité permanent de la conférence panafricaine dont il était devenu membre au cours des assises d’Accra en décembre 1958. C’est de là qu’il se rendit à Bruxelles, à la fin du mois d’avril 1959. A son arrivée, comme l’écrit C.C. De Backer dans Ses Notes (p. 21), P. Lumumba fut interrogé par des journalistes, notamment P. Fabo, directeur propriétaire de L’Afrique et le Monde, hebdomadaire publié à Bruxelles. L’impact de cet intellectuel originaire du Dahomey qui vécut à Léopoldville avant d’aller se fixer en Belgique est décrit par Mutamba Makombo dans la conférence citée (p.28).

A Bruxelles, P. Lumumba rencontre J. Bolikango et certainement J. Kasavubu pendant sa « relégation » dans la capitale belge. Après avoir promis son appui, à ce dernier, il passe son temps à donner des conférences dans les Universités belges et dans les milieux intellectuels : à la Présence Africaine, par exemple, comme on peut le lire dans Le Bulletin hebdomadaire d’Information interafricaine Belga. Dans son élan habituel, le leader du M.N.C. a dressé un bilan de la colonisation européenne en Afrique. Au volet des avantages, il a énoncé le regroupement des populations en grandes entités, la suppression des certaines coutumes incompatibles au progrès social et humain des populations, l’introduction de l’enseignement, le développement de l’organisation sanitaire et de l’agriculture et des cultures. Au volet des méfaits de la colonisation, P. Lumumba a rangé les expéditions primitives qui ont réduit sensiblement les populations et les déportations des Noirs en Amérique. Il a dénoncé avec véhémence l’abâtardissement et la destruction de l’art négro-africain, la dépersonnalisation de l’Afrique et la néfaste politique d’assimilation qui a réduit les Africains au statut d’apatrides.

P. Lumumba dira avec justesse qu’il n’y a aucun principe qui permette l’exploitation d’un peuple par un autre. Si l’Occident vante tant les vertus républicaines telles que la justice, la liberté et la paix, pourquoi ne le permet-il pas aux Noirs ? Pourquoi n’est-il pas conséquent ? Il méprise la barbarie et l’esclavage et pourquoi sommes-nous assujettis ? Non, dit l’orateur, « nous voulons constituer un gouvernement congolais en 1961 ». Pour P. Lumumba, cette date est parfaitement raisonnable. « Tous les Belges, partisans de l’amitié entre les races, doivent soutenir la revendication humaine du peuple congolais ».

10. Les « principes » du M.N.C. en 1959.

Les détracteurs du leader du M.N.C. reprochent à Lumumba ses allures bouillantes, ses envolés oratoires, son acharnement contre le colonialisme. On

dit qu’il est « démagogique », qu’il vocifère plus des slogans que des principes. A une question lui posée par un reporter de l’hebdomadaire Afrique Nouvelle de Dakar en avril 1959 à ce sujet, il affirme que pour le moment, ce qui compte pour les Congolais, c’est d’abord « la conquête de l’indépendance et le reste on verra ». « Au moment où nous serons maîtres, dit-il, nous pourrons, après avoir consulté les différentes couches de la population, fixer notre position sur l’ensemble de problèmes de notre pays.

A une question lui posée de savoir si le M.N.C. conservera les liens avec la Belgique une fois l’indépendance acquise, P. Lumumba répond sans ambages que « cela dépendra de l’attitude de la Belgique à l’égard du Congo et de la manière dont elle tiendra ses engagements ».

Ceux qu’on peut appeler les « Principes » du M.N.C. se trouvent publiés dans les éditions du 6 mai 1959 des journaux congolais qui reprennent l’Agence Belga du 5 mai 1959. Mieux, notre collègue Ngoma Binda a exposé lors des journées sur la redécouverte de Patrice Emery Lumumba (pp. 91-124). Voir aussi son livre sur l’Introduction à la politique congolaise.

