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a`qRDC : agenda cachE DES ONG ET EXPERTS INTERNATIONAUX

L’Institute for Security Studies (ISS) basé à Pretoria, a publié, le 19 février 2019, dans Daily Maverik, un journal paraissant en ligne et dans la province de Gauteng, Afrique du Sud, l’article intitulé « Slamming the door on democracy in the DRC », sous-titré : “The Congolese chose change, but African and international responses to the election deprived them of it”. La traduction littérale veut dire: « la RDC claque la porte à la démocratie: Le peuple Congolais choisi le changement, mais les réponses africaines et internationales les en privent ». Ce dont les chercheurs de l’IRDH ne sont pas d’accord. Car, cette analyse se fonde sur des erreurs de jugement, les mêmes qu’avaient commises Human Rights Watch (HRW), ainsi que messieurs Mo IBRAHIM et Alan DOSS.

a@a@@@@@À1.      L’erreur corrigée de HRW

En effet, le 10 janvier 2019, le Directeur Exécutif de HRW, M. Kenneth ROTH, avait publié sur tweeter que « voici à quoi ressemble la manipulation de l’élection présidentielle en RDC. Les données de l’Eglise Catholique démontrent que FAYULU gagne avec 47%, suivi par TSHISEKEDI, avec 24% et 19% pour SHADARY ». Les chercheurs de l’IRDH avaient fait remarquer que ces données tant vantées n’étaient qu’un sondage d’opinion de Congo Research Group (CRG) diffusé en décembre 2018. Monsieur ROTH avait retiré son tweet.

2. Les propos de Mo IBRAHIM et Alan DOSS

Le premier février 2019, Mo IBRAHIM et Alan DOSS avaient publié dans Le Monde, un journal paraissant à Paris, l’article intitulé : « Le résultat de la présidentielle en RDC est une défaite pour la démocratie ». Les deux auteurs avaient aussi prêté à l’Eglise Catholique la maternité de la publication des résultats qui donneraient FAYULU gagnant, sans en donner des chiffres.

            L’IRDH avait relevé que l’Eglise n’avait jamais rendu public de tels résultats. Par contre, elle avait établi un rapport d’observation électorale dont les données ne correspondaient pas à celles publiées par la CENI. Ce qui est normal, car beaucoup d’autres missions d’observation avaient aussi d’autres données.

NB : La mission d’observation de la CENCO n’a jamais eu de TEMOINS. Elle avait des OBSERVATEURS.

3.      Critique de l’article de l’ISS

Le retour de l’ISS sur des résultats qui n’existent nulle part, selon lesquels FAYULU aurait gagné l’élection et que la communauté internationale refuserait de le lui reconnaître, appelle la présente analyse critique.

ISS conclue qu’il y a des preuves solides et objectives qui soutiennent ces allégations. Mais, comme HRW, Mo IBRAHIM et Alan DOSS, il se réfère aussi exclusivement au seul rapport de l’une des missions d’observation électorale : La CENCO. Et pourtant, tout en respectant la crédibilité de celle-ci, les experts internationaux savent ou devraient savoir qu’en matière électorale, la loi institue le témoin comme faisant partie du mécanisme de preuve et non l’observateur. Des procès-verbaux sont remis de droit aux témoins des candidats par des bureaux de vote et ils constituent la preuve tangible qu’on peut produire et obtenir gain de cause. En se fondant sur l’unique rapport de la simple mission d’observation électorale de l’une des parties prenantes au processus, ISS et les autres partenaires démontrent un besoin immense de se faire compléter par des experts congolais en la matière.

4.    Une répétition d’erreurs qui embarrasse les partenaires nationaux

            La répétition d’erreurs dans des analyses d’experts internationaux devient embarrassante pour la relation avec les ONG nationales qui, pourtant, ont grandement besoin du soutien international.

            Le ressassement décrié est perçu par une certaine élite congolaise comme de l’acharnement sur la situation de la RDC qu’on voudrait amener à la guerre. Cette élite relève que lesdits experts internationaux parlent au nom et à la place des Congolais, sans se référer aux ONG partenaires basées à l’intérieur du pays. Elle s’étonne que les experts prédisent la guerre, en prétendant que « le peuple congolais risque de se tourner vers d’autres méthodes pour renverser l’insupportable statu quo ». Autant qu’ils réveillent des groupes armés, alléguant qu’« il y a là déjà des dizaines de groupes armés actifs qui pourraient être mobilisés […] » et créent de la panique en disant qu’« il y a déjà des bruits de bottes à l’est ». (DOSS et Mo Ibrahim).

            Les chercheurs de l’IRDH désapprouvent la construction progressive d’un discours qui empoisonne une situation politique déjà volatile, dans un pays à la merci des politiciens véreux, assoiffés de pouvoir et capables de tout renverser, s’ils ne trouvent pas leurs comptes. D’ailleurs, à ce jour, nul ne sait suivre la rapidité des alliances et séparations des acteurs politiques.

5.      Attention à la perpétuelle transhumance politique

            Tenez ! Au cours de trois dernières années, presque tous les politiciens congolais s’étaient embrassés et détestés, à l’occasion de la création d’un regroupement politique. Exemple : G7 contre Majorité Présidentielle (Kinshasa, Septembre – 2015), Dynamique de l’Opposition (Bruxelles, Février – 2016) contre Rassemblement (Genval, Juin- 2016), Dialogue de la Cité de l’OUA contre Dialogue du Centre Interdiocésain (Octobre – Décembre 2016), Ensemble pour le Changement contre Rassemblement (Johannesburg, Mars – 2018), Front Commun pour le Congo (FCC) (Kinshasa, Juillet – 2018), Lamuka (Genève, Novembre – 2018) contre Cap sur le Changement (CACH) (Nairobi – Novembre, 2018). Il revient que l’émergence de CACH-FCC (Kinshasa, Décembre – 2018 / Janvier 2019) va inciter la création de son équivalent de l’opposition, bientôt.

