24 avril : 20 ans de silence !

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Le 24 avril 1990 avait bel et bien marqué un tournant historique dans les annales de l’ex-Zaïre, actuellement République Démocratique du Congo, avec la décision de feu le Maréchal Mobutu Sese Seko de mettre fin au régime du parti unique au profit du multipartisme. Ainsi, le Mouvement Populaire de la Révolution- Parti/Etat- cessait d’être la « Nation zaïroise organisée politiquement », dont le « Président-Fondateur » était « de droit président de la République ». Mutatis mutandis, les ex-Zaïrois, affiliés au MPR à partir du sein de leurs mères, pouvaient adhérer à la formation politique de leur choix.

La fin du monolithisme politique a libéré aussi les ex-Zaïrois de la contrainte de ne plus porter leurs prénoms chrétiens, leurs cravates, leurs vestes… et les ex-Zaïroises de l’anathème jeté sur les postiches et les pantalons. Sous Mobutu, et ce jusqu’à sa chute le 17 mai 1997, aucun anniversaire de cet événement n’avait été célébré. Le long silence s’est étendu sur 20 ans, soit de 1990 à 2010.

C’est seulement le 15 février 2011, quand Etienne Tshisekedi, au cours d’un point de presse, en a fait la date de sa grande rentrée politique, que le 24 avril, jusqu’alors orphelin de tout, s’est découvert plusieurs « parrains ». Les politiciens des plateaux de télévision ont été les plus actifs dans la restitution du combat de la libération du peuple de l’ex-Zaïre de la dictature de Mobutu.

Certains ont même oublié qu’au matin du 24 avril 1990, avant que le maréchal Mobutu ne se présente à la « Cité historique de N’Sele » pour son message de vérité, Etienne Tshisekedi était assigné à résidence, chez lui à Limete, abandonné de pratiquement tous ses compagnons de lutte, qui avaient réintégré, de longue date, le Mouvement Populaire de la Révolution. Ils étaient tout contents de jouir des privilèges que leur conférait leur statut de membres de ses diverses structures dont le Comité Central, le Bureau Politique, le Conseil Législatif, le Conseil Exécutif, le Secrétariat Général de la JMPR (Jeunesse du Mouvement Populaire de la Révolution), le Secrétariat Général de la MOPAP (Mobilisation Propagande et Animation Politique), le Secrétariat Général de la Condiffa (Condition Féminine et Famille), le Secrétariat Général à la Forcad (Formation des Cadres), etc.

Certes, la date du 24 avril 1990, en ce qu’elle sonne le glas du monopartisme, n’est pas une propriété privée d’Etienne Tshisekedi et l’UDPS. En tant que patrimoine collectif, elle aurait dû mériter une attention particulière chaque année, depuis 21 ans. Elle aurait pu ainsi briller d’un éclat particulier 21 fois, aux quatre coins de la République et pourquoi pas de la planète où se recrutent nos compatriotes. Le législateur congolais aurait même pu l’ériger en fête nationale, dans le même fichier que le 30 juin 1960, le 4 janvier 1959, le 17 janvier 1961, le 17 mai 1997 et le 16 janvier 2001.

Pourquoi les ex-Zaïrois, si fertiles en imagination, n’ont-ils fait le lobbying en faveur du 24 avril 1990, de manière que cette date entre par la grande porte, dans les annales de la République ? En réfléchissant un peu, on trouve l’explication à l’expédition du 24 avril 1990 dans les oubliettes.
Pour des centaines de dignitaires du MPR et apparentés, cette sinistre date avait mis fin aux plantureux émoluments qu’ils tiraient de leurs multiples occupations de chômeurs déguisés, de trafiquants d’influence, de prédateurs économiques intouchables, de thuriféraires du demi-Dieu qu’était Mobutu, de maîtres-chanteurs. Réduits au vrai chômage, ils ne pouvaient célébrer un « tsunami politique » qui avait mis fin à leur existence aux frais du Prince.

S’estimant trahis, certains avaient tenté, avec plus ou moins de bonheur, de rebondir dans l’opposition la plus radicale contre le « méchant » qui n’avait pas eu l’élégance de les consulter avant de tout chambouler. D’autres, en grand nombre, avaient sombré corps et biens. Politiquement et financièrement « morts », ils ne se sont plus jamais remis de la terrible estocade venue de N’Sele.
Heureusement pour la postérité, les vrais caciques du Parti-Etat se sont gardés de s’exhiber sur la place publique le week-end. Seuls quelques vagabonds politiques, hérauts patentés du mobutisme, comptant sur l’oubli collectif, ont donné de la voix. Rendez-vous est pris pour le 24 avril 2012.

Kimp

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