11. Indépendance immédiate.

Pendant ce temps, le M.N.C. s’implantait dans tout le pays. A Léopoldville en particulier des « sections communales » pourvues chacune d’un président, d’un ou de deux vice-présidents, d’un secrétaire général, d’un comité de direction, comprenant un nombre appréciable des postes directeurs, sont mises en place.

Dès son retour au Congo, P. Lumumba rejoint directement Stanleyville et Coquillathville où il tint des meetings prêchant le nationalisme et expliquant le bienfait de l’indépendance et de l’unité nationale. Les Belges du Congo ne comprennent rien dans tout cela. Ils voient déjà en P. Lumumba « un provocateur revendicatif ». Les Abakistes ne sont pas tranquilles, eux, les fédéralistes.

Le Ministre du Congo et le Gouverneur général rentrent de leur périple à travers le Congo. Leur retour à Léopoldville donne aux leaders du M.N.C. l’occasion d’être plus revendicatifs. En effet, lors de l’audience collective accordée par le Ministre le 24 juin 1959 à l’ensemble des dirigeants des partis politiques, on a vu P. Lumumba et A. Tshimanga, président de l’Union Nationale des Travailleurs Congolais (UNTC), à la tête d’un groupe des manifestants munis des banderoles où l’on pouvait lire :

« L’an 59, dernier gouvernement colonialiste »

« Plus de ministres des colonies, plus de gouverneur général »

« Le Congo de Boula Matari et des colons est mort. Si on ne veut pas le comprendre, nous mourons avec lui ».

Cette manifestation inaugure, en fait, toute une série d’autres qui vont émailler la deuxième moitié de l’année 1959. Dans une atmosphère de concurrence entre les partis politiques, P. Lumumba, à l’occasion d’une assemblée générale organisée le 1er juillet 1959 par le M .N.C. en présence d’une foule estimée à plus de 1.500 personnes, commença son meeting en demandant « cinq minutes de silence à la mémoire des compatriotes victimes du colonialisme tombés le 4 janvier 1959 ». C’est une attitude et un comportement qui n’enchantent pas du tout les Belges et certains de leurs amis congolais. On se demandait sans doute et sans ambages: « Pour qui se prend-il cet homme bouillant ? ». La presse en parle. L’orateur infatigable a agi et il a parlé. La Belgique doit mettre fin à ce régime d’asservissement. Deux semaines plus tard, Lumumba reparle tout en dénonçant les stratégies de la Belgique coloniale. Toujours plus lucide, il va jusqu’à demander un référendum au sujet du processus de décolonisation.

12. Scission au sein du M.N.C.

P. Lumumba fut un leader hors pair ; il n’a cessé d’étonner les Belges et les Occidentaux en général. Il était réellement en avance sur ses compatriotes de 1958 à la veille de l’indépendance du Congo. Son ascension, est de plus en plus fulgurante. Son sens du nationalisme, sa conscience aiguisée du bienfait de l’unité nationale, son amour pour la patrie le font plébisciter « leader charismatique ». Oui, on l’a vu faire preuve d’une force, d’une habileté et d’un héroïsme qui le mettaient nettement au-dessus de ses semblables. P. Lumumba a réellement exercé un ascendant sur sa société. Quand les autres leaders restaient au niveau purement local, tribal et traditionnel, quand les Belges coloniaux régnaient encore selon une légalité fortement contestée, P. Lumumba s’est comporté en prophète qui, déjà, s’identifie au parti et identifie le parti à lui-même. Ceci est un comportement qui irrite le coeur de ces amis Co-leaders qui voient en lui un usurpateur du leadership. C’est à ce moment que va s’opérer la fissure du M.N.C. Depuis, certains membres influents de ce parti tel que M. Ngwete, C. Adoula, J. Ngalula, E. Kimbimbi, J. Mbungu, J. Iléo ont décidé de prendre distance. Lumumba les qualifie de « ennemis du peuple ». À lui se joignent tous ceux de leaders qui partagent ses vues tels que A. Musampa, A. Ngwenza, L. Sockony, B. Butito, G. Midu, P. Madiana, Lutula, E. Mavindi, G. Iseko, C. Muzungu, A. Mende.