            Bref, la transhumance politique est permanente ! Les dirigeants politiques, du Gouvernement et de l’opposition, s’unissent comme ils se séparent, intempestivement, à coup d’interminables trahisons.

            Ce qui précède constitue l’un des motifs valables de recommander vivement aux ONG et experts internationaux de laisser à leurs partenaires de la société civile congolaise, le soin de se prononcer sur les affaires politiques de ce pays. Le risque de discrédit est plus grand, en écrivant de Pretoria, Bruxelles, Londres ou Washington qu’analyser les faits de Kinshasa ou Lubumbashi.

6. Qu’en était-il exactement du processus électoral 2018?

            Face à la détermination du Président KABILA de conserver le pouvoir, en violation de la Constitution, la société civile avait pris la relève de l’organisation des marches pacifiques qui étaient réprimées dans le sang. Des membres des mouvements citoyens et ONG des droits de l’Homme étaient continuellement arrêtés et emprisonnés. Certains étaient massacrés, notamment ceux du Comité Laïc de Coordination (CLC), en décembre 2017, janvier et février 2018. Cette pression populaire avait contraint le pouvoir à aller aux élections, après deux années d’hésitation.

7.      Impréparation des élections

            D’une part, le processus électoral était truffé d’irrégularités, à dessein. De l’autre, les partis politiques d’opposition n’avaient pas su donner un message clair à la population. Premièrement, ils mobilisaient l’opinion contre des individus de la CENI, accusés d’être inféodés au Gouvernement. Deuxièmement, vu l’échec de remplacer des animateurs malveillants de la CENI, la mobilisation s’était tournée vers le fichier électoral accusé de contenir « dix millions d’électeurs fictifs ». Troisièmement, la revendication était devenue « non à la machine à voter » qu’elle avait qualifié de « machine à tricher ». Quatrièmement, à deux jours du scrutin, l’opposition avait appelé à une ville morte.

8.      Participation fortuite à un processus électoral biaisé d’avance

            En fin de compte, l’opposition était allée au scrutin auquel elle ne s’était pas préparée, sans témoins dont le taux de participation était descendu en dessous de 50% d’électeurs enregistrés, pour entre autres causes, sa campagne démobilisatrice. Ses électeurs qui sont allés voter, avaient utilisé les mêmes « machines à voler » qui regorgeraient plus de « dix millions d’électeurs fictifs », manipulées par un personnel « acquis à la cause de Kabila ».

            L’IRDH se demande comment de ce processus électoral truqué d’avance par un personnel aux ordres du parti au pouvoir, avec des machines à voler contenant plus de dix millions d’électeurs fictifs, l’opposition s’attend à une vérité des urnes ?

9. Saisir une Cour constitutionnelle qu’on accuse de corrompue, sans lui soumettre les moyens de preuves

            A la publication des résultats provisoires, l’opposition avait relevé d’immondes irrégularités du processus électoral et la mauvaise foi de la CENI qui étaient connues du grand public. Cependant, elle s’était quand même engagée à saisir la Cour constitutionnelle qu’elle accusait, à priori, d’être aussi corrompue. Dans l’entretemps, aucun procès-verbal n’était joint à la plainte, pour soutenir l’allégation de victoire. Logiquement, ce que tout le monde redouté était arrivé : La requête était dite recevable, mais non fondée, faute de preuves.

10.  Manœuvres politiques

            L’opposition joue légitimement son jeu de conquête du pouvoir politique, en utilisant des moyens humains, financiers et l’expertise à sa portée. C’est ici que les ONG et experts internationaux ne devraient pas se prêter au jeu. Il convient de tirer les choses au clair. L’opposition politique congolaise a droit et la liberté de faire entendre sa voix partout. Dans ce cadre, les organisations de défense des droits de l’Homme ont le devoir de protéger cette prérogative d’exprimer des opinions politiques, même si celles-ci sont contraires ou peu convaincantes pour des ONG.

Ce que les chercheurs de l’IRDH désapprouvent, ces sont des initiatives des partenaires de la société civile, prises au nom du peuple congolais, fondées sur des arguments chancelants.

11.  Recommandations urgentes

            Les chercheurs de l’IRDH exhortent les ONG et experts internationaux à :

–   Soutenir le peuple congolais, à travers leurs partenaires de la société civile, à lutter contre moult tentatives de récupération et confiscation du pouvoir par un petit groupe d’individus de l’ancien régime ;

– Soutenir la réforme de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI), de la Justice et de la Police Nationale Congolaise (PNC), afin que les prochaines échéances électorales soient exemptes d’irrégularités et reflètent la volonté du peuple ;

–          Faciliter la lutte contre la corruption généralisée, la fuite des capitaux, le pillage, la main mise sur des ressources minières ;

–          Faciliter l’encadrement des réclamations sociales pacifiques et la jouissance du droit aux salaires des agents des entreprises publiques, fonctionnaires de l’Etat, policiers et militaires.

 Contact : Maître TSHISWAKA MASOKA HUBERT, Tel : 00243851103409

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