Lumumba désormais est presque seul. Les leaders les plus influents du M.N.C l’ont quitté. J. Iléo ne manque pas d’ambitions; lui qui a fait parti du groupe de Conscience Africaine. J. Ngalula mêmement est un grand intellectuel, il a collaboré à Conscience Africaine; en plus il est rédacteur en chef du journal Présence Congolaise. C. Adoula, non seulement qu’il est syndicaliste de talent, il est ancien membre influent de l’Action socialiste. A. Kalonji, semble être un cas à part; il se voit déjà empereur de Baluba du Sud-Kasaï.

13. L’affaire Kalonji : Lumumba en profite

Pendant ce temps, éclate ce que toute la presse tant belge que congolaise a appelé « l’affaire Kalonji ». Le 4 août 1959, Albert Kalonji, membre du conseil de législation et président de la section provinciale du M.N.C Kasaï, Albert Nyembwe et Evariste Kalonji, président et secrétaire du Mouvement Solidaire Muluba ont été arrêtés et inculpés d’incitation à la haine raciale dans l’affaire Baluba-Lulua.

A part le vif émoi que l’ « affaire » a provoqué dans l’opinion congolaise et belge, elle a donné lieu à nouveau, à une manifestation de concurrence entre le M.N.C./Lumumba et le M.N.C/Iléo démontrant ainsi, la cassure nette entre les deux tendances. P. Lumumba s’est rendu immédiatement à Luluabourg pour obtenir sur place la libération d’Albert Kalonji. J. Iléo de son côté, en compagnie de J. Ngalula partaient pour Bruxelles dans le même but. Mais plus, l’ « affaire est une belle occasion pour P. Lumumba de dénoncer les pratiques colonialistes. Pour lui, l’affaire est « banale » et les mesures prises ne sont pas de « nature à apporter la paix au Congo et à préserver le prestige de l’administration ». Profitant de son séjour kasaïen, il visitera les sections du M.N.C. installées un peu partout dans la province et entrera en contact avec les autorités coutumières de Bena Dibele, Kole, Lodja, Lomela, Katakokombe, Tshumbe, Wembo Nyama, Lubefu, Lusambo, Kabinda, Gandajika, Bakwanga. Il se rendit en outre au Katanga d’où les invitations lui furent parvenues. Partout, P. Lumumba, devant des foules assoiffées, précise la notion de l’indépendance et aussi comment il envisage la place des chefs coutumiers dans les futures institutions congolaises. Il explique, réexplique, catéchise. Il veut bien couper l’herbe sous les pieds de la « bande à Iléo».

14. Le congrès de Stanleyville et ses suites.

L’année 1959 se termine dans l’inquiétude générale. Les Blancs du Congo ont perdu totalement confiance dans l’avenir. Beaucoup songent déjà à leur retour chez eux. Ceux qui le peuvent prennent des mesures de sauvegarde et mettent leurs avoirs mobilisables en sécurité. Pour la Belgique coloniale, à la « Pax-Belgica, réalité tangible jusqu’à la fin de 1958, se substitua un équilibre instable. Le colonel Vanderwalle l’écrit dans Les rapports secrets de la sûreté congolaise (p. 177) : « Partie de la capitale, la contagion gagna tous les districts, tous les territoires. La gangrène frappa tous les esprits, ceux des Noirs et des Blancs ». C’est le moment que Patrice Lumumba a choisi pour frapper un grand coup. A la fin octobre 1959, il inaugure solennellement le congrès de son parti à Stanleyville. Toute la presse en parle. A la fin des assises, les résolutions sont jugées inacceptables par le gouvernement de Bruxelles car : « Le Congrès a estimé que la Belgique, en refusant délibérément d’accéder aux aspirations politiques exprimées par des Congolais, a violé la Charte des Nations-Unies, spécialement dans son article 73, paragraphe B. Devant cette attitude, le Congrès a décidé d’aller à la conquête de l’indépendance totale du Congo ; il a dit non aux élections « anti-démocratiques et antinationalistes » que prépare le

gouvernement belge « dans le seul but de perpétuer le régime colonialiste au Congo par quelques accommodements artificiels » ; le Congrès a affirmé « la volonté du peuple congolais de jouir, sans aucun retard, des prérogatives de sa souveraineté » ; il « condamne et rejette la politique du gouvernement conservateur P.S.C. au pouvoir », et aussi « la propagande menée de concert par l’Administration et certains colons dans le but de saboter l’indépendance nationale ».

Pour le Congrès National du M.N.C. « voter en décembre, c’est voter contre le régime d’assujettissement ». Après avoir lancé « ce jour son plan d’action positive pour la libération immédiate du Congo », il a adressé « un appel vibrant et fraternel à toutes les populations opprimées du Congo de se mobiliser pour mettre fin à la domination belge ». Pour P. Lumumba et le M.N.C, c’est ainsi seulement que pourra être préservée l’amitié entre la Belgique et le Congo. Un tel discours, on s’en doute, a provoqué la colère de Bruxelles et des autorités administratives. Sous forme d’un télégramme, De Schryver, le nouveau Ministre du Congo affirme la volonté du gouvernement belge d’organiser les élections comme prévu. Les 30 et 31 octobre, quatre jours après la clôture du congrès, les troubles éclatent à Stanleyville. La Libre Belgique du 4 novembre 1959 a rapporté le récit des événements tel que fait par le gouverneur de la Province Orientale.

P. Leroy, le gouverneur de la Province Orientale estime que P. Lumumba n’agit pas seul et « qu’il a reçu de l’étranger des leçons de techniques révolutionnaires… P. Lumumba a voulu délibérément provoquer les émeutes pour creuser entre Noirs et Blancs, un fossé de sang… L’agitation causée par Lumumba et par ses quatre ou cinq mille clients habituels jetait les cent mille habitants de Stanleyville dans une dangereuse inquiétude… Les esprits étaient survoltés et la nervosité gagna les détenus de la prison… Il aurait été criminel de laisser Lumumba et son Congrès poursuivre la campagne d’excitation… ».

P. Lumumba, dans un document inédit datant du 31 octobre 1959 qu’a publié le CRISP dans ses dossiers Congo 1959 (p. 235), après avoir démenti formellement toutes les accusations à sa charge, écrit :

« Constatant visiblement que toutes les couches de la population se ralliait à la thèse que nous défendons, et devant l’échec certain qu’elle va rencontrer en décembre si elle organisait les élections que nous refusons au nom du peuple, l’Administration monte des complots destinés à :

1) Masquer les défaillances de sa politique ;

2) Tenir à l’ombre sous des prétextes fallacieux d’atteinte à la sûreté de l’Etat, d’incitation à la haine raciale, à la violence etc., tout nationaliste qui n’adhère pas aveuglement à sa néfaste politique ;

3) Endiguer le succès toujours croissant que rencontre le M.N.C. auprès des populations opprimées ;

4) Exercer de violentes pressions sur la population afin d’obliger celle-ci à voter contre son gré ».

Et de dire :

« C’est la même tactique utilisée lors des émeutes de Léopoldville que l’Administration est en train d’utiliser en ce moment à Stanleyville, c’est-à-dire préparer soigneusement les incidents, pour procéder à des massacres et chercher ensuite des responsables ailleurs.

Ce procédé classique est loin de résoudre le problème congolais.

Il est vraiment criminel, pour une puissance TUTRICE, de continuer à endeuiller inutilement le pauvre peuple qui ne demande autre chose que de jouir de la LIBERTE et de gérer son patrimoine. Je m’élève avec indignation contre ces procédés inhumains. La Belgique doit REPARER les graves torts et les injustices criantes qu’elle a commis dans ce pays».

A SUIVRE

Professeur Kambayi Bwatshia